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Arrêt de Keystone XL: une pression supplémentaire sur Trans Mountain

Des hommes sur un chantier de construction installent un bout de tuyau.

Des travailleurs sur le chantier du pipeline Trans Mountain que le gouvernement fédéral a racheté de Kinder Morgan.

Photo : Kinder Morgan

Dès mercredi, l’administration Biden pourrait révoquer le permis de construction du pipeline Keystone XL. Une telle décision ajouterait une pression supplémentaire pour mener à bien le pipeline Trans Mountain, selon des experts.

C’était écrit dans le ciel, affirme la politologue de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) Kathryn Harrison. L’administration Obama s’y opposait, Barack Obama l’a rejeté en 2015 et Biden a affirmé qu’il s’y opposait toujours.

Selon elle, si l’intention de mettre fin au pipeline Keystone XL et celle de signer l’Accord de Paris sur le climat étaient prévisibles, ces décisions posent un défi pour le pétrole canadien.

C’est définitivement une mauvaise nouvelle pour l’Alberta, juge quant à lui le professeur aux HEC, Pierre-Olivier Pineau.

Selon celui qui est titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, ce nouveau revers survient alors que la canalisation 5, qui transporte du pétrole brut et du propane du Wisconsin jusqu’à Sarnia, en Ontario, est elle aussi à risque.

On l'a vu la semaine dernière, c'est la canalisation 5 d'Enbridge qui était questionnée par la gouverneure du Michigan, dit-il. S'il advenait que cette canalisation 5 ferme, ça ferait un débouché en moins pour le pétrole albertain.

Trans Mountain n'est toujours pas construit. Si Keystone XL est véritablement annulé, ça fait peser des incertitudes sur les débouchés du pétrole albertain, dont l'Alberta se serait bien passé parce que ça ne va aider en rien la cause du pétrole en Alberta.

Pierre-Olivier Pineau, Titulaire de la chaire de gestion du secteur de l'énergie

Soulagement pour Ottawa?

Même si le Canada fait pression, l’administration Biden ne reculera pas, analyse quant à lui le chercheur en politiques énergétiques à UBC, Werner Antweiler qui croit qu'il doit s’agir d’un soulagement pour le gouvernement fédéral.

En l’absence de compétition, le potentiel économique et commercial du pipeline Trans Mountain a davantage de chances de se réaliser et facilitera une éventuelle revente des actifs au secteur privé.

Ottawa avait acheté, en 2018, le pipeline qui relie l’Alberta jusqu’à la Colombie-Britannique pour 4,5 milliards de dollars.

Carte du projet d'expansion du pipeline Trans Mountain.

Carte du projet d'expansion du pipeline Trans Mountain.

Photo : Office national de l'énergie

L’absence d’alternative pour le pétrole albertain semble aussi assurer la complétion de Trans Mountain.

Même si ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour la Colombie-Britannique, où l'on s’inquiète de l’augmentation du trafic pétrolier le long des côtes, j’ai toutes les raisons de croire que Trans Mountain va devenir réalité.

Werner Antweiler, spécialiste en économie de l'énergie, UBC

La pression qui s’ajoute à la complétion du pipeline Trans Mountain, entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, pourrait aussi mener à une nouvelle vague de protestations.

Un jeune tient un micro avec des manifestants derrière lui

Un jeune prend la parole lors d'une manifestation contre l'expansion du pipeline Trans Mountain (archives).

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Trans Mountain a peut-être été approuvé, mais le pipeline n’est pas encore arrivé à Burnaby, rappelle Kathryn Harrison. On pourrait revoir d’autres tensions et manifestations comme celles survenues l’hiver dernier avec les Wet’suwet’en.

Malgré une défaite en cour d’appel fédérale l’année dernière, la Première Nation Tseil-Waututh a promis d’utiliser tous les moyens possibles pour arrêter le projet.

Une tuile pour l’Alberta

Déjà, dimanche soir, sur les réseaux sociaux, le premier ministre Jason Kenney s’est dit profondément inquiet de l’annonce de ce décret présidentiel. Jusqu’à 80% du pétrole albertain est présentement exporté aux États-Unis.

Le projet de près de 1900 kilomètres de long, annoncé en 2005, devait permettre le transport de 830 000 barils de pétrole par jours entre l’Alberta et le Nebraska, permettant de joindre le pipeline Keystone, qui se rend jusqu’aux raffineries du Texas.

Une carte du Canada et des États-Unis. Une ligne verte relie Hardisty, en Alberta, à Steele City au Nebraska. Une ligne noire relie quant à elle Hardisty à Houston et Port Arthur au Texas.

En vert, le tracé du nouveau pipeline Keystone XL proposé qui relierait l'Alberta au golfe du Mexique, et en gris, le tracé du pipeline existant.

Photo : Radio-Canada

Pour Edmonton, l’arrêt de Keystone XL pourrait signifier des pertes entre 1,5 et 7,5 milliards de dollars, estime Kathryn Harrison.

C’est un réveil pour l’industrie, souligne-t-elle. Les émissions en provenance des sables bitumineux ont plus que doublé depuis 2005 et ont plus que quintuplé depuis 1990. L’industrie s’est engagée à réduire ses émissions, mais il y a encore beaucoup de travail à faire.

Ce revers pourrait aussi mener à un changement de ton de la part du gouvernement albertain. Par le passé, le gouvernement de Jason Kenney s’est montré agressif envers les opposants aux pipelines, notamment la Colombie-Britannique.

Il est grand temps que l’Alberta admette que le futur de son pétrole passe par des mesures environnementales, estime Werner Antweiler. Ça veut dire revoir l’hostilité démontrée envers la Colombie-Britannique et joindre les rangs en matière de lutte aux changements climatiques.

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