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Les Ontariens évitent les urgences par peur de contracter la COVID-19

Une enseigne où il est écrit Emergency.

Des experts en santé de la région du Grand Toronto s'inquiètent depuis qu'ils remarquent que les patients évitent les urgences, ce qui a souvent des conséquences graves.

Photo : Radio-Canada

Nicolas Haddad

Un nombre grandissant de médecins et d’urgentologues en Ontario affirment que de nombreux patients ne se présentent plus aux urgences dans des délais raisonnables, et que cela a des conséquences graves, voire fatales.

Portrait du Dr Kapoor.

Le Dr Kapoor est urgentologue dans un hôpital de la grande région de Toronto.

Photo : Avec l'autorisation du Dr Vimal Scott Kapoor

Je n'ai jamais vu ça dans ma carrière médicale, souligne le Dr Scott Kapoor, un urgentologue de la région du Grand Toronto.

Je viens de voir un patient qui s'est présenté à l'hôpital trop tard dans sa maladie, de sorte qu'il est décédé d'un arrêt cardiaque quelques jours plus tard, indique-t-il.

J'ai vu au moins trois cas de quelqu'un qui est tombé et qui a subi une fracture, et qui s'est présenté à l'hôpital deux à trois semaines plus tard.

Dr Scott Kapoor, urgentologue et médecin du travail

Tandis que les unités de soins intensifs de l’Ontario regorgent de patients atteints de la COVID-19, le soir, il y a parfois si peu de patients aux urgences que des médecins attendent en se tournant les pouces, déplore-t-il.

Un bras droit cassé.

L'urgentologue Scott Kapoor dit avoir vu des patients se présenter aux urgences plusieurs semaines après avoir subi des fractures.

Photo : Facebook / Lindsey Vonn

Pour l’urgentologue, il n’y a aucun doute que cette tendance est due à la peur de la COVID-19. Par exemple, dans un cas, une patiente qui avait fracturé son bras deux semaines plus tôt s’est présentée aux urgences vêtue d’une combinaison Tyvek avec des lunettes de protection.

Selon le Dr Kapoor, qui est aussi médecin du travail pour certaines entreprises, un certain nombre de personnes qui ont des maux de cœur ou des blessures à la tête refusent d'aller à l'hôpital par crainte d’être infectées par la COVID-19.

Évitant les grandes villes, ils choisiront d'aller à l'hôpital dans une région éloignée. Ils prendront la voiture et parcourront de grandes distances pour se rendre dans une ville plus petite, indique-t-il.

Les conséquences des délais sont graves

Selon la Dre Samantha Hill, présidente de l’Association médicale de l’Ontario (AMO), ce genre d’aversion effrite les soins préventifs que peuvent offrir les systèmes de santé.

La Dre Samantha Hill sur une estrade devant un podium.

La Dre Samantha Hill est présidente de l'Association médicale de l'Ontario.

Photo : Avec l'autorisation de l'Association médicale de l'Ontario

Quand les consultations se font trop tard, constate la chirurgienne cardiaque, lorsqu’on opère, ce sont des patients beaucoup plus malades, qui ont déjà souffert des problèmes de muscles. Moins de muscles qui fonctionnent, ça les rend beaucoup plus à risque d’avoir des complications pendant la chirurgie et après la chirurgie.

La présidente de l’AMO est catégorique dans son message aux Ontariens : s’il y a un problème, cherchez de l'aide.

Une consultation médicale par vidéo.

Malgré la popularité croissante de la télémédecine, le Dr Kapoor estime qu'elle ne permet pas toujours de diagnostiquer certains problèmes de santé.

Photo : CBC

Selon le Dr Kapoor, la télémédecine n’est pas toujours une solution pour ceux qui souhaitent éviter les hôpitaux.

Il donne l’exemple d’un patient qu’il a vu dernièrement et qui subissait des douleurs à la jambe. Le jeune garçon faisait de la fièvre. Sa douleur ne disparaissait pas même avec des analgésiques. Une nouvelle série de tests a révélé qu’il avait possiblement un cancer.

J'ai été stupéfait par ce cas et par la facilité avec laquelle j'aurais pu rater ce diagnostic, souligne l’urgentologue.

Cet exemple démontre qu'il est très difficile de créer un algorithme pour savoir quand les gens devraient ou ne devraient pas se rendre aux urgences.

Une tendance déjà observée lors de la première vague

Partout au pays, les urgences se sont vidées de moitié durant les premiers mois de la pandémie, selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Lors de la première vague, l’Ontario a rapporté par moments 50 % moins de visites aux urgences qu’à l’habitude.

Depuis, les chiffres se sont stabilisés, mais ils restent bien en deçà des niveaux habituels.

Entrée d'un bâtiment vu en contre-plongée. On peut lire sur l'écriteau EMERGENCY et URGENCE.

L'entrée de l'urgence de l'Hôpital St-Joseph à Hamilton, en Ontario

Photo : Radio-Canada / Bobby Hristova/CBC News

Selon Tracy Johnson, directrice des analyses des systèmes de santé et des problèmes émergents de l’ICIS, les visites aux urgences pour des problèmes moins urgents comme les grippes, les rhumes, ou les douleurs abdominales ont le plus chuté.

Mais comme elle le souligne, les douleurs abdominales peuvent être des symptômes de maladies graves, mais vous ne pouvez pas le savoir avant d’être vu par un médecin.

Il faut se demander si certaines personnes qui se seraient présentées aux urgences, mais qui ne l'ont pas fait, sont passées à côté de maladies beaucoup plus graves qu’elles ne l’imaginaient.

Mme Johnson affirme toutefois que la baisse des visites aux urgences peut être partiellement attribuable à la prudence accrue des Ontariens, et à la fermeture des écoles et l’annulation de nombreux événements sportifs.

Cela peut aussi expliquer en partie la réduction des volumes de patients, affirme-t-elle.

Les urgences sont-elles sécuritaires malgré les craintes?

On fait de notre mieux dans les salles d'urgence et dans les bureaux des médecins de famille pour s'assurer qu'il n'y a pas de transmission entre les patients, souligne la Dre Samantha Hill.

On voit en gros plan les chaussures de l'employée et la vadrouille qui est en train d'être passée sur le plancher. En arrière-plan, on voit le lit dans la chambre d'hôpital et l'équipement.

Une employée nettoie une chambre d'hôpital avant de la désinfecter.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

De son côté, le Dr Scott Kapoor affirme que la peur des urgences est raisonnable, mais qu’elle est injustifiée.

Je peux comprendre un peu de peur quand vous regardez dans la salle d'attente, que vous êtes assis dans une pièce avec des gens malades, et que vous ne savez pas pourquoi ils sont là, dit-il, avant de préciser que la transmission dans une salle d’attente est peu probable si les patients portent un masque.

Dans mon hôpital, je peux vous dire que nous faisons tout pour éviter qu’il y ait des foules. Pas de visiteurs autorisés, et on impose la distanciation physique dans les salles d'attente.

Il ajoute que le nettoyage est démesuré. Les nettoyeurs vivent presque dans notre salle d'urgence, ils nettoient et désinfectent tout, constamment.

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