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De plus en plus de travailleurs du CHU de Québec attrapent la COVID à l’hôpital

Depuis le 1er décembre, 66 % du personnel infecté a contracté la COVID-19 sur son lieu de travail.

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Le CHU de Québec compte plus de 12 500 employés

Le CHU de Québec compte plus de 12 500 employés

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Plus de la moitié des travailleurs du CHU de Québec ayant contracté la COVID-19 sur leur lieu de travail ont été infectés au cours du dernier mois et demi. Dix mois après le début de la pandémie, un médecin aux soins intensifs parle « d'un constat d'échec » pour la direction de la prévention et du contrôle des infections. Le CHU, pour sa part, appelle à relativiser, « sans banaliser ».

Selon des données du CHU demandées par Radio-Canada, quelque 760 employés ont attrapé la COVID-19 depuis le début de la pandémie. De ce nombre, 416 ont été infectés dans leur milieu de travail, les classant ainsi dans la colonne des infections dites nosocomiales.

Pas moins de 247 de ces 416 infections sont survenues depuis le 1er décembre. Cela représente 59 % de toutes les infections nosocomiales impliquant des travailleurs du CHU de Québec.

La proportion de travailleurs infectés en milieu de travail par rapport à ceux qui ont contracté le virus dans la communauté a aussi augmenté depuis le 1er décembre. Pour toute la durée de la pandémie, c'est 55 % des employés infectés qui l'ont été dans les hôpitaux. La proportion passe à 66 % entre le 1er décembre et le 15 janvier.

Quant aux personnes hospitalisées et recevant des soins, 140 ont contracté la COVID-19 en milieu hospitalier au CHU de Québec, dont 69 dans les six dernières semaines.

Infection nosocomiale

Infection acquise au cours d’un épisode de soins administrés par un établissement du réseau de la santé. Ces infections touchent les patients et les soignants de tous les milieux de soins.

Sources : Ministère de la Santé et des Services sociaux, INSPQ

Pas hors de tout doute

Le CHU de Québec veut être clair : il n'y a pas plus de danger de contracter la COVID-19 à l'hôpital que dans la communauté. D'emblée, un porte-parole souligne que les données doivent être interprétées en gardant en tête que les résultats des enquêtes épidémiologiques ne sont jamais 100 % hors de tout doute.

Nos intervenants ont des enfants qui fréquentent l'école, visitent des commerces essentiels; la ligne entre une acquisition dans la communauté et en milieu hospitalier n'est pas toujours évidente à démontrer, nuance Bryan Gélinas.

L'hôpital de l'Enfant-Jésus en hiver

L'hôpital de l'Enfant-Jésus comptait cette semaine 8 éclosions actives de COVID-19 sur ses étages.

Photo : Radio-Canada / Dominic Martel

Reste que la direction ne nie pas une accélération des infections nosocomiales en ses murs depuis le 1er décembre. On insiste toutefois sur le fait qu'il existe un lien entre les infections nosocomiales et la transmission communautaire.

La hausse, soutient Bryan Gélinas, coïncide avec un sommet de contamination atteint avant les Fêtes dans la Capitale-Nationale. On peut donc constater un lien entre une hausse chez nos employés et hausse dans la communauté, dit-il.

On assure également que les pratiques en prévention et contrôle des infections (PCI) sont adéquates.

« Constat d'échec »

Si l'organisation appelle à relativiser la situation, le docteur François Leblanc, médecin aux soins intensifs au CHU de Québec, n'hésite pas à parler de constat d'échec pour la PCI lorsqu'il voit les chiffres sur la transmission nosocomiale. On a pas encore le niveau de rigueur que la situation requiert, dit-il à propos de l'application des consignes sanitaires et des protocoles COVID-19.

Au printemps dernier, avant même une première éclosion à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, où il pratique, le Dr Leblanc avait dénoncé ce manque de rigueur et craignait d'éventuelles éclosions. L'établissement compte cette semaine 8 éclosions actives, et en comptait 11 la semaine dernière.

Il déplorait notamment l'absence d'aménagements pour respecter la distanciation dans certaines unités, ou encore des lacunes dans le rappel des consignes de désinfection sur le terrain. Les pauses repas, les lieux communs et différents comportements sociaux étaient aussi cités.

C'est un constat d'échec en termes de résultats, et il y a aussi une impuissance des soignants à pouvoir diminuer ces cas-là.

Dr François Leblanc, médecin aux soins intensifs au CHU de Québec

Sans blâmer ses collègues, il évoquait essentiellement le facteur humain et qu'il n'était pas suffisamment pris au sérieux par les leaders sur le terrain.

Son discours est le même aujourd'hui. Si les mesures ont évolué et que le plan semble bon sur papier, il dénonce un certain fatalisme de la direction à l'égard du respect des mesures. La direction du CHU de Québec est d'ailleurs bien consciente des écarts, ayant elle-même rappelé son personnel à l'ordre en octobre.

Sans être contre la vertu et les consignes proposées, Le Dr Leblanc croit que le CHU de Québec échoue sur leur déploiement. On nous envoie l'objectif, mais si les comportements humains ne permettent pas de l'atteindre, qu'est-ce qu'on doit faire? Il manque cet intérêt-là à trouver une solution au problème.

Marie Gourdeau, microbiologiste-infectiologue au CHU de Québec

Marie Gourdeau admet que le CHU de Québec peut faire mieux, mais croit que les protocoles en place sont adéquats pour protéger les soignants et les patients.

Photo : Radio-Canada

« On peut faire mieux »

Marie Gourdeau, microbiologiste-infectiologue au CHU de Québec et l'une des gestionnaires de la PCI, n'est pas d'accord avec les propos du Dr Leblanc. Elle estime que le réseau déploie actuellement toutes les ressources à sa disposition pour prévenir les infections nosocomiales.

Elle concède cependant deux choses : la deuxième vague est plus difficile que la première en milieu hospitalier et il reste du travail à faire pour mobiliser tous les employés autour du respect des protocoles sanitaires. C'est sûr que ça nous préoccupe grandement, dit-elle à propos des infections nosocomiales entre travailleurs.

Les mesures fonctionnent, mais elles ne sont pas appliquées parfaitement et ça cause une bonne partie de la transmission.

Marie Gourdeau, microbiologiste-infectiologue au CHU de Québec

Fort heureusement, ajoute-t-elle, elle note que les employés sont généralement jeunes et en bonne santé et ne subissent que rarement des complications de la maladie. Des patients plus vulnérables n'ont pas eu cette chance, admet-elle du même souffle.

Comme la direction, la Dr Gourdeau croit que la transmission communautaire est en partie à l'origine des éclosions et de la transmission entre collègues. Elle suspecte des écarts probables des consignes durant la période des Fêtes, notamment.

En septembre, le CHU évoquait déjà des problèmes avec les pauses, les repas et le covoiturage. On aimerait faire mieux.

Avec la collaboration de Guylaine Bussière

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