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Les refuges pour itinérants sous pression en marge du couvre-feu

Récit d'un accès aux ressources en itinérance de première ligne de la couronne sud.

Les itinérants ne sont pas exemptés du décret gouvernemental qui impose le couvre-feu dès 20 h jusqu'au 8 février prochain.

Les itinérants ne sont pas exemptés du décret gouvernemental qui impose le couvre-feu dès 20 h jusqu'au 8 février prochain.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Le couvre-feu est en vigueur au Québec depuis plus d'une semaine. Nous avons accompagné la police de Longueuil pour constater les conséquences sociales de cette mesure sur les personnes plus vulnérables, dont les sans-abri.

Les itinérants ne sont pas plus tolérés que tout autre citoyen sur la voie publique après 20 h, même si les policiers sont plus tolérants en ce qui concerne les contraventions.

Si vous êtes un sans-abri et que vous croisez un policier, on va vous trouver un endroit. Le but n'est pas de les judiciariser. Le décret du gouvernement a été fait pour des mesures sanitaires et non pas pour régler une problématique, affirme Ghyslain Vallières du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL).

Gyrophares et sirène actionnés, nous vivons l'entrée en vigueur du couvre-feu à bord de l'auto-patrouille.

Le policier Ghyslain Vallières du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL) annonce le couvre-feu à l'aide des gyrophares de sa voiture de patrouille.

Le policier Ghyslain Vallières du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL) annonce le couvre-feu à l'aide des gyrophares de sa voiture de patrouille.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Gervais, caméraman

Le gouvernement écarte actuellement l'idée d'accorder aux sans-abri une exemption visant à les tolérer sur la voie publique lorsque le couvre-feu est en vigueur.

Ainsi, la Halte du coin, l'Abri de la Rive-Sud et La casa Bernard-Hubert fonctionnent à plein régime.

Des organismes sous pression

Les intervenants des trois refuges ont en commun d'avoir à gérer des comportements de plus en plus agressifs à l'intérieur de leurs murs.

Bien que les itinérants ne soient pas censés recevoir de contraventions en marge du couvre-feu, la police ne tolère pas leur présence sur la voie publique.

Bien que les itinérants ne soient pas censés recevoir de contraventions en marge du couvre-feu, la police ne tolère pas leur présence sur la voie publique.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Le mode de vie de l'itinérance, c'est d'être nomade. C'est d'être libre. Là, vous leur enlevez ça. Ce sont des gens qui n'ont déjà rien dans la vie. Ça crée énormément d'anxiété et d'agressivité. On voit la différence au niveau comportemental depuis l'imposition du couvre-feu, affirme sans détour Danielle Leblanc, cogestionnaire de la Halte du coin.

Pas facile donc de désamorcer les situations de crise quand les intervenants doivent eux-mêmes respecter des règles sanitaires.

Une femme en jaune, un policier qui tourne le dos et un homme portant un manteau gris discutent.

Danielle Leblanc, cogestionnaire à la Halte du coin, travaille en première ligne avec des personnes en situation d'itinérance.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Gervais, caméraman

Normalement, quand vous essayez d'entrer en interaction avec une personne et de créer un lien, c'est assez proche physiquement. Il faut pouvoir entrer dans sa bulle. Je ne sais pas si vous avez tenté d'entrer en contact avec quelqu'un avec deux mètres de distance, mais c'est un défi. L'interaction n'est pas la même pour créer rapidement un lien de confiance.

Danielle Leblanc, cogestionnaire de la Halte du coin

Faire de petits miracles un jour à la fois

À l'Abri de la Rive-Sud, la coordonnatrice Julie Tessier affiche complet. Les 30 lits disponibles ont tous trouvé preneur pour la soirée.

Les 30 lits de l'Abri de la Rive-Sud sont tous occupés après l'entrée en vigueur du couvre-feu.

Les 30 lits de l'Abri de la Rive-Sud sont tous occupés après 20 h.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Gervais, caméraman

L'intervenante en première ligne n'a pas pris de vacances depuis le 13 mars 2020.

Dans mon rôle à moi où je suis de garde 24/7, il n'y a pas eu de répit. Nous avons dû apprendre à travailler encore plus en équipe entre les organismes communautaires. La rétention de personnel est un problème. Dès qu'un intervenant a des symptômes, il est automatiquement retiré du refuge. Ça cause un impact sur l'offre de service, explique-t-elle.

Julie Tessier coordonnatrice clinique à l'Abri de la Rive-Sud, fait face à des problèmes de rétention de personnel en raison de la pandémie.

Julie Tessier coordonnatrice clinique à l'Abri de la Rive-Sud, fait face à des problèmes de rétention de personnel en raison de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Gervais, caméraman

À La casa Bernard-Hubert, la clientèle est hébergée sur une période de six mois, qui permet de les conduire de nouveau vers l'autonomie.

Le couvre-feu, qui s'est ajouté aux mesures sanitaires, est un facteur qui peut compromettre la réussite des gens à sortir de la rue.

Ce sont toutes des personnes qui ont des parcours différents. Plusieurs ont connu le milieu carcéral ou les centres de désintoxication avec des règles très strictes. Ce sont des personnes qui ont toutes fait des efforts pour s'éloigner de ce genre de conditions de vie, explique le directeur Nicholas Gildersleeve.

Nicholas Gildersleeve est le directeur général de La casa Bernard-Hubert.

Nicholas Gildersleeve est le directeur général de La casa Bernard-Hubert. Il aide les personnes en situation d'itinérance à retrouver leur autonomie.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Gervais, caméraman

Restreindre le simple droit d'aller marcher autour de l'immeuble après 20 h peut provoquer de l'anxiété chez sa clientèle vulnérable.

Quand les premières mesures sanitaires ont été imposées, on me surnommait le directeur général de prison. Ça m'attristait parce que ce n'est pas la relation que nous développons avec eux, ajoute-t-il.

À l'heure du délestage dans le réseau de la santé, l'accès aux services est devenu de plus en plus difficile au cours des derniers mois.

Avant la pandémie, les accès pour les différentes organisations dans le système de santé étaient déjà difficiles pour les personnes avec des problèmes de toxicomanie et dépendance à l'alcool. Mais maintenant avec la pandémie, c'est encore plus difficile.

Nicholas Gildersleeve, directeur général de La casa Bernard-Hubert
Le policier Ghyslain Vallières travaille régulièrement avec les organismes qui œuvrent auprès des personnes en situation d'itinérance.

Le policier Ghyslain Vallières travaille régulièrement avec les organismes qui œuvrent auprès des personnes en situation d'itinérance.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Gervais, caméraman

Pour sa part, le policier Ghyslain Vallières estime que la Ville de Longueuil parvient à prendre soin de sa population en situation d'itinérance. Mais les ressources sont au maximum de leur capacité.

Tous les refuges sont presque à 100 % de taux d'occupation en ce moment. Quand quelqu'un arrive de l'extérieur, malheureusement, on doit le diriger vers une autre ville du Grand Montréal. On n'a pas le choix, conclut le policier.

Les sans-abri pourraient-ils être exemptés de l'application du couvre-feu au Québec? Il n’est pas envisagé d’offrir une exception aux personnes en situation d’itinérance, répond le cabinet du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. Cela amènerait une complexité quant à l’application du couvre-feu. Il y a un accompagnement vers les bonnes ressources et il y a collaboration. Personne ne veut surjudiciariser les personnes en situation d’itinérance.

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