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Jeunes militants pour la justice sociale sans le vouloir

Des milliers de personnes manifestent lors d'une manifestation Black Lives Matter à Toronto le vendredi 19 juin 2020.

Les manifestations antiracistes, comme celle de Black Lives Matter à Toronto le 19 juin, se sont multipliées en 2020. Cet été, des milliers de citoyens ont dénoncé le racisme systémique et demandé la réduction du budget du Service de police de Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

La lutte contre le racisme systémique et la violence policière n'est pas un choix pour trois jeunes ontariens qui militaient bien avant les mots-clics. Les injustices qu'ils vivent les poussent à vouloir changer les choses.

Si ce n'était que d'eux, ces jeunes ne seraient pas dans les rues à scander Black Lives Matter pour que leurs vies soient prises en compte.

Depuis que Kadiatu, Koubra et Stephen ont conscience de l'injustice perpétrée par des institutions comme la police, le système judiciaire et les écoles, ils ont soif de changer les choses.

Lutter pour se donner une chance

Kadiatu Barrie, 22 ans, habite dans le quartier de Jane et Finch, à North York, depuis 10 ans. En quête d'une meilleure vie, elle quitte la Sierra Leone avec sa famille et s'installe au Canada à l'âge de 2 ans.

Une jeune femme sur le bord d'une clôture noire.

Kadiatu Barrie, membre d'une famille de huit, habite à Driftwood Court, dans le quartier de Jane et Finch depuis qu'elle a immigré au pays. Impossible de se balader sans croiser des amis. Elle chérit ce sentiment de communauté.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Son activisme débute à la maison. Je suis l'aînée de six enfants, alors mon travail a réellement commencé en éduquant mes frères et sœurs sur la brutalité policière, le colonialisme et comment utiliser leur voix, raconte Kadiatu.

On en a marre de répéter Black Lives Matter. La mobilisation n'a pas commencé cette année. On ne devrait pas avoir à le faire, mais nous sommes loin d'avoir changé les choses.

Une citation de :Kadiatu Barrie, 22 ans

Kadiatu s'implique dans sa communauté auprès des centres pour les jeunes ou des entreprises locales. C'est plus fort qu'elle, la mobilisation n'est pas un choix.

Je me bats pour donner aux jeunes une voix et une opportunité de pouvoir grandir et profiter de leur jeunesse au lieu d'avoir à lutter contre les inégalités auxquelles ils sont confrontés à un jeune âge.

Une citation de :Kadiatu Barrie

Les injustices dont elle a été victime l'ont motivé à se mobiliser contre le racisme systémique. Elle se rappelle avoir été accusée de vol à l'étalage dans un Dollarama, alors que ce n'était pas le cas. On ne connaît pas nécessairement nos droits, ce qui est scandaleux. Cela fait partie des choses que nous devons apprendre, lance-t-elle.

Une scène de crime, la nuit, entourée d'un ruban jaune de police. Plusieurs véhicules d'urgence sont sur place.

Le poste de quartier 31 du Service de police de Toronto signale le plus de fusillades année après année.

Photo : Radio-Canada / Jeremy Cohn

Je vis dans une communauté qui est souvent montrée sous un jour négatif et auquel sont rattachés plusieurs préjugés, dit Kadiatu.

Les parents enchaînent souvent les emplois pour joindre les deux bouts. Les jeunes se retrouvent seuls. Le crime n'est jamais bien loin. C'est un cercle vicieux, explique-t-elle.

Les jeunes ont peur de marcher dehors surtout la nuit par peur d'être arrêtés par les policiers. [...] On doit constamment penser à notre survie.

Une citation de :Kadiatu Barrie

Ce quartier du nord de Toronto signale le plus de fusillades chaque année. Le poste de quartier 31 du Service de police de Toronto, qui couvre cette partie de la ville, a confirmé 86 fusillades l'année dernière.

En 2020, Kadiatu a perdu plusieurs amis en raison de la violence armée.

Malgré la pauvreté et la violence, le quartier est beau et fort par les résidents qui l'habitent, raconte Kadiatu.

Tout le monde parle de la violence armée, mais on parle peu des initiatives par et pour les membres de la communauté comme les dons de carte-cadeau pour que des familles puissent faire les courses, la marche pour les diplômés et les activités en ligne pour les jeunes, dit-elle.

Ce quartier et ses résidents, souvent des immigrants africains, lui ont permis de sortir de sa coquille.

Jane et Finch m'a permis d'être la personne que je suis aujourd'hui.

Une citation de :Kadiatu Barrie

C’est comme une grande famille, lance-t-elle. Kadiatu aime son quartier. Elle aime ses voisins. Ils se saluent et se connaissent. Ils vivent cette crise ensemble.

Je suis tellement reconnaissante d'avoir grandi dans ce quartier. Je ne l'échangerais pour rien au monde. On s'entraide. Il y a un réel sentiment de communauté basé sur la confiance, explique la jeune femme.

Une jeune femme devant l'hôtel de ville.

L'hôtel de ville de Hamilton est un endroit symbolique pour Koubra Haggar. Elle s'y est présentée à plusieurs reprises pour participer à des mobilisations.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Koubra Haggar, 20 ans, est née à Hamilton. La jeune femme d'origine tchadienne commence son activisme en 2016 dans l'espoir, elle aussi, de redéfinir et d'améliorer la société actuelle.

Le racisme qu'elle subit se manifeste de plusieurs façons. Elle est une jeune femme noire et voilée.

La lutte est continue. Chaque jour on se lève et on lutte. Chaque jour on vit les conséquences de ces injustices.

Une citation de :Koubra Haggar

On est forcés à lutter pour nos droits et nous faire entendre, ajoute-t-elle.

Koubra a participé à de nombreuses mobilisations, dont celle pour l'annulation du programme de liaison de police au conseil scolaire du district de Hamilton-Wentworth. Ce conseil scolaire a d'ailleurs été accusé de racisme systémique par des élèves.

Un groupe de personnes occupent la place devant l'hôtel de ville de Hamilton.

Le groupe HWDSB Kids Need Help a organisé un atelier cet été sur un modèle de police mené par la communauté.

Photo : Twitter/@HWDSBKids

Koubra milite aussi auprès du groupe Defund Hamilton Police Service qui demande de réduire de 20 % le budget de la police de Hamilton. Elle revendique également de meilleures conditions d'hébergement et du financement pour les organismes de santé mentale.

Quand je vois la police, je ne suis pas à l'aise, avoue Koubra. La dynamique avec la police a toujours été nous contre eux [...] La police n'a pas sa place dans nos communautés si on a besoin de bien soutenir les jeunes noirs et les personnes racisées, ajoute-t-elle.

Chaque jour, nos communautés sont les plus surveillées par la police, remarque Koubra. Les voitures de police passent dans nos quartiers, raconte-t-elle.

Ces jeunes se mobilisent surtout sur les réseaux sociaux pour partager des informations, photos et vidéos entourant leur lutte. L'année 2020 a permis de bâtir des communautés encore plus fortes.

Miser sur l'avenir

Stephen Mensah, 20 ans, habite dans la circonscription de York South-Weston, à l'ouest de Toronto. Le porte-parole en éducation du Toronto Youth Cabinet (TYC), un groupe consultatif et de défense des intérêts des jeunes, milite depuis plus de deux ans.

L'antiracisme en éducation est sa cause principale, sa nièce et son neveu sa source de motivation.

Je suis très déterminé à faire en sorte que tous les petits garçons et petites filles ne soient pas obligés de vivre les mêmes expériences que moi et mes pairs.

Une citation de :Stephen Mensah

Les trois années qu'il passe au Ghana, le pays où sont nés ses parents, lui ouvrent les yeux. Le contraste entre la vie des personnes noires en Afrique et en Amérique du Nord lui fait réaliser l'importante d'apprendre l'histoire des personnes noires dans les écoles en Ontario.

Un homme porte un masque qui couvre son nez et sa bouche. Il porte des lunettes.

Stephen Mensah est le porte-parole en éducation du Toronto Youth Cabinet (TYC) depuis près de deux ans.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Il demande entre autres l'inclusion de l'histoire des Noirs dans le curriculum scolaire en plus d'en faire un apprentissage obligatoire. Il réclame aussi une plus grande représentation des Noirs parmi le personnel enseignant et administratif pour que les écoles reflètent la diversité des élèves qu'ils servent.

Mon objectif est de lutter contre le racisme anti-Noirs et anti-Autochtones qui prévaut dans nos écoles et le système éducatif dans son ensemble en Ontario, souligne-t-il.

Nous savons ce qu'il faut faire, pourtant, nous n'avons pas vu beaucoup de changements tangibles. Nous devons avoir un système d'éducation plus équitable pour tous les élèves, lance Stephen.

Peu de changements

Koubra se dit bouleversée par la situation actuelle. Elle est urgente et plusieurs personnes qui ont le pouvoir de la changer ne font rien du tout. Les victimes de la violence policière, du racisme et de la crise d'hébergement vivent en danger chaque jour. Il faut agir, lance-t-elle.

Kadiatu et Stephen sont du même avis. Le temps presse. Leurs communautés sont plongées dans une crise multiple.

Il y a beaucoup à faire et si c’était une majorité de Blancs qui résidaient ici [on aurait pris notre situation] au sérieux.

Une citation de :Kadiatu Barrie

Selon Stephen Mensah, qui milite auprès du ministère de l'Éducation, des milliers de filles et de garçons noirs continuent d'être désavantagés en raison de cette inaction.

À cause de la négligence et du manque de volonté du gouvernement et des conseils scolaires, nous n'avons pas fait de réels progrès, croit-il.

Un homme tient au micro.

Stephen Mensah revendique la nécessité d'un changement urgent du système éducatif. Il avait pris la parole lors de la marche pour le changement devant l'hôtel de ville de Toronto, cet été.

Photo : Fournie par Stephen Mensah

Ces jeunes demandent aux autorités et aux politiciens d'être à l'écoute parce qu'ils sont les mieux placés pour savoir comment répondre aux besoins de leurs communautés.

Ils continuent de militer avec urgence sur les réseaux sociaux pour que les générations futures n'aient plus à mener ce combat.

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