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Suspension de dons politiques : que font les filiales d’entreprises québécoises?

Des filiales américaines du Québec inc. ont versé des milliers de dollars à des républicains qui ont refusé de valider les résultats du Collège électoral.

Il s'agit d'un écriteau en forme de Q.

Un écriteau QAnon devant le Capitole de Washington, peu avant les événements du 6 janvier.

Photo : Getty Images / Win McNamee

La suspension sans précédent de dons de multinationales aux 147 élus républicains qui se sont opposés à la certification des résultats électoraux fait réfléchir certaines filiales américaines d’entreprises québécoises. Celles que nous avons repérées ont versé un total de près de 70 000 $ US à ces élus lors du cycle électoral de 2020.

Facebook, Amazon, Walmart, Disney, UPS et Microsoft sont parmi les dizaines d’entreprises qui ont cessé temporairement de financer ces représentants et sénateurs à la suite de l’assaut du Capitole de Washington, il y a près de deux semaines.

Selon le Center for Responsive Politics, les sociétés ont injecté 360 millions de dollars dans les dernières élections par l'intermédiaire de comités d’action politique, les PAC, qu’elles parrainent.

Le Québec inc., d’après les informations disponibles dans la base de données de l’organisme, a contribué indirectement avec ses filiales américaines en versant environ 600 000 $ US, partagés équitablement entre démocrates et républicains.

Ce sont au moins 67 300 $ US qui ont été redistribués à des candidats républicains visés par la vague d’opposition des sociétés aux États-Unis.

Produits forestiers Résolu est celle qui a versé le plus important montant total à quelques-uns d’entre eux : 21 000 $ US.

Nous allons certainement évaluer les différents membres du Congrès que nous soutenons, fait valoir le vice-président aux communications Seth Kursman, mais les gens ont ce droit constitutionnel d’exprimer leurs préoccupations quant au processus électoral. Pour l’instant, il n’est donc pas question pour Résolu d’intervenir contre des élus, à moins que l’un deux ait agi de façon illégale.

M. Kursman, un Américain établi à Montréal, est l’un des fondateurs du PAC de Résolu. Nous l’avons fondé, explique-t-il, parce qu’il s’agit d’un mécanisme important pour développer nos relations avec les membres de la Chambre des représentants et du Sénat. Ces relations seraient absolument instrumentales pour limiter les contrecoups du conflit du bois d'œuvre entre le Canada et les États-Unis.

Les entreprises doivent néanmoins se poser la question suivante, aux dires du directeur de la réforme électorale du Campaign Legal Center à Washington : Veulent-elles voir leur marque associée à des politiciens qui votent pour saper la démocratie? Brendan Fischer parle de décisions symboliques, mais qui, mises ensemble, pourraient avoir une incidence sur la collecte de fonds.

Les PAC sous la loupe

Les bouleversements des derniers jours semblent avoir conduit d’autres entreprises québécoises à entreprendre une analyse plus approfondie. Nous examinons actuellement les activités de notre PAC afin de déterminer les prochains gestes à poser, a répondu le Canadien National (CN).

Chez Bombardier, les PAC sont vus comme une façon de permettre aux employés de participer au processus électoral en soutenant des élus qui comprennent l’industrie. Les contributions feraient l’objet d’une révision à chaque cycle électoral. La société ajoute : Nous sommes en train d’évaluer comment mieux utiliser notre PAC compte tenu de notre transformation en cours et à la lumière des récents événements.

SNC-Lavalin indique pour sa part que le comité d’action politique d’Atkins a suspendu toutes les contributions aux candidats fédéraux de tout parti politique pour les 120 prochains jours.

Power Corporation du Canada précise qu'Empowerment Retirement est une filiale opérationnelle indirecte et qu’elle n’a aucune implication directe ou indirecte dans ce genre de décisions. La Banque de Montréal (BMO) a décliné notre requête et WSP n’a jamais répondu à nos demandes d’information.

Une privatisation de la morale

À l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM, la chercheuse Élisabeth Vallet constate une privatisation de la morale menée par les entreprises dans le mouvement en cours ainsi qu’une démonstration claire que les entreprises ont une influence et cherchent à avoir une influence sur la vie politique.

Est-ce ponctuel, donc symbolique, ou les entreprises vont-elles s’en tenir à ce qui a été décidé et ne pas subventionner ces élus qui se tiennent trop près de QAnon?

Élisabeth Vallet, chercheuse en résidence, Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM

Dans ce contexte, toute démocratie devrait pouvoir vivre à l’abri d'interférences étrangères, souligne-t-elle, tout en reconnaissant que celles-ci tiennent à la structure du lobbyisme aux États-Unis.

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