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Québecor accuse Radio-Canada de « pratiques anticoncurrentielles »

L'empire aimerait notamment que la société d’État cesse de diffuser de la publicité.

Pierre Karl Péladeau assis et de profil.

Le patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, témoigne devant le CRTC en février 2020 (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

CBC/Radio-Canada ne respecte pas l'esprit des lois qui l'encadrent, selon le magnat des médias Pierre Karl Péladeau, qui a déposé mardi après-midi un nouveau « dossier de preuves » devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Selon le président et chef de la direction de Québecor, la société d'État multiplie les pratiques anticoncurrentielles sur le plan des revenus publicitaires.

Dans son allocution (Nouvelle fenêtre), M. Péladeau a notamment soutenu que la Société Radio-Canada (SRC) effectue des offres publicitaires aux annonceurs qui sont complètement hors des normes du marché.

De plus, le diffuseur public profite de son service de radio numérique OHdio pour vendre de la publicité sur des émissions qui ont déjà été diffusées sur ses stations de radio qui, a-t-il rappelé, ne peuvent pas inclure de publicités.

Ce faisant, Radio-Canada fait indirectement ce qui est proscrit [...] directement, a fait valoir M. Péladeau.

Selon lui, CBC/Radio-Canada devrait tout simplement cesser de diffuser de la publicité sur toutes ses plateformes, car cette pratique a pour effet de soustraire [...] l'unique source de revenus des télédiffuseurs privés comme TVA.

Un plaidoyer pour la gratuité

La société d'État, a poursuivi M. Péladeau, devrait aussi offrir gratuitement l'ensemble de ses contenus à tous les Canadiens qui, par leurs impôts, contribuent déjà au financement public de la société d'État, qui atteignait l'an dernier 1,2 milliard de dollars.

« Peu importe la plateforme numérique, la programmation de la SRC devrait toujours être gratuite. »

— Une citation de  Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor

Toutefois, les récriminations du PDG de Québecor ne s'arrêtent pas là. Selon lui, Radio-Canada n'agit plus comme un simple diffuseur, mais comme un distributeur en offrant d'autres chaînes que les siennes sur TOU.TV, ce qui, selon lui, va au-delà du rôle que lui a confié le législateur.

En ce qui concerne les activités numériques, la SRC cherche à se donner un rôle d’agrégateur de contenus payants, a-t-il indiqué. Pourtant, aucune mesure législative ne lui permet cette usurpation de la mission des télédistributeurs canadiens.

Abroger l'Extra de TOU.TV et Tandem

Les reproches de Pierre Karl Péladeau à l'égard de la société d'État sont nombreux. Il soutient notamment que Radio-Canada devrait cesser d'acheter des concepts d'émissions étrangères et américaines, supprimer l'Extra de TOU.TV et abolir le service de création de publicité de contenu Tandem.

D'après lui, la société d'État devrait également offrir une programmation plus proche de son mandat en effectuant un recentrage sur les nouvelles, les documentaires, les affaires publiques, etc.

Car Radio-Canada mène depuis quelque temps une concurrence déloyale aux diffuseurs privés, observe le PDG de Québecor.

« On s'en plaint, parce qu'il y a un éloignement de la mission canadienne et il y a comme une obsession de faire du copier-coller avec les diffuseurs privés, alors que les sources de financement sont complètement différentes les uns des autres. »

— Une citation de  Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor

Sans compter que les finances des entreprises privées de radiodiffusion et de télécommunications se sont déjà mieux portées.

Oui, le domaine publicitaire est en croissance, mais celui-ci est accaparé par les GAFAM, a souligné le chef des revenus publicitaires chez Québecor Média, Patrick Jutras, en réponse à la question d'une commissaire.

La diffusion en continu (streaming, en anglais) de films et de séries est devenue un tel enjeu que nos abonnés en télédistribution diminuent d'année en année, de trimestre en trimestre, et ce, malgré le lancement d'Hélix, la nouvelle plateforme technologique de Vidéotron, a admis Pierre Karl Péladeau.

De 2014 à 2019, le bénéfice avant intérêts et impôts (BAII) de l’industrie de la télévision généraliste privée au Québec affichait des pertes cumulées de 93 millions de dollars, selon les propres chiffres du CRTC.

Un sentiment de déjà-vu

Ce n'est pas la première fois que Québecor se plaint au régulateur du comportement de CBC/Radio-Canada.

Lors des audiences précédentes sur le renouvellement des stations de télévision et de radio de la société d'État, en 2013, Pierre Karl Péladeau s'était carrément opposé à l'existence même du site web TOU.TV, lancé quelques années plus tôt sans que l'industrie soit consultée.

Cette nouvelle plateforme, écrivait-il à l'époque, menaçait selon lui de [mettre] en péril le système canadien de radiodiffusion en offrant du contenu télévisuel gratuit et fortement subventionné sur Internet sans se soucier des pertes de revenus qui pourraient en résulter, non seulement pour la SRC, mais également pour les autres parties prenantes, y compris les écrivains et les réalisateurs.

Huit ans plus tard, M. Péladeau a offert un témoignage critique, mais posé de Radio-Canada, allant jusqu'à dire qu'il croyait à l'existence d'un diffuseur public fort. La veille, il avait même confié à Midi info être un fervent auditeur d'ICI Première.

Le nouveau « dossier de preuves » de 48 pages déposé par Québecor (Nouvelle fenêtre) sera analysé par le CRTC, qui statuera ultérieurement sur son admissibilité, a précisé le président du Conseil, Ian Scott.

En théorie, toutes les observations écrites auraient déjà dû être déposées, mais la pandémie de COVID-19 a obligé le régulateur à revoir son calendrier et à reporter ses audiences en 2021, alors qu'elles devaient à l'origine se tenir en mai 2020.

CBC/Radio-Canada aura l'occasion de répondre aux critiques de Québecor – et aux autres – le jeudi 28 janvier, lorsque toutes les comparutions individuelles auront été entendues.

Le diffuseur public a toutefois fait une courte déclaration mardi pour assurer qu'il respecte scrupuleusement les lois qui l’encadrent et ne s’adonne à aucune pratique anticoncurrentielle, contrairement à ce qu'avance Québecor.

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