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« L’envie d’aider » : ces fonctionnaires redéployés en raison de la pandémie

Une affiche de solidarité sur laquelle il est écrit en anglais « nous sommes tous ensemble dans cette situation » collée sur une vitrine d'un magasin torontois.

La pandémie a poussé les gouvernements à revoir leurs priorités et parfois à déplacer des employés d'un service à l'autre pour mieux servir la communauté.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Depuis le début de la pandémie, des centaines de fonctionnaires, des différents ordres de gouvernement, ont dû être redéployés pour mieux servir la population. Sur une base volontaire, ils sont parfois passés d’employés de bureau à agents communautaires. Certains ont même découvert une nouvelle carrière. Rencontre avec plusieurs d’entre eux.

Je préférais travailler plutôt que de rester assis chez moi, lance Keith Sweeny.

Ce jeune papa revenait d’un voyage à Las Vegas lorsqu’il a reçu le courriel de la Ville de Toronto, en mars. La Municipalité cherchait des employés volontaires pour être redéployés dans des secteurs plus en demande à cause de la pandémie.

Photo de Keith Sweeny portant un chandail du mouvement zéro violence armée.

Keith Sweeny avait déjà travaillé avec des jeunes en difficulté avant d'arriver au refuge Seaton House.

Photo : Soumis par Keith Sweeny

Avant l’arrivée de la COVID-19, il travaillait pour le service des parcs, forêts et loisirs de la Ville. Je dirigeais un studio d'enregistrement pour les jeunes à risque, leur enseignais le développement des artistes, comment écrire, comment enregistrer, etc., raconte-t-il.

Après s’être porté volontaire, il a été redéployé à la maison Seaton, le plus grand refuge pour sans-abri de la ville, en tant que travailleur social. La transition a été douce, soutient-il, ajoutant que ses connaissances préalables en travail social l’ont vraiment aidé.

Mais c’est surtout la formation avec de bons mentors qui ont eu un impact selon lui. Le meilleur de ce redéploiement, ça a été de faire partie d’une équipe, dit-il.

Il ne se doutait pas que sept mois après avoir intégré ses nouvelles fonctions, il obtiendrait un poste permanent au sein du refuge.

Tout était réuni pour que j’arrive à m’épanouir, sans avoir peur et en me disant que c’est ma place. C’est ce que je veux faire.

Keith Sweeny

Plus d’un millier de fonctionnaires provinciaux redéployés

La province a fonctionné de la même manière. Ils cherchaient des volontaires , se souvient Blair Keetch. Travaillant au sein du programme Destination Ontario, rattaché au ministère des Industries du patrimoine, du sport, du tourisme et de la culture, il avait vu sa charge de travail diminuer considérablement avec l’arrivée du virus.

Un homme en entrevue via vidéoconférence.

Blair Keetch estime que son redéploiement était une occasion d’aider la communauté à traverser la crise sanitaire.

Photo : Radio-Canada

M. Keetch a donc choisi de répondre à l’appel à l’aide du ministère de la Santé et est ainsi devenu chef d’équipe au sein du programme de suivi du retour des voyageurs. Avec ses collaborateurs, il s’assure que les personnes rentrant ou voyageant en Ontario respectent leur isolement de 14 jours et qu’elles disposent de tout ce dont elles ont besoin.

Caroline Fletcher-Nibette est la directrice de ce programme. Elle-même a été déplacée de son poste de directrice au sein du ministère des Finances pour piloter cette cellule qui n’existait pas avant la pandémie.

À l’échelle de la province, selon le Conseil du Trésor de l’Ontario, ce sont environ 1300 employés qui occupent présentement une fonction qui n’était pas la leur avant la pandémie. À la Ville de Toronto, on compte près de 500 fonctionnaires municipaux dans la même situation.

Dans un cas comme dans l’autre, ces redéploiements se sont faits sur une base volontaire.

Faire partie de la solution

Je voulais aider à soutenir toutes les initiatives que nous avions pour aider à réduire la propagation de la COVID-19, soutient Mme Fletcher-Nibette.

Une femme en entrevue par vidéoconférence.

Caroline Fletcher-Nibette travaille comme directrice au ministère des Finances, mais a été approchée pour diriger le programme de suivi des voyageurs pour le compte du ministère de la Santé.

Photo : Radio-Canada

Arrivée très tôt dans le processus, elle se souvient avoir participé à l’élaboration du programme, mais aussi de l’avoir vu évoluer au fur et à mesure : On est arrivés là et on a dû faire ce qu’il fallait faire, on a vraiment fait de notre mieux et parfois on changeait nos méthodes sur le tas, nous avons dû nous réinventer à plusieurs reprises .

Tous ces gens se sont vraiment mobilisés, ils veulent que leur travail serve à quelque chose, renchérit Blair Keetch. Lui non plus ne regrette pas ce changement de direction.

C’est une occasion d’aider, d’avoir un impact positif pendant cette crise de santé publique.

Blair Keetch

Il souligne par ailleurs que les personnes qu’il passe son temps à joindre par téléphone sont souvent reconnaissantes, et leurs histoires parfois bouleversantes.

J'ai parlé à une femme qui venait de retrouver sa sœur perdue depuis longtemps car elle avait été adoptée et elle a décidé de venir en Ontario et de s'isoler avec elle pour apprendre à se connaître. C'était donc vraiment touchant, confie-t-il.

Mme Fletcher-Nibette se souvient, elle, d’une dame vivant seule et n’ayant pas de famille. Elle était à court de ressources et on a été capables de la mettre en contact avec un bénévole qui s’est occupé de faire ses courses et de les déposer devant sa porte.

Pour le travailleur social Keith Sweeny, fournir un endroit sécuritaire et un toit aux personnes vulnérables auprès de qui il travaille lui procure un sentiment de fierté.

Un homme devant sa caméra d'ordinateur.

Keith Sweeny a été redéployé au refuge Seaton House à Toronto, et a finalement décidé d'intégrer l'équipe de travailleurs sociaux de façon permanente.

Photo : Radio-Canada

C'est une sensation géniale quand je rentre à la maison le soir ou le matin parfois, je peux me reposer, me sentir serein. Je fais partie de la solution en ce moment.

Keith Sweeny

Reggie Andreas a quant à lui été envoyé dans un centre de soins de longue durée.

Un homme en entrevue par vidéoconférence.

Reggie Andreas travaillait pour le service des parcs, forêts et loisirs de la Ville de Toronto. Il a été envoyé en renfort au centre de soins de longue durée Fudger House dans l'est de la Ville Reine.

Photo : Radio-Canada

Cette réalité lui a ouvert les yeux. Il s’assure que chaque personne qui entre dans le bâtiment respecte les directives de la santé publique.

Le travail que font vraiment les gens dans les soins de longue durée et dans les hôpitaux va bien au-delà de ce que nous imaginons lorsqu’on n’a pas mis les pieds dans l’immeuble.

Reggie Andreas

C'est vraiment incroyable de voir jusqu'où vont ces travailleurs pour s'assurer que ces personnes sont prises en charge et pour connaître et informer leurs familles, admet-il.

Des changements à long terme

Et ces changements sont là pour durer, du moins pour le moment.

Si Keith Sweeny a trouvé une nouvelle vocation, Reggie Andreas se dit impatient de retrouver sa vie normale . Mais en attendant, comme Caroline Fletcher-Nibette ou Blair Keetch, il restera tant qu’il le faudra.

De ce que je comprends, je resterai à ce poste aussi longtemps que le ministère de la Santé aura besoin de nous, affirme Caroline Fletcher-Nibette, avant de prendre un instant pour rappeler à quel point ces circonstances hors normes auront inspiré une mobilisation presque jamais vue.

Chaque ministère s’est mobilisé. C'est considérable, c’est quelque chose qui n’arrive que très rarement, donc c'est vraiment incroyable.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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