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Analyse

Erin O’Toole désavoue la frange radicale conservatrice

Avec l’expulsion du député Derek Sloan, le chef du Parti conservateur du Canada vient de commencer son ménage du printemps en prévision des prochaines élections.

Trois hommes en complets bleus.

Derek Sloan (à droite) avait participé à la dernière course à la direction du PCC, terminant quatrième.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Le chef conservateur Erin O’Toole veut montrer qu’il a plus de poigne que son prédécesseur Andrew Scheer pour tenir tête à la frange radicale de son parti.

Il entreprend d’expulser son ex-rival dans la course à la direction, le député ontarien Derek Sloan, pour avoir accepté un don de 131 $ d’un nationaliste blanc bien connu.

Depuis son élection comme chef conservateur, Erin O’Toole répète qu’il veut rouvrir la grande tente bleue inclusive et tolérante du Parti conservateur. En montrant la porte à Derek Sloan, il passe de la parole aux actes. Et les événements des derniers jours aux États-Unis ont sans aucun doute joué le rôle de catalyseur politique.

De Washington à Ottawa

Pour certains dans les rangs conservateurs, il est clair que l’émeute à Washington et la prise d’assaut du Capitole par des partisans pro-Trump ont soulevé une prise de conscience.

D’abord, que la remise en question des institutions démocratiques, basée sur une distorsion de la réalité, pouvait avoir des conséquences dans la vraie vie. Ensuite, que leurs adversaires libéraux n’allaient pas se gêner pour faire un parallèle entre les actions de l’extrême droite aux États-Unis et ceux d’une minorité de leurs membres conservateurs.

Le député fédéral Derek Sloan avec un couvre-visage porté sous le nez.

Malgré son expulsion du caucus conservateur, Derek Sloan devrait demeurer député de la circonscription Hastings–Lennox and Addington.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les libéraux avaient déjà commencé une offensive, en dénichant une photo d’une députée conservatrice portant une casquette avec la devise Make America Great Again; en faisant le lien avec un des slogans de la course à la direction d’Erin O’Toole, Take Back Canada, et en rappelant que les conservateurs accusaient les libéraux de vouloir truquer les élections.

Le chef conservateur essaie donc de se mettre à l’abri des flèches, en condamnant Derek Sloan à l’exil complet des terres conservatrices. Il ne pourra plus être ni député ni candidat. Le racisme est une maladie de l’âme qui ne sera pas tolérée au pays ou dans le parti, écrit le chef.

Erin O’Toole avait mis la table cette fin de semaine, avec une longue missive aux Canadiens, disant que son parti était modéré et pragmatique. Si les libéraux veulent me dépeindre comme quelqu’un d’extrême droite, ils peuvent toujours essayer, mais les Canadiens, écrivait-il, ne seront pas dupes.

Un message politique

Avec cette lettre et cette expulsion, Erin O’Toole cherche à faire d’une pierre trois coups :

  • C’est un message aux Canadiens que le racisme et le discours haineux ne seront pas tolérés au sein du parti conservateur.
  • Un message aux députés actuels – qui ont parfois flirté avec certains éléments du discours conspirationniste comme le Great Reset pour attirer des membres et solliciter des dons – de se tenir tranquille et de ne plus alimenter ces idées au nom du parti.
  • Un message aux candidats à venir que leurs associations seront scrutées à la loupe et que les écarts de conduite ne seront pas tolérés.

Si ses adversaires libéraux, bloquistes et néo-démocrates avertissent que d’autres éléments de la frange conservatrice demeurent au sein du parti et feront un jour surface, dorénavant il pourrait être plus difficile de faire coller les pâtes au mur.

Pivot personnel

C’est en grande partie grâce aux partisans de Derek Sloan (et de Leslyn Lewis) qu’Erin O’Toole est devenu chef. Son appel du pied à la coalition de la droite religieuse et proarme à feu l'a propulsé devant Peter MacKay.

En désavouant un des principaux représentants des conservateurs sociaux au sein de son caucus, Erin O’Toole laisse entrevoir qu’il est prêt à tourner le dos à certains éléments qui dérangent au sein de son parti.

Un pivot qui pourrait avoir un prix. Avec ce geste, il pourrait s’aliéner une portion de la base de son parti. Il faut danser avec celle qu’on amène au bal, disait Brian Mulroney. Laisser sa date dans un coin peut être risqué.

C’est un risque calculé. Si O’Toole ferme une porte à droite, il en ouvre une autre au centre, là où son potentiel de croissance est beaucoup plus intéressant, afin de dépasser le plafond d’appui de son parti, qui tourne autour de 30 %.

L’avenir de Derek Sloan

C’était la troisième prise – non, la quatrième – pour Sloan.

Durant la course au leadership, il a attaqué la Dre Theresa Tam pour sa gestion de la pandémie, en disant qu’elle était à la solde du Parti communiste chinois. Il a aussi dit que la science n’avait pas clairement exclu la thèse voulant que l’homosexualité soit un choix. Derek Sloan a également parrainé une pétition qui dénonçait la vaccination contre la COVID-19 comme une expérimentation sur des humains.

Ses jours comme député conservateur sont maintenant comptés : le caucus se prononcera sur son expulsion plus tard cette semaine. On entend déjà les soupirs de soulagement des plus modérés du parti, surtout du côté de la députation ontarienne et québécoise.

Cela ne signifie pas que Derek Sloan va siéger comme indépendant bien longtemps. Plusieurs à Ottawa sont prêts à parier que, dans les heures qui ont suivi l’annonce de son expulsion, son téléphone s’est mis à sonner avec sur l’afficheur le nom du chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier.

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