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Les coupes forestières dorénavant permises sur de plus grandes superficies

Photo d'une forêt de conifères.

La nouvelle approche du gouvernement, appliquée depuis 2013 dans les forêts d'épinettes, sera étendue aux sapinières (archives).

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Québec permet maintenant à l’industrie forestière d’effectuer des coupes sur de plus grandes superficies. Cette mesure, contenue dans la révision du régime forestier annoncée l'automne dernier par le gouvernement, constitue un changement majeur dans la façon de planifier les coupes forestières, qui était restée sensiblement la même depuis près de 20 ans.

Cette nouvelle méthode, appelée approche de répartition spatiale, est à l'essai depuis plusieurs années déjà, notamment en Abitibi-Témiscamingue, en Mauricie et au Bas-Saint-Laurent. Elle permet de concentrer les coupes sur de plus grandes superficies, ce qui facilite la récolte de bois par l’industrie. En contrepartie, de plus grands massifs de forêts doivent rester intacts.

On va essayer d’agglomérer les coupes. Au lieu d’avoir des coupes en mosaïque où il y a plusieurs petits chantiers éparpillés, on va les regrouper, explique le professeur en politique forestière à l’Université Laval, Luc Bouthillier.

Graphique à gauche montrant une forêt divisée en petits compartiments avec plusieurs chemins forestiers, contrairement au graphique à droite qui montre une coupe concentrée à un seul endroit avec un seul chemin forestier.

Selon le MFFP, la nouvelle approche (à droite) permet de limiter la construction de chemins forestiers et d'éviter de fragmenter les habitats, tout en réduisant les coûts d'exploitation pour l'industrie.

Photo : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

L'idée, c'est de s'adapter au contexte, affirme l'ingénieur forestier Jérôme Garet, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). On va avoir des contours de coupes qui vont suivre le contour des peuplements, donc c'est plus naturel que ce qu'on avait avant, estime-t-il.

Ce qu'on veut, c'est réorganiser la forêt résiduelle [qui n'est pas coupée] pour avoir plus d'avantages pour l'écologie, mais aussi pour l'économie.

Jérôme Garet, ingénieur forestier au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

À terme, cette façon de planifier les coupes devrait aussi permettre de mieux préserver les habitats fauniques, espère-t-on au ministère.

Vue aérienne d'une coupe forestière.

Une coupe réalisée selon l'approche par répartition spatiale

Photo : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Selon le directeur adjoint du Conseil régional de l'environnement (CRE) du Bas-Saint-Laurent, Patrick Morin, l'approche par répartition spatiale est un concept intéressant, mais il ne croit pas qu'elle devrait être appliquée mur à mur.

L'idée, c'est de faire de plus grandes coupes, mais au lieu des bandes séparatrices, les bandes seront réorganisées en îlots et en blocs [de forêt] et ces blocs-là ne seront jamais récoltés. Ça, c'est une différence fondamentale. [...] Les animaux pourront ensuite les utiliser pour se déplacer et traverser les coupes, estime-t-il.

Cependant, le MFFP devra, selon lui, effectuer un suivi serré des impacts de cette façon de faire sur la faune et la biodiversité, entre autres pour ne pas hypothéquer la régénération de la forêt.

Une mesure favorable à l'industrie

Le professeur en foresterie Luc Bouthillier estime cependant que cette méthode pourrait être périlleuse sur le plan de l’acceptabilité sociale.

J’ai l’impression de revenir à un débat d’il y a presque 40 ans, où il n’y avait pas de limite à la superficie maximale d’une coupe à blanc.

Luc Bouthillier, professeur en politique forestière à l'Université Laval

De prime abord, ça peut avoir l'air d'une façon de réduire les coûts de l'industrie en ayant plus de superficies de récolte, affirme M. Bouthillier.

De son côté, Steeve St-Gelais, président de l'entreprise Boisaco, sur la Côte-Nord, accueille favorablement les changements apportés par Québec.

Le fait de pouvoir avoir des assiettes de coupes un peu plus grandes [...] ça peut faire en sorte qu'on évite des déplacements inutiles. On va optimiser nos déplacements, donc ça devrait aider à regagner de l'efficacité, dit-il.

Vue aérienne de coupes en mosaîque et de chemins forestiers.

Vue aérienne de coupes en mosaïque (l'ancien mode de planification) et de chemins forestiers

Photo : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Au total, on ne coupera pas forcément plus, rappelle toutefois l'ingénieur Jérôme Garet, c'est juste la configuration qui est réarrangée.

Conserver la forêt

Si la planification des coupes avec l'approche par répartition spatiale peut aider l'industrie à être plus efficace, il est primordial qu'elle permette aussi à Québec de favoriser d'autres usages de la forêt, ajoute Patrick Morin.

C'est une forêt publique. Ce n'est pas juste une forêt pour l'industrie forestière.[...] La contrepartie, c'est qu'on fasse des efforts aussi grands pour la conservation et l'harmonisation des autres usages de la forêt.

Patrick Morin, directeur général adjoint du Conseil régional de l'environnement du Bas-Saint-Laurent

Ainsi, la nouvelle approche devrait permettre au gouvernement, selon M. Morin, d'instaurer davantage d'aires protégées et d'épargner certains territoires plus fragiles, comme l'habitat du caribou.

Le mode de planification des coupes par approche de répartition spatiale du MFFP sera appliqué graduellement sur les différents territoires de la province au cours des prochaines années.

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