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Des foyers de soins spéciaux insuffisamment préparés en cas d'incendie

L'intérieur d'un centre de soins de longue durée.

Jusqu’à 24 % des foyers de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick ne répondent pas à toutes les normes en la matière (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La possibilité qu’un incendie se déclare dans un foyer de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick et que le personnel doive évacuer rapidement des résidents à mobilité réduite inquiète la fille d'une résidente.

La mère âgée de Lise Dubois est atteinte de démence. Lise Dubois a vu ce qui s’est produit lorsque l’avertisseur d'incendie s’est déclenché dans le foyer de soins spéciaux où elle résidait et que trois employés ont tenté d'évacuer rapidement 45 personnes âgées.

Il y avait de quoi avoir peur, explique Mme Dubois, au sujet de cet incident qui a eu lieu quand sa mère vivait dans le Manoir Sugarloaf, à Campbellton.

Lise et Berthe Dubois.

La mère de Lise Dubois, Berthe, a vécu dans le Manoir Sugarloaf pendant environ deux ans. Lise Dubois était présente durant des alertes ou des exercices d’incendie. Selon elle, il n’y avait pas toujours assez d’employés pour aider les résidents à évacuer rapidement les lieux.

Photo : Gracieuseté/Lise Dubois

Jusqu’à 24 % des foyers de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick ne répondent pas aux normes en matière de prévention des incendies, selon une enquête journalistique de CBC basée sur des rapports d’inspection de ces établissements datés du 8 janvier. Les lacunes les plus courantes notées étaient l'absence d'exercice d'évacuation mensuels et de vérification des détecteurs de fumée.

Mme Dubois craint que le manque de préparation et la pratique de réduire le personnel durant la nuit mènent à un désastre en cas d’incendie.

Des variations souvent permises

Les foyers de soins spéciaux peuvent obtenir l’autorisation de réduire leur personnel durant la nuit à un taux de préposés par résident inférieur à la norme. Le taux normal est d’un préposé pour dix résidents.

Un système d'alarme d'incendie dans un édifice.

Les lacunes les plus courantes notées lors de l'inspection des foyers de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick étaient l'absence d'exercice d'évacuation et de vérification des détecteurs de fumée.

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Un taux d’un préposé pour 15 résidents peut toutefois être approuvé dans certaines circonstances, indique une porte-parole du gouvernement, Coreen Enos.

Cette pratique a fait l’objet d’une autre enquête de CBC sur les foyers de soins spéciaux du groupe Lokia. Ces établissements ont participé à un projet pilote qui leur permettait de réduire leur personnel durant la nuit.

Au 20 novembre 2020, des variations du nombre d’employés en poste durant la nuit ont été approuvées dans 55 établissements, dont des foyers de soins spéciaux, des foyers de soins de la mémoire et des résidences communautaires, selon le ministère du Développement social.

Les variations sont accordées pour un an et peuvent être annulées à tout moment.

Des résidents « bloqués » dans leur chambre

Lise Dubois relate qu’elle a aidé sa mère à sortir du Manoir Sugarloaf le soir où l’alerte d’incendie s’est déclenchée. Sa mère se déplace lentement à l’aide d’une marchette.

Avec un seul employé pour 15 résidents, explique-t-elle, la situation était chaotique et des personnes paniquaient.

Elle estime que les trois-quarts des résidents n’auraient pu être évacués à temps s’il y avait réellement eu un incendie. Beaucoup d’entre eux ont une mobilité réduite, certains ont besoin d’un apport d’oxygène et d'autres nécessitent de l’aide pour se déplacer, souligne-t-elle.

Des pompiers devant l'édifice en flammes.

Dans la nuit du 23 janvier 2014, un incendie majeur ravage la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, près de Rivière-du-Loup, au Québec, faisant 32 morts.

Photo : La Presse canadienne / Frances Drouin

Le Bureau du prévôt des incendies a refusé de donner une entrevue, mais la porte-parole Coreen Enos affirme que le taux d’employés par résident assure toujours qu’il y a suffisamment d’employés pour évacuer les résidents en cas d’incendie.

Les variations, souligne-t-elle, ne sont accordées qu’après un exercice d’évacuation chronométré et si le ministère ne ressent pas de préoccupation au sujet de l'établissement.

Lise Dubois affirme que ce soir-là, pendant qu’elle aidait sa mère à se déplacer vers la sortie, une autre résidente a entrouvert la porte de sa chambre et lui a demandé ce qui se passait. Cette personne, dit-elle, était en quelque sorte bloquée à cet endroit et elle avait besoin d’aide. Elle s’est donc arrêtée et elle l’a aidée à sortir en même temps que sa mère.

Sa mère réside maintenant dans un autre établissement.

Les exercices d’incendie sont cruciaux, selon un expert

Jusqu’à 83 foyers de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick ne respectent pas les normes en matière de prévention des incendies et de sécurité, selon les plus récents rapports d’inspection de ces établissements, qui remontent au 8 janvier.

L’expert Derek Gruchy affirme qu’il est crucial de faire régulièrement des exercices d’incendie, particulièrement quand il s’agit de protéger des personnes vulnérables et à mobilité réduite.

La grande majorité des résidents de ces établissements sont là parce qu’ils ont besoin d’aide, et en cas d’incendies ils ont besoin de l’aide des employés pour évacuer les lieux, souligne M. Gruchy.

Derek Gruchy est le coordinateur du programme de protection contre les incendies au Seneca College à Toronto. Il compte parmi ses étudiants de futurs prévôts des incendies.

Derek Gruchy guide un étudiant qui utilise un extincteur devant un petit feu.

Derek Gruchy (à droite), forme des inspecteurs des incendies au Seneca College à Toronto (archives).

Photo : Patrick Fordham

Il faut tenir compte du nombre de résidents, du nombre de sorties, de la distance à parcourir pour sortir et de la présence ou non de gicleurs lorsqu’il faut déterminer le taux adéquat d’employés par résidents et un plan d’évacuation sécuritaire, recommande M. Gruchy.

Les exercices permettent de prouver si le nombre d’employés en poste suffit pour évacuer les résidents en sécurité, explique-t-il.

Des règles « très sévères », selon une intervenante

La présidente de l’Association des foyers de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick, Jan Seely, dit comprendre l’inquiétude des familles comme celle de Lise Dubois.

Mme Seely indique qu’elle n’était pas au courant du projet pilote accordé aux cinq établissements du groupe Lokia et qu’une telle variation n’aurait pas dû être permise. Le gouvernement devrait avoir honte pour avoir permis cela, dit-elle.

Jan Seely.

Jan Seely, présidente de l’Association des foyers de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick, dit qu’elle n’était pas au courant du projet pilote accordé aux cinq établissements du groupe Lokia (archives).

Photo : CBC/Vanessa Blanch

Jan Seely dirige un foyer de soins spéciaux de 12 lits à Saint-Jean. Elle a elle-même demandé dans le passé une variation qui lui a permis de n’avoir en poste qu’un employé durant la nuit. Le processus est très sévère, dit-elle.

Son établissement fait régulièrement des exercices d’incendie et il est équipé de gicleurs. Mme Seely dit croire que tous les résidents et employés peuvent évacuer les lieux en 2 minutes en cas de besoin.

Elle propose qu’un comité d’intervenants soit formé pour évaluer les demandes de variations. Le comité comprendrait des représentants du ministère, du bureau du prévôt des incendies, de l’Association des foyers de soins spéciaux et des propriétaires de ces établissements.

Derek Gruchy ajoute qu’il faut répéter régulièrement les exercices d’évacuation pour que chacun sache immédiatement ce qu’il faut faire en cas d’incendie.

D’après un reportage de Vanessa Blanch, de CBC

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