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Retour à l'école : la motivation sera-t-elle au rendez-vous?

Une adolescente porte un masque de protection au visage et suit sur son ordinateur un cours en ligne à la maison.

Il est très difficile pour beaucoup d'étudiants de réussir à l'école dans un contexte de restrictions sanitaires.

Photo : damircudic

Des milliers d'étudiants reprennent les cours dans les écoles secondaires et les cégeps du Québec. Les plus chanceux pourront aller à l'école, parfois un jour sur deux, alors que d'autres n'ont pas mis les pieds dans une classe depuis bientôt un an. Comment rester motivé dans un tel contexte?

Oui, on a certaines inquiétudes concernant la motivation et la persévérance de nos élèves, reconnaissait lundi matin sur les ondes d'ICI RDI Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement.

En zone rouge, les élèves du secondaire vivent une journée sur deux en alternance, donc oui, ça a des impacts sur leur motivation et leur persévérance.

Conscient des enjeux que posent les congés prolongés, les cours à distance et l'absence de suivi personnalisé pour les élèves en difficulté, le personnel a travaillé très fort, selon M. Prévost, non seulement pour assurer un retour sécuritaire aux élèves, mais aussi pour favoriser leurs conditions d'apprentissage dans la mesure du possible.

Mais force est d'admettre que rien ne remplace la présence à l'école. On est comme tout le monde : on voit la situation au Québec, on voit la pression sur le réseau de la santé, on n'est pas insensibles à ça, mais la présence des élèves à l'école est un facteur important pour leur réussite, soutient Nicolas Prévost.

Il n'y a rien comme la présence et avoir son enseignant direct devant soi pour donner un coup de main.

Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement

Toutefois, la réussite scolaire n'est pas tout. La socialisation que procure l'école est aussi très importante pour assurer le développement de ces adolescents en plein éveil intellectuel et identitaire. Bien qu'il ne soit pas scolaire à proprement parler, cet aspect est aussi un ingrédient essentiel de la réussite et de la persévérance scolaire chez ces jeunes.

Le fait de revoir ses amis, d'avoir un milieu social vivant et présent, ça a aussi beaucoup d'impact sur leur santé mentale, explique Nicolas Prévost.

Après bientôt 11 mois de pandémie, les écoles attendent avec impatience la mise en œuvre du programme de tutorat annoncé le 8 janvier par le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge. Cependant, bien des choses restent à régler avant que des étudiants n'aient leur première rencontre avec un tuteur.

On attend présentement certaines clarifications pour le tutorat à l'école. Ce sera donné par qui? Où? Est-ce qu'on pourra le faire en présentiel? Est-ce que ça devra être à distance? Il nous reste certaines choses à ficeler, admet le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement.

Le ministre Roberge reconnaît que la pandémie et les mesures sanitaires ont porté un coup dur au moral des jeunes et à la réussite scolaire.

On sait que, bon an, mal an, il y a 20 % des élèves qui éprouvent un retard, une difficulté scolaire. C'est évident que, cette année, ce nombre est plus élevé parce qu'il y a un retard scolaire qui nous vient du fait que nos écoles ont été fermées au printemps 2020 pendant plusieurs semaines.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Il demande toutefois au milieu scolaire et aux parents de faire preuve d’encore un peu de patience alors que son ministère évalue divers scénarios pour favoriser les cours en présentiel. On regarde, avec les gens de la santé publique et les gens [du ministère] de la Santé, [s]'il y a des situations qui peuvent justifier l'utilisation des tests rapides.

Bref, il reste beaucoup de questions à régler à moins de cinq mois de la fin de l'année scolaire.

Les abandons de cours se multiplient dans les cégeps

Dans les cégeps, où l'on reprend aussi les cours, la vaste majorité des étudiants devront continuer de les suivre à distance, comme ils le font depuis bientôt un an.

Des milliers d'entre eux qui ont fait leur entrée au cégep à l'automne n'ont même jamais mis les pieds sur leur campus ou dans une salle de classe.

De mon côté, ce qui est le plus difficile, c'est la concentration. Essayer de balancer les cours tout en restant à la maison. Ce n'est pas facile, a avoué Deka Ibrahim, étudiante en sciences de la nature au Cégep de Sorel-Tracy, sur les ondes de l'émission Tout un matin.

Bien que ces étudiants soient pratiquement des adultes, les cours à distance et l'absence d'un lieu pour étudier et socialiser pèse lourd sur leur motivation et leur santé mentale.

Est-ce que certains parlent d'abandon? Oui, c'est sûr, j'en ai entendu; surtout ceux qui ont commencé la session passée. C'est déjà difficile pour ceux qui font la transition secondaire-cégep, confirme Mme Ibrahim.

À vrai dire, les taux d'abandon de cours ont explosé dans plusieurs établissements collégiaux du Québec la session dernière.

Au Cégep de Sherbrooke, par exemple, plus de 1800 étudiants ont réclamé un abandon de cours sans échec la session dernière, alors qu'ils n'ont été que 167 à le faire à l'automne 2019. C'est presque 11 fois plus d'étudiants que l'année précédente.

L'acronyme IN [pour « incomplet permanent »] apparaîtra sur leur relevé de notes, sans modifier leur cote R, cependant. Cette mention permet d’indiquer que le cours n’a pas pu être terminé en raison d’une situation considérée comme en dehors de la volonté de l’étudiant.

Au total, 3400 demandes d'incomplet permanent ont été formulées la session dernière, soit un peu plus de 10 % de toutes les inscriptions au Cégep de Sherbrooke lors de cette même période.

Malgré les promesses répétées du premier ministre Legault de trouver une façon de ramener éventuellement ces jeunes sur les campus et les 20 millions de dollars promis par Québec pour la santé mentale des étudiants, beaucoup ont l'impression d’avoir carrément été oubliés, voire sacrifiés par leur gouvernement dans cette crise.

Oui, effectivement, on se sent pas mal oubliés. [...] Il faut nous amener davantage sur les campus, croit Deka Ibrahim. Si la santé psychologique est détériorée, c'est difficile d'avancer dans ses études.

Depuis l'automne dernier, les consultations pour des problèmes de santé mentale ont augmenté chez les étudiants des cégeps.

Une étude réalisée au printemps dernier auprès d’environ 1500 étudiants d’une dizaine de cégeps par le Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval a d'ailleurs montré que de 20 à 30 % des étudiantes et étudiants collégiaux consomment davantage d’alcool et de drogues depuis le début de la crise sanitaire.

Selon plusieurs experts, l'absence de socialisation et l'isolement amplifient les difficultés que vivent les étudiants. En faisant augmenter les inquiétudes et l’anxiété, l'isolement accélère en quelque sorte des problèmes qui étaient autrefois latents chez ces individus.

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