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Dylan, Neil Young, Fleetwood Mac : la frénésie des ventes de catalogues musicaux

Des pièces d'argent sur des notes de clavier.

Certaines transactions récentes ont atteint des montants records alors que la pandémie pousse de plus en plus d'artistes à vendre leurs droits sur les chansons dont ils et elles sont à l'origine.

Photo : getty images/istockphoto / fenlan1976

Agence France-Presse

La pandémie a mis l'industrie du spectacle sur le carreau, mais le secteur de l'édition musicale, habituellement très discret, affiche une forme éclatante grâce à une frénésie de ventes de catalogues musicaux.

La détention des droits des catalogues – qui permet de toucher des redevances à chaque utilisation d'une chanson, qu'il s'agisse d'un téléchargement, d'un passage dans un film ou d'une publicité – peut se révéler très rentable à long terme, et les investisseurs s'y intéressent de plus en plus alors que la COVID-19 a amputé les revenus de nombreux secteurs.

Certaines récentes transactions ont atteint des montants records, même si ceux-ci n'ont pas été officiellement confirmés : Bob Dylan a vendu l'intégralité de son catalogue à Universal Music Publishing pour un montant estimé à 300 millions de dollars américains (382 millions de dollars canadiens), tandis que Stevie Nicks, de Fleetwood Mac, aurait obtenu 100 millions de dollars américains (127 millions de dollars canadiens) pour sa part majoritaire du catalogue du groupe.

Le chanteur américano-canadien Neil Young et le duo derrière Blondie ont aussi signé des accords pour des montants non précisés, tout comme Shakira.

Lindsey Buckingham et Mick Fleetwood, également de Fleetwood Mac, ont aussi chacun annoncé des ventes, dont les droits de Dreams, un tube de 1977 récemment revenu au goût du jour sur TikTok.

Un phénomène encouragé par la pandémie

L'augmentation importante des prix des catalogues avait commencé avant 2020, mais elle s'est amplifiée avec la pandémie, explique Nari Matsuura, associée du cabinet Massarsky Consulting et spécialiste de l'évaluation des catalogues.

L'intérêt des entreprises et des personnes investissant dans ce secteur se nourrit aussi, selon elle, de l'augmentation des revenus de la diffusion en continu (qui semble s'inscrire à long terme), des taux d'intérêt bas et des projections fiables de revenus pour les artistes résistant à l'épreuve du temps.

Plusieurs artistes, qui ne peuvent profiter de tournées depuis les débuts de la COVID-19, cherchent désormais à monnayer leur catalogue, dont la valeur ne cesse d'augmenter.

On voit des noms, des artistes emblématiques [...] dont on n'aurait jamais imaginé qu'ils et elles vendraient, dit Nari Matsuura.

Des artistes décident de vendre pour profiter des prix élevés actuels. D'autres pourraient aussi choisir de le faire en raison d'une possible augmentation à venir des impôts sur le capital aux États-Unis, avec l'arrivée au pouvoir de Joe Biden.

Pour David Crosby – chanteur-compositeur vedette des Byrds et cofondateur de Crosby, Stills and Nash, qui a annoncé en décembre la vente de son catalogue –, la pandémie est la première responsable de telles transactions, privant les artistes de leur principale source de revenus : les concerts.

La principale raison est simplement que nous sommes tous et toutes comme en retraite forcée, et nous ne pouvons rien y faire, a-t-il indiqué à l'Agence France-Presse lors d'une entrevue vidéo depuis son domicile de Californie.

Je n'aurais pas vendu si je n'y avais pas été obligé, a-t-il ajouté, déplorant la politique des plateformes de diffusion, qui, selon lui, paient au lance-pierres la plupart des artistes, à l'exception des grands noms du moment.

Des revenus imperméables aux mouvements du marché

Parmi les entreprises à la pointe de ces ventes de catalogues : la société d'investissement britannique Hipgnosis Songs Fund, cotée au London Stock Exchange depuis 2018; Primary Wave, qui a signé l'accord avec Stevie Nicks; et des fonds d'investissement comme Tempo Investments, Round Hill et Reservoir.

Hipgnosis, dirigée par Merck Mercuriadis, ex-gérant d'Elton John et d'Iron Maiden, souligne que les revenus de catalogue sont imperméables aux mouvements de marché : les gens consomment toujours de la musique et, grâce aux plateformes de diffusion, paient presque toujours pour, indique l'entreprise dans son rapport annuel 2020.

Même si nous ne souhaitions pas que la pandémie le démontre, c'est exactement ce qu'elle a fait, ajoute Hipgnosis, qui a dépensé plus d'un milliard de dollars américains pour acquérir des catalogues, dont ceux de Neil Young, de Blondie, de Shakira et du rappeur RZA, membre du groupe Wu-Tang Clan.

Selon Jane Dyball, ex-directrice générale de l'association des éditeurs musicaux britanniques, il y a toujours eu du mouvement sur les catalogues, en coulisse.

Néanmoins, les récents achats en série, d'Hipgnosis en particulier, leur ont donné une nouvelle visibilité et ont fait grimper les enjeux.

Les marchés financiers semblent assurément apprécier l'édition musicale, dit-elle.

Une tendance qui inquiète

Cette tendance inquiète David Crosby, qui, même s'il a vendu son catalogue, regrette le temps où les fans [les] payaient pour [leur] travail.

Les termes des contrats de vente des catalogues varient d'un ou d'une artiste à l'autre et sont rarement publics, mais la multiplication des transactions devrait rendre l'utilisation de ces chansons plus faciles pour les films ou les publicités, ce que déplore Crosby.

Or, les gens qui traitent de vendus et vendues les artistes ayant monnayé leur catalogue, comme certains l'ont fait sur les réseaux sociaux, ne connaissent rien et sont jaloux, dit-il.

Je ne peux pas me produire en concert et on ne me paie pas pour mes enregistrements. Alors qu'est-ce que je dois faire?

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