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Quitter un hôpital en rampant : 3 ans plus tard, un homme raconte son épreuve

La direction de l'hôpital a présenté ses excuses à la famille et les employés concernés ont été « sanctionnés en conséquence ».

Une homme portant un manteau rouge marche à quatre pattes vers une sortie. Une femme se tient près de lui.

David Pontone s'est présenté à l'hôpital Humber River le 18 avril 2018 se plaignant de douleurs atroces aux jambes. Il estime avoir reçu un traitement inadéquat après avoir déclaré des antécédents de maladie mentale.

Photo :  Hopital Humber River (caméra de surveillance)

CBC News

La voix de David Pontone tremble encore lorsqu’il évoque le souvenir de devoir se traîner sur les genoux hors de l’hôpital Humber River à Toronto, incapable de se tenir debout.

L’incident est survenu il y a bientôt trois ans, le 18 avril 2018. Toutefois, obtenir les extraits vidéo des caméras de surveillance aura été une bataille de longue haleine.

L’homme de 45 ans s’était rendu à l’urgence se plaignant de douleurs atroces dans les jambes.

La douleur était insoutenable, raconte-t-il. Marcher était tout simplement impossible.

En répondant aux questions du personnel médical, M. Pontone a souligné prendre des médicaments pour traiter un trouble affectif bipolaire – une maladie mentale qui peut provoquer de grandes variations de l’humeur, parfois en peu de temps, et qui peut entraîner des phases de grande agitation et des épisodes de grande dépression.

Il dit avoir mentionné que son état était stable depuis sept ans.

Selon M. Pontone, la divulgation de cette information a eu un effet sur la façon dont il a été traité. Ils ont pensé que je faisais semblant parce que je suis bipolaire, a-t-il déclaré.

Il n'y a pas de mots pour décrire ce que j'ai vécu cette nuit-là.

David Pontone

L’homme souhaite partager son histoire pour éviter qu’une situation semblable ne se reproduise.

Préjugés à son endroit

À son arrivée à l’urgence de l'hôpital Humber River, M. Pontone a été vu par un médecin qui a recommandé une imagerie par résonance magnétique (IRM). Le médecin a aussi dirigé David Pontone vers un psychiatre de garde après avoir pris connaissance de ses antécédents en santé mentale.

Selon les rapports médicaux obtenus par CBC News, le psychiatre a noté que l’anxiété semblait être le symptôme prédominant chez M. Pontone.

Une autre note à son dossier mentionne que la raison de la visite de M. Pontone est bipolarité , et non ses douleurs à la jambe.

Les résultats de l’IRM ne montrant rien d’anormal, le psychiatre a déterminé que M. Pontone pouvait être renvoyé chez lui.

Aussitôt qu’ils ont eu les résultats, ils m’ont retiré les couvertures en me disant : "Allez, debout! Tu vas bien, il n’y a rien d’anormal!", affirme M. Pontone.

Vidéo troublante

La vidéo tirée des caméras de surveillance montre M. Pontone tenter d’atteindre la sortie de l’hôpital alors qu’on lui demande de quitter les lieux.

Ce dernier, canne à la main, peine à marcher en se tenant tant bien que mal sur la rampe du couloir. Soudainement, il s'affaisse sur le ventre près de la sortie.

Incapable de se relever et devant l’infirmière qui l’accompagne, M. Pontone se déplace sur les genoux et les mains, à quatre pattes. D’autres personnes s’arrêtent pour lui venir en aide, mais l’infirmière leur indique de poursuivre leur chemin.

L’infirmière me répétait : "Vous êtes un grand garçon. Allez, debout. Je sais que vous en êtes capable".

David Pontone

Il aura fallu une vingtaine de minutes à David Pontone pour sortir de l'hôpital. Un agent de sécurité l'a ensuite aidé à monter dans un taxi.

Transport en ambulance

M. Pontone affirme que les médecins de l’hôpital Humber River lui ont donné l’impression qu’il était malade dans sa tête.

Quelques jours plus tard, il a pris la décision de se présenter au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). Sur place, un psychiatre a immédiatement constaté que les souffrances de David Pontone n’avaient rien à voir avec sa santé mentale.

Une ambulance l’a alors transporté à l’Hôpital Western de Toronto où un neurologue a diagnostiqué un syndrome de Guillain-Barré, une affection rare dans laquelle le système immunitaire attaque certains nerfs.

Un homme s'exprime devant une caméra.

David Pontone a dû passer près de quatre mois en réadaptation.

Photo : Hopital Humber River (caméra de surveillance)

M. Pontone a dû passer près de quatre mois en réadaptation à la suite du diagnostic. Il s'estime chanceux de pouvoir à nouveau marcher.

Le syndrome de Guillain-Barré peut s'aggraver rapidement et attaquer les organes. Cela peut également entraîner une paralysie du corps entier et éventuellement la mort.

Préjugés répandus

Selon la Dre Vicky Stergiopoulos, psychiatre et médecin en chef au CAMH à Toronto, la négligence de troubles de santé physique chez les personnes aux prises avec une maladie mentale est un problème répandu. Nous échouons lamentablement auprès de cette population, affirme la Dre Stergiopoulos.

Une femme au cheveux bruns portant des lunettes et un masque.

Selon la psychiatre et médecin en chef au CAMH Vicky Stergiopoulos, la négligence de troubles de santé physique chez les personnes aux prises avec une maladie mentale est un problème répandu.

Photo :  CBC / Jon Castell

Selon elle, il est courant que des professionnels de la santé pratiquent la dissimulation diagnostique, c’est-à-dire le fait de donner moins d’importance aux signes cliniques physiques si un individu est reconnu comme ayant un trouble de santé mentale.

Ces gens se présentent pour une jambe cassée et on les envoie en psychiatrie pour examiner leur santé mentale, illustre-t-elle.

La Dre Stergiopoulos ajoute que la stigmatisation et la discrimination de la part des travailleurs de la santé peuvent contribuer considérablement à raccourcir la durée de vie d’un individu.

À la racine du problème, dit la Dre Stergiopoulos, les professionnels de la santé considèrent la santé physique et mentale comme distincte.

Nous devons faire un meilleur travail pour percevoir les gens comme des êtres humains.

Dre Vicky Stergiopoulos, psychiatre et médecin en chef au CAMH

La Dre Stergiopoulos n'a pas été concernée directement dans le cas de M. Pontone.

Des excuses

Cinq semaines après l’incident, la famille de David Pontone a rencontré la direction de l'hôpital Humber River. Ses proches n'avaient pas encore pris connaissance de la vidéo, mais la directrice des soins infirmiers, Vanessa Burkoski, leur avait dit avoir été troublée par ce qu'elle avait vu.

Mme Burkoski a présenté des excuses à la famille et a affirmé pouvoir partager la vidéo avec cette dernière une fois que les visages des gens auraient été rendus indistincts aux fins de protection de la vie privée.

Lors d'une rencontre de suivi deux mois plus tard, la famille a pu visionner la vidéo pour la première fois.

Ils l'ont laissé partir, comme un chien, dehors, a déclaré la mère de David Pontone, Lucia. Personne ne devrait être traité comme ça.

Un porte-parole de l'hôpital Humber River a refusé une demande d’entrevue faite par CBC News.

Plan large de l'hôpital Humber River, devant le département des urgences.

L’hôpital Humber River de Toronto a présenté ses excuses à la famille de David Pontone.

Photo :  CBC

Dans un communiqué, le porte-parole Joe Gorman a déclaré que la direction de l'hôpital était profondément troublée par l'expérience de M. Pontone et que le personnel impliqué avait été sanctionné en conséquence.

Chaque patient de l'hôpital Humber River mérite des soins compatissants, professionnels et respectueux de la part de notre personnel, y écrit M. Gorman.

CBC News a appris que l'infirmière qui avait escorté M. Pontone hors de l'hôpital avait été congédiée. Toutefois, le porte-parole a refusé de dire si l'un des médecins avait été sanctionné.

Visages floutés et vie privée

Quand la famille a demandé une copie de la vidéo, l'établissement de santé a refusé, prétextant des soucis de vie privée.

L'hôpital Humber River a ensuite porté l'affaire devant le commissaire à la protection de la vie privée de l'Ontario, déclarant qu'il ne se sentait pas à l'aise de donner la vidéo à M. Pontone et qu'un expert en cybersécurité devrait être embauché pendant environ 10 heures pour utiliser une technologie d'obscurcissement à plusieurs couches, de manière à ce que M. Pontone ne puisse pas éclaircir les visages par la suite.

L’établissement exigeait également que M. Pontone paye le coût de la modification et qu’il signe un accord promettant de ne pas distribuer la vidéo.

La famille Pontone a rencontré l'avocat torontois spécialisé Harrison Cooper, qui a proposé de travailler bénévolement après avoir entendu parler de son calvaire.

Au Canada, nous sommes fiers d'évoluer pour comprendre la maladie mentale, a déclaré Me Cooper. Et nous ne voulons pas d'incidents où une personne atteinte de maladie mentale est traitée différemment qu'une personne sans maladie mentale.

L’affaire a été résolue au bout de deux ans. Le commissaire à la protection de la vie privée a déclaré que M. Pontone pouvait posséder les images si un flou de base était appliqué, et a déclaré que ce dernier n'avait montré aucune intention de vouloir révéler les visages d'autres personnes.

L'hôpital a payé la modification numérique et a partagé les images.

D'après les informations d'Erika Johnson, CBC News

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