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Suicides en prison : le gouvernement Legault pressé d’agir

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Un détenu regarde par une fenêtre avec des barreaux dans une prison.

Daniel Benson, qui a été détenu pendant 15 ans, s'y connaît en terme d'isolement.

Photo : Getty Images / Peter Macdiarmid

Une situation qui « n'a pas d'allure » et des statistiques « particulièrement troublantes ». L’enquête de Radio-Canada concernant les nombreux suicides en prison au Québec provoque de vives réactions chez les partis d’opposition, qui exigent des actions de la part du gouvernement Legault.

Il faut que ça change, s’indigne le porte-parole du Parti libéral du Québec (PLQ) en matière de sécurité publique, Jean Rousselle.

Ce qui est triste, dans le fond, c'est l'inaction gouvernementale à l'entour de ce sujet-là, qui commence à être assez inquiétante, renchérit son homologue de Québec solidaire, Alexandre Leduc.

Mardi, Radio-Canada révélait que 69 personnes ont mis fin à leurs jours dans les prisons du Québec, entre 2010 et 2019. Les trois quarts des suicides sont survenus dans des établissements provinciaux, où les peines sont de moins de deux ans.

La façade de l'Établissement de détention de Québec

L'Établissement de détention de Québec

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

L’absence de psychologues dans les prisons québécoises est l’un des points critiques sur lesquels la province doit immédiatement se pencher, selon M. Leduc. C’est une urgence.

Cette réflexion est d’autant plus pressante, selon le député solidaire, que le gouvernement tient actuellement des consultations pour bâtir son prochain plan d’action en santé mentale, attendu cet automne.

Ce serait trop facile de balayer ça du revers de la main, lance M. Leduc, selon qui le sort des détenus est l’un des derniers tabous de notre société, pas trop payant à défendre politiquement.

Quand on va déployer un grand plan pour la santé mentale au Québec, il faut qu'il y ait un volet qui soit clairement identifié pour la question des prisons québécoises.

Alexandre Leduc, porte-parole de Québec solidaire en matière de sécurité publique

Ça doit s’inscrire dans la grande crise de la santé mentale au Québec parce que sinon, je crains que ça s'aggrave et qu'on ait toujours tendance à regarder ça de haut, à se dire que ce n'est pas important, ce ne sont pas des personnes qui méritent notre attention. 

Cesser d’ignorer les coroners

Le PLQ est particulièrement critique à l’égard du ministère de la Sécurité publique, qui a ignoré plusieurs recommandations de coroner visant à diminuer les suicides en prison depuis 10 ans.

En 2017 par exemple, une coroner avait recommandé aux services correctionnels de solliciter les familles des détenus afin de mieux cerner le risque suicidaire de leurs proches incarcérés, qui vont souvent chercher à cacher leur détresse.

Cette recommandation n’a toujours pas été appliquée. Selon le député libéral Jean Rousselle, les organismes visés par des recommandations de coroner devraient être obligés d’y donner suite.

C'est bien beau dire que les coroners, on leur demande des enquêtes, de regarder ça sérieusement et tout, mais si on ne les écoute pas, ça donne quoi?

Jean Rousselle, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de sécurité publique

Le projet de loi 45 adopté l’an dernier à l’Assemblée nationale forcera dorénavant les organismes visés par des recommandations à poser certains gestes.

Ils devront notamment indiquer au coroner en chef qu’ils en ont pris connaissance et l’informer des mesures qu’ils entendent prendre pour corriger la situation dénoncée, mais cela ne va pas encore assez loin aux yeux du PLQ.

Si on veut que ça change, si on veut pousser la machine à changer, il faut mettre des obligations, affirme M. Rousselle.

« Le risque zéro n'existe pas »

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a décliné notre demande d'entrevue. Par courriel, son attachée de presse Amélie Paquet s'inscrit toutefois en faux avec le PLQ et estime que le projet de loi 45 est une mesure législative importante pour la suite des choses.

Mme Paquet rappelle aussi que le Bureau du coroner a déclenché récemment une enquête publique sur les suicides en prison. Elle assure que le ministère de la Sécurité publique y collaborera pleinement.

Chaque décès en établissement de détention est un décès de trop et nous souhaitons exprimer nos plus sincères condoléances aux familles éprouvées, ajoute le cabinet de la ministre.

Malheureusement, ce genre de tragédie peut survenir. Le risque zéro n’existe pas, mais nous allons examiner les pratiques pour réduire les risques.

Extrait d'un courriel d'Amélie Paquet, attachée de presse de la ministre Geneviève Guilbault
Geneviève Guilbault.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Un mandat d’initiative?

Avant d'aller plus loin dans ce dossier, Québec solidaire veut attendre les conclusions de l'enquête publique du Bureau du coroner.

Toutefois, le porte-parole du parti en matière de sécurité publique ne ferme pas la porte à réclamer ensuite un mandat d'initiative à l'Assemblée nationale.

Selon M. Leduc, l'enjeu est important : la manière dont on traite les personnes incarcérées est un indicateur de la justesse morale d’une société. 

À cet effet, il déplore que les conditions de détention dans les établissements provinciaux ne soient pas très reluisant[es]. La comparaison entre le système de prison québécoise et les pénitenciers fédéraux est absolument abominable.

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