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Investiture de Joe Biden : entre crainte et espoir aux États-Unis

Joe Biden et Donald Trump debout devant un drapeau des États-Unis.

Joe Biden s'installe à la Maison-Blanche alors que Donald Trump la quitte.

Photo : afp via getty images / ANGELA WEISS

Les quatre ans de la présidence Trump s’achèvent mercredi d’une manière que peu auraient pu prédire en 2016. Au moment où Joe Biden doit prêter serment, des citoyens américains s’interrogent sur l'avenir de leur pays, déchiré entre deux camps qui semblent irréconciliables.

Les images du Capitole,pris d’assaut par une foule en partie composée d'individus abonnés aux théories conspirationnistes, sont encore fraîches dans l’esprit de Claire-Marie Brisson, originaire du Michigan, et doctorante à l’Université de Virginie.

On voit à quel point l’autre côté est influencé par QAnon, par les fausses nouvelles, explique-t-elle.

J’ai vraiment peur pour notre nouveau président parce qu’on a eu cette insurrection au Capitole.

Claire-Marie Brisson

La capitale des États-Unis a été littéralement militarisée. Les autorités américaines craignent de potentielles attaques durant la cérémonie d'assermentation de Joe Biden.

Claire-Marie Brisson fait face à l'appareil photo.

Claire-Marie Brisson dit avoir peur pour la sécurité de Joe Biden.

Photo : Claire-Marie Brisson

Une situation qui s’explique par le déni des pro-Trump, selon Claire-Marie Brisson. Quand Joe Biden a été élu, les gens qui ont voté pour Joe Biden ont dit, finalement, on va avoir un changement. Mais les gens qui ont voté Trump n’ont pas cru aux résultats. Ça me fait peur parce que c’étaient des élections sécuritaires, précise-t-elle.

Pour Mme Brisson, le problème aux États-Unis va bien au-delà de l’investiture de Joe Biden puisque c’est la démocratie américaine qui est mise à l’épreuve.

Ça montre [la contestation des élections] à quel point les gens se demandent si la démocratie existe toujours aux États-Unis. Parfois les gens sont vraiment touchés par les fausses nouvelles et les gens croient que les élections ne sont pas démocratiques. Ça c’est à 100 % pas vrai, ajoute-t-elle.

Après Trump, l’apocalypse ?

Si elle se félicite du changement de locataire à la Maison-Blanche, Claire-Marie Brisson est tout de même inquiète pour son pays. Je suis soulagée que nous ayons un autre président, mais il y a beaucoup à faire pour avoir une conversation avec l’autre côté, avec les gens qui ont vraiment soutenu leur président jusqu'à la fin, qui ont voulu faire un peu de violence contre l’autre côté. Ça me fait peur, explique-t-elle.

C’est un sentiment que partage Marc-Étienne De Gagné. Pour ce résident de Dearborn, dans le Michigan, Donald Trump a clivé les Américains à tel point qu’un mandat de quatre ans ne suffira peut-être pas à les réconcilier.

Un ingénieur qui travaille à des ordinateurs.

Marc-Étienne De Gagné pense qu'il faudra du temps aux États-Unis pour que se reconstruire.

Photo : Gracieuseté de Marc-Étienne De Gagné

Le pays, dit-il, sera probablement autant divisé. Je ne crois pas que cette haine entre les deux côtés va disparaître en une présidence. Je crois qu’il y a des problèmes profonds dans la société américaine, précise-t-il.

J’abandonne le combat. Si je suis face à un pro-Trump, j’évite de parler politique. À mon avis c’est carrément une réalité alternative. Il n’y a pas vraiment moyen de débattre là-dessus.

Marc-Étienne De Gagné

La situation est d’autant plus critique, selon M. De Gagné, que les partisans de M. Trump prédisent désormais le pire au pays. Je sais qu’il y a beaucoup de gens avec qui je joue au hockey qui sont plus du côté conservateur. Eux, ils font des publications sur Facebook comme quoi ça va être la fin des États-Unis, ajoute-t-il.

Tensions tous azimuts

Une grande partie de l’attention du pays est tournée vers Washington, puisque la prestation de serment de M. Biden y aura lieu. Ailleurs aux États-Unis, le climat est aussi tendu.

Steven Kurtz, résident du Michigan, est en ce moment en visite dans sa famille dans le Minnesota.

Steven Kurtz pense que la prestation de serment de Joe Biden se passera bien grâce à la présence militaire.

Steven Kurtz

Photo : Steven Kurtz

C’est un peu tendu en ce moment avec l’attaque qu’il y a eu [au Capitole]. Je sais que cette semaine des manifestations étaient prévues devant beaucoup de capitoles partout au pays. Dans le Minnesota et le Michigan, il y avait une très forte présence policière. Finalement, il n’y a pas eu de violence, explique-t-il.

M. Kurtz se dit globalement optimiste pour la prestation de serment de Joe Biden. Je pense que ça va bien se passer. Vu la présence militaire, je pense qu’il y a peu de risque qu’il se passe quelque chose. J’imagine qu’ils feront tout pour que le nouveau président soit en sécurité, ajoute-t-il.

Il est toutefois plus sceptique lorsqu’il s’agit de l’avenir de son pays. Dans l’immédiat, je ne sais pas si grand-chose va changer, les problèmes qui ont été créés par l'administration Trump ne vont pas disparaître du jour au lendemain, c'est sûr! , indique-t-il.

Trump après Biden ?

M. Kurtz veut néanmoins croire que Joe Biden donnera un nouvel élan aux États-Unis, notamment en ce qui concerne la COVID-19. J’ai bon espoir qu’on aura une meilleure politique autour des vaccins, la gestion de la pandémie. J’espère que ça va changer pour le mieux, précise-t-il.

Claire-Marie Brisson pense que les Américains devront apprendre à se reparler s’ils veulent unifier leur pays. Il faut absolument avoir une conversation avec les gens, surtout ceux qui étaient au Capitole, surtout ceux qui ont voté pour Trump, ceux qui ne pensent pas que les élections étaient sécuritaires, que ce n’était pas une vraie élection, indique-t-elle.

Si on connaît quelqu’un déjà bien, on peut avoir des discussions difficiles. Il faut commencer par ça, sinon on aura des années, quatre ans peut-être, de difficultés, de stagnation.

Claire-Marie Brisson

Ces conversations sont d’autant plus importantes, selon elle, que des lignes de fracture s’observent même au sein des familles.

Je viens d’enseigner un cours où mes étudiants étaient en Virginie et partout aux États-Unis. Le cours s’appelait Democracy in Danger. Et on a parlé des liens entre les membres d’une famille, des discussions par rapport à la politique et mes étudiants ont dit que c’est difficile de parler dans leur famille, à leurs oncles, leurs tantes, même leurs grands-parents, leurs parents, ajoute-t-elle.

Si elle croit aux vertus du dialogue, Mme Brisson craint que le pays ne se dirige vers une impasse. Elle adhère au programme progressiste de Joe Biden, mais pense que les programmes progressistes provoquent souvent des attitudes réactionnaires.

Je vois qu’après la présidence de Barack Obama, certaines personnes n’étaient pas contentes du fait qu’on avait eu un Afro-Américain comme président. [...] quelqu’un avec le nom Barack Obama, qui n’est pas comme George Bush ou Ronald Reagan. Ça fait peur aux gens. C’est la raison pour laquelle Trump a été choisi. C’était à cause du racisme, explique-t-elle.

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