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COVID-19 : plus de congés payés pour le personnel infirmier ontarien en isolement

Une infirmière équipée d'un masque.

Les infirmières et infirmiers de l'Ontario ne peuvent plus prétendre à des congés de maladie payés par la province pour raison d'exposition à la COVID-19 depuis l'été dernier.

Photo : CBC/Evan Mitsui

CBC News

Les infirmières et infirmiers de certains hôpitaux de l'Ontario ne sont pas payés quand on leur dit de rentrer chez eux pour s'isoler en raison d'une exposition à la COVID-19.

S'ils sont déclarés positifs, ils sont payés. Mais si leur test est négatif, ils doivent quand même rester à la maison pendant 14 jours sans recevoir leur chèque de paie.

C'est un autre coup dur pour le personnel médical de première ligne qui lutte contre la pandémie de COVID-19 depuis près d'un an. En plus du stress régulier lié au travail dans les soins de santé, les infirmières craignent d'attraper le virus ou de le transmettre à leur famille ou à leurs collègues.

Rafal Fratczak est infirmier à l'unité de médecine interne de l’Hôpital général du grand Niagara. Après qu'une épidémie eut été déclarée dans un département où M. Fratczak avait travaillé, il a été renvoyé chez lui pour une période d'isolement de 14 jours.

On lui a dit qu'il ne serait pas payé.

Si c'est une exposition liée au travail, pourquoi ne serais-je pas payé?, a-t-il demandé à sa direction. Je me suis renseigné auprès de la direction. Ils n'étaient pas d'accord avec ça.

Mais M. Fratczak a déclaré qu'on lui avait dit que le financement temporaire du gouvernement provincial pour payer les personnes isolées avait expiré après la première vague.

Autoportrait de Rafal Fratczak.

Rafal Fratczak est infirmier à l'Hôpital général du grand Niagara.

Photo : Photo soumise par Rafal Fratczak

J'étais un peu furieux, a-t-il ajouté. Je ne peux pas continuer sans être payé pendant deux semaines. Je veux dire, nous avons tous des factures. Nous avons des hypothèques, nous avons des gens que nous soutenons, donc cela ne me semble pas juste. Alors j'étais très contrarié.

Il a fini par puiser dans ses jours de vacances pour s'assurer d'avoir un revenu pendant qu'il était à la maison.

Ils se sentent très peu respectés

Plus tôt dans la pandémie, entre avril et juin, la province a accordé un financement temporaire et a transmis des recommandations pour payer les employés asymptomatiques et auto-isolés de l'hôpital, ont déclaré des responsables des hôpitaux Hamilton Health Sciences, Saint-Joseph à Hamilton et Niagara Health.

Ainsi, tout employé envoyé à l’isolement entre avril et juin pouvait obtenir un congé de maladie payé pour ce temps passé hors du travail. Après juin, cette prestation temporaire a expiré.

Le gouvernement provincial a affirmé que la rémunération en cas de pandémie est la responsabilité du gouvernement fédéral, avec certaines prestations disponibles, comme 500 $ par semaine pour un maximum de deux semaines d'auto-isolement.

L'Ontario a adopté une loi pour s'assurer qu'aucune personne qui s'isole en raison d'une exposition au COVID-19 ne perdra son emploi.

Cette loi garantit que ceux qui restent à la maison pour s'isoler ou prendre soin de leurs proches ne seront pas renvoyés, a déclaré Harry Godfrey, attaché de presse du ministre du Travail de l'Ontario, dans une déclaration écrite à CBC.

L’infirmier ne blâme pas ses directeurs d'hôpitaux. Mais l'assurance qu'il ne sera pas renvoyé ne suffit pas.

Je dis au gouvernement, vous nous avez tout simplement oubliés après la première vague de COVID.

Rafal Fratczak, infirmier à l’Hôpital général du grand Niagara

Une majorité d'infirmières déclaraient se sentir épuisées avant la pandémie, et maintenant, les experts soutiennent que c'est encore pire. Les membres de la profession savent qu'ils vont travailler tous les jours dans un environnement à haut risque, et s’ils sont exposés, ils devront peut-être rentrer chez eux et s'isoler, sans être rémunérés.

Ils se sentent très peu respectés à cet égard; ils ont l'impression que le gouvernement croit qu'ils sont jetables, a remarqué Vicki McKenna, présidente de l'Association des infirmières et des infirmiers de l’Ontario. Appelez-nous des héros [...] nous ne le ressentons pas.

Cet organisme et l'Association des hôpitaux de l'Ontario demandent à la province de s'assurer qu'il existe une approche cohérente pour payer les travailleurs de la santé en isolement.

La dernière chose dont [les infirmières] ont besoin, c'est cette pression, non?, souligne Mme McKenna.

Niagara Health, le regroupement qui supervise l'hôpital où travaille Rafal Fratczak, est revenu sur l’arrêt du financement provincial et la recommandation de payer les personnes placées en isolement.

Nous préconisons activement de faire avancer les discussions concernant la rémunération du gouvernement pour le personnel et les médecins qui doivent s'auto-isoler en raison d'une exposition potentielle au travail, a déclaré la vice-présidente de l'organisation, Flo Paladino.

Le moral dans notre département était tout simplement épouvantable

Gaurav Gupta est un médecin qui travaille au service des urgences de l'hôpital Hamilton Health Sciences. Il était en poste en décembre lorsque des infirmières avec lesquelles il travaillait ont reçu un appel de la direction de l'hôpital, qui les informait d'une exposition à haut risque et qu'elles devaient s'isoler pendant 14 jours.

Ce jour-là, le moral dans notre département était tout simplement épouvantable, a déclaré le Dr Gupta. Elles ont été choquées par le fait qu'elles n'allaient pas être payées.

Selon lui, la province devrait financer les hôpitaux pour payer les infirmières renvoyées chez elles en raison d’une exposition, comme elles l'étaient lors de la première vague.

Le Dr Gaurav Gupta, devant une ambulance.

Le Dr Gaurav Gupta est médecin au service des urgences à l'hôpital Hamilton Health Sciences.

Photo : Hamilton Health Sciences

Il y a déjà une longue liste de raisons d'être stressé si vous êtes infirmier, selon lui. Il y a les protocoles supplémentaires et les précautions de contrôle des infections, les lourdes charges de travail et la peur de contracter la COVID-19 et de contaminer sa famille.

Ils se sentent vraiment lésés, parce qu'ils ont fait ces sacrifices, et même le besoin fondamental pour eux d'être payés est négligé, a-t-il déclaré.

Des semaines plus tard, deux infirmières travaillant avec lui ce jour-là ont été informées qu'elles seraient rémunérées pour leur congé de l’hôpital. Mais le Dr Gupta estime que la politique de ne pas payer pour l'auto-isolement pourrait avoir pour effet de décourager les infirmières à signaler de potentielles expositions.

C'est presque une mesure contre-productive de ne pas soutenir l'honnêteté. Cela va créer beaucoup plus de problèmes.

Dr Gauram Gupta, médecin à l'hôpital Hamilton Health Sciences

Les travailleurs de la santé de première ligne sont à leur point de rupture

Wendy Stewart, porte-parole de Hamilton Health Sciences, a confirmé que les travailleurs exposés à un risque élevé qui doivent s'auto-isoler ne sont pas payés par l’hôpital.

Dans certains cas, les gens peuvent travailler à domicile ou utiliser d'autres congés payés qui pourraient leur être offerts, a-t-elle affirmé. Ils ne sont cependant pas admissibles aux indemnités de maladie.

Elle a souligné que les infirmières ou d'autres personnes qui doivent s'isoler peuvent faire une demande au programme de Prestation canadienne de maladie pour la relance économique. Cette prestation prévoit 500 $ pour les personnes admissibles par semaine d'isolement, pour un maximum de deux semaines.

Pour d'autres périodes d'isolement, les infirmières peuvent également être admissibles à d'autres prestations fédérales de rétablissement.

Mais Doris Grinspun, PDG de l'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario, a avancé qu'il était injuste de s'attendre à ce que les infirmières découvrent ces options de prestations.

Les infirmières n'ont ni l'énergie ni le temps, et elles ne devraient pas non plus commencer à le faire, a-t-elle déclaré. Si les hôpitaux ont un manque de financement, allez au ministère! Ne mettez pas cela sur le dos des infirmières ou des travailleurs de la santé.

La PDG de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario, Doris Grinspun.

La PDG de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario, Doris Grinspun, affirme que les hôpitaux doivent s'adresser au ministère de la Santé pour corriger le déficit de financement, et non s'attendre à ce que les infirmières subissent ce fardeau.

Photo : Radio-Canada

Jeff Burch est député provincial de Niagara Centre et, lorsque son bureau a commencé à entendre parler du problème, il a soulevé la question lors de la période des questions en novembre.

La ministre de la Santé de l'Ontario, Christine Elliott, a répondu que c'est une situation sur laquelle nous devons nous pencher.

M. Burch a envoyé une autre lettre au ministre pour faire un suivi en décembre. Il n'a pas eu de réponse.

On leur a dit qu'ils pouvaient demander une aide fédérale, mais ce programme a fourni moins d'un tiers de leur salaire.

Jeff Burch, député néo-démocrate de Niagara Centre

Les travailleurs de la santé de première ligne sont à leur point de rupture et, pour une raison inexplicable, écrit-il, le gouvernement cause des problèmes à ces héros lorsqu'ils sont exposés à la COVID-19.

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