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Amiante : des experts se dressent contre une contestation de l'Université de Montréal

L'Université de Montréal.

Jean Renaud est professeur émérite au Département de sociologie de l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un groupe d'experts composé d'une soixantaine de scientifiques enjoint à la ministre de l'Enseignement supérieur, Danièle McCann, d'empêcher l'Université de Montréal de contester l'indemnisation du professeur émérite Jean Renaud, atteint d'un cancer fatal après avoir été exposé à l'amiante il y a plus de 30 ans.

L’homme de 72 ans, retraité depuis 2010, s’est fait diagnostiquer il y a trois ans un mésothéliome pleural, attribué par la CNESST à une exposition professionnelle à la fibre d’amiante dans un des bâtiments de l'établissement d'enseignement.

Une demande d'indemnisation a été envoyée en ce sens à l'Université en septembre dernier, mais cette dernière exige une révision du dossier.

Dans une lettre ouverte, l'Association des victimes de l’amiante du Québec (AVAQ), des responsables de la santé publique et d'autres professionnels dénoncent une contestation futile qui ne fait qu’accabler la victime et sa famille, car [l'Université] n’a ni arguments ni faits valables à présenter contre l’argumentaire du professeur Renaud.

Ils exhortent l'Université à accepter de surcroît que la CNESST indemnise tout autre employé victime d’un mésothéliome pleural ayant été exposé à de la fibre d’amiante dans le cadre de son travail.

Les connaissances scientifiques actuelles concernant le mésothéliome sont tellement claires et sans équivoque que l'on a de la difficulté à comprendre comment ce haut lieu de savoir, d'enseignement et de recherche [qu'est l'UdeM] conteste ces conclusions, s'indigne Norman King, épidémiologiste et conseiller scientifique de l'AVAQ.

On est complètement abasourdis par le fait que l'Université de Montréal n'accepte pas cette réalité scientifique. On souhaiterait que la ministre McCann ouvre un dialogue pour l'amener à écouter la science.

Norman King, épidémiologiste

L'UdeM se défend et fait savoir qu'elle ne refuse pas l'indemnisation, mais qu'elle souhaite à son tour étudier le dossier du professeur Renaud avant de statuer sur sa situation.

Demander une révision de la décision est la seule façon pour nous, employeur, d'avoir accès au dossier entier, et donc d'analyser les documents sur lesquels se base la CNESST pour prendre sa décision, explique Geneviève O'Meara, porte-parole de l'Université de Montréal.

On est toujours à évaluer le dossier. [...] On est empathiques de ce que vit la famille, car on ne souhaite pas éterniser les délais, mais c'est malheureusement la machine administrative qui fait en sorte que cela prend du temps pour obtenir des réponses, ajoute-t-elle.

  • Environ 80 % des mésothéliomes pleuraux sont causés par des expositions professionnelles directes à l’amiante, et la plupart des autres 20 % sont attribués à des expositions professionnelles indirectes non professionnelles (domicile ou environnement) à l’amiante.
  • Au Québec, la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles stipule que l’on doit présumer que le mésothéliome pleural d’un travailleur exposé à la fibre d'amiante dans son milieu de travail est une maladie professionnelle.

Victime col blanc de l'amiante

Quand vous êtes diagnostiqué [de ce cancer], vous avez en moyenne entre 6 et 18 mois à vivre. Mon mari a défié toutes les statistiques; cela va bientôt faire trois ans qu'il est malade. Il est à la dernière étape, il est en soins palliatifs, indique Micheline Mayer Renaud, la conjointe du professeur émérite.

Il a dû se battre pendant tout son traitement pour essayer de faire reconnaître la responsabilité de l'Université de Montréal, dénonce-t-elle.

L'Université, contre toute évidence, contre toute décence, a décidé de rejeter cette décision et de faire appel. C'est une chose qui est pénible. Il me semble que si la bataille pouvait se terminer, ça serait bien.

Micheline Mayer Renaud

Le mésothéliome de la plèvre est un cancer rare qui se manifeste le plus souvent entre 20 et 50 ans après l’exposition initiale aux fibres d'amiante. Dans cette fenêtre de temps, le conjoint de Micheline Mayer Renaud, le professeur Jean Renaud, a travaillé au sein du pavillon Lionel-Groulx, un des bâtiments du campus.

J’ai étudié et travaillé dans le même immeuble de 1968 à 2010. J’y ai eu le même bureau pendant 23 ans, de 1977 à 2010, détaille le professeur Renaud dans un mémoire soumis au BAPE en février 2020.

Les tuiles du plafond flottant et du plancher de mon bureau contenaient de l’amiante, et j’ai manipulé ces tuiles pour passer des fils et régler le débit d’air.

Jean Renaud, professeur émérite de l'Université de Montréal

J’ai vraisemblablement contracté mon mésothéliome de façon inattendue dans mon bureau principal de l’université. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés une spécialiste en médecine du travail du CHUM et le comité des trois pneumologues de la CNESST, poursuit-il.

Le professeur a été exposé directement et continuellement à des poussières et fibres d'amiante pendant son travail dans le pavillon Lionel-Groulx de l'UdeM, a détaillé par la suite le Rapport d'enquête d'hygiène du travail de la Direction de santé publique de Montréal en juin 2020.

L'ingénieur-hygiéniste auteur du rapport estime que la concentration de fibres d’amiante dans l’air du bureau de M. Renaud était de 0,01 à 0,02f/ml, soit environ 100 fois la concentration observée à Montréal.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, tout niveau d’exposition pose un risque, car il n'existe pas de seuil sécuritaire d’exposition à l’amiante pour le mésothéliome pleural.

Quelques données :

  • Dix-neuf cas de lésions professionnelles liés à l’exposition à l’amiante dans le secteur « services d'enseignement » ont été rapportés par la CNESST de 2012 à 2016.
  • Neuf cas de décès imputables à l’amiante ont été reconnus dans ce secteur pour la période de 2013 à 2018.
  • À titre comparatif, 1215 cas de lésions professionnelles et 613 décès ont été reconnus pour les périodes considérées, tous secteurs professionnels confondus.

Avec les informations de Marie-Michelle Lauzon

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