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L'arrestation d'Alexeï Navalny dénoncée par la communauté internationale

Le leader de l'opposition russe Alexei Navalny et son épouse Ioulia Navalnaya sortent d'un avion après leur arrivée à l'aéroport Cheremetievo de Moscou.

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny et son épouse Ioulia Navalnaya sortent d'un avion après leur arrivée à l'aéroport Cheremetievo de Moscou.

Photo : Reuters

Agence France-Presse

Le principal opposant russe Alexeï Navalny a eu droit à un accueil hostile dans sa Russie natale. L'ennemi juré du Kremlin a été interpellé par la police à son arrivée à l'aéroport Cheremetievo de Moscou, où il s'apprêtait à passer le contrôle des passeports. Une arrestation aussitôt dénoncée par la communauté internationale.

Les services pénitentiaires russes avaient averti qu'ils n'hésiteraient pas à arrêter M. Navalny, 44 ans, dès son arrivée en Russie, lui reprochant d'avoir violé, alors qu'il se trouvait en Allemagne ces derniers mois, les conditions d'une peine de prison avec sursis dont il avait écopé en 2014.

Il risque jusqu'à trois ans et demi de prison pour avoir enfreint lesdites conditions de sa condamnation.

Le Canada a réclamé dimanche la libération immédiate de l'opposant russe Alexeï Navalny, jugeant inacceptable son arrestation à son retour en Russie, après avoir été soigné en Allemagne pour un empoisonnement présumé.

Le Canada condamne fermement l'arrestation d'Alexeï Navalny à son arrivée à Moscou, a souligné dans un tweet le nouveau chef de la diplomatie canadienne Marc Garneau.

Les autorités russes doivent immédiatement le libérer. C'est inacceptable et nous continuerons d'exiger des explications en lien avec son empoisonnement.

Marc Garneau, ministre des Affaires étrangères du Canada

M. Navalny doit être libéré immédiatement, et les auteurs de cette attaque scandaleuse contre sa vie doivent être tenus responsables, a dénoncé Jake Sullivan, futur conseiller à la sécurité nationale du président désigné américain Joe Biden, qui prendra ses fonctions le 20 janvier.

Les attaques du Kremlin contre M. Navalny ne sont pas seulement une violation des droits de la personne, mais un affront au peuple russe qui veut que sa voix soit entendue, a-t-il déclaré sur Twitter.

La France a aussi appelé dimanche à la libération immédiate de l’opposant russe. La France a pris connaissance avec une très forte préoccupation de l’arrestation en Russie de M. Alexeï Navalny. Elle suit, avec ses partenaires européens, sa situation avec la plus grande vigilance et appelle à sa libération immédiate, a indiqué le ministère des Affaires étrangères sur Twitter.

Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont également appelé Moscou à la libération immédiate de M. Navalny.

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny et sa femme Ioulia.

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny et sa femme Ioulia dans un bus qui les transporte vers le terminal de l’aérogare de Cheremetievo après leur descente d’avion.

Photo : Getty Images / KIRILL KUDRYAVTSEV

Avion dérouté

Son avion a été dérouté dimanche vers l'aéroport Cheremetievo, différent de celui où il devait se poser et où l'attendaient ses partisans et la police antiémeute.

Selon des journalistes de l'AFP à bord, le pilote de l'avion venant de Berlin a d'abord annoncé un retard de 30 minutes en raison d'un problème technique, avant d'indiquer que l'appareil se dirigeait vers l'aéroport Cheremetievo et n'allait pas atterrir à celui de Vnoukovo comme prévu.

Plus tôt, Alexeï Navalny, au moment de quitter Berlin où il se remettait depuis des mois d'un empoisonnement présumé, avait déclaré :

Je suis certain que tout va bien se passer. On va m'arrêter? Ce n'est pas possible, je suis innocent. Puis il avait ajouté : En Allemagne, c'était bien, mais rentrer à la maison c'est toujours mieux.

À l'aéroport Vnoukovo de Moscou, la police avait pourtant déjà interpellé la plupart de ses alliés venus l'accueillir, dont Lioubov Sobol, figure montante de l'opposition russe déjà arrêtée il y a quelques semaines.

La police antiémeute y était présente en force et s'occupait de déloger progressivement de l'aéroport la plupart des quelque 200 partisans de M. Navalny qui s'y trouvaient, selon des journalistes de l'AFP.

Comme d'habitude, les autorités russes sont caractérisées par leur peur, a encore dit M. Navalny, 44 ans, en montant dans l'appareil, tout en se disant très heureux de revenir et assurant n'avoir rien à craindre en Russie.

Des agents des forces de l'ordre russes face à un groupe de personnes portant des pancartes dans un aéroport de Moscou.

Des agents des forces de l'ordre face aux partisans d’Alexeï Navalny dans un terminal de l'aéroport Vnoukovo de Moscou, où le leader de l'opposition russe devait initialement atterrir.

Photo : Getty Images / ALEXANDER NEMENOV

Le chef de file de l'opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu'il revenait d'une tournée électorale en Sibérie. D'abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l'opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l'époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou.

L'opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d'avoir tenté de l'assassiner sur l'ordre direct de Vladimir Poutine.

Au gré des versions, les autorités russes ont mis en cause les services secrets occidentaux, ou l'hygiène de vie d'Alexeï Navalny. Jusqu'à présent, Moscou a refusé d'ouvrir une enquête pour découvrir ce qui est arrivé à Alexeï Navalny, arguant notamment du refus de l'Allemagne de transmettre ses données à la Russie.

Des policiers arrêtent un homme à l'aéroport de Vnoukovo à Moscou.

Des policiers arrêtent un homme à l'aéroport de Vnoukovo à Moscou, où le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny devait initialement atterrir.

Photo : Getty Images / NATALIA KOLESNIKOVA

Samedi, Berlin a toutefois annoncé avoir transmis à Moscou des éléments de son enquête judiciaire, notamment des procès-verbaux d'interrogatoire d'Alexeï Navalny et des échantillons de sang et de tissus, ainsi que des morceaux de vêtements, disant s'attendre à ce que Moscou commence désormais à faire la lumière sur ce crime.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a confirmé dimanche que Moscou avait reçu les documents envoyés par l'Allemagne, mais assuré qu'ils ne comportaient essentiellement rien de ce que la Russie voulait.

Selon le FSIN, Alexeï Navalny n'a pas respecté quand il était en Allemagne les conditions d'une peine de prison avec sursis reçue en 2014, qui l'obligeait à pointer au moins deux fois par mois à l'administration pénitentiaire.

L'opposant est aussi visé depuis fin décembre par une nouvelle enquête pour fraude, soupçonné d'avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d'euros) de dons.

S'il est largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l'opposition en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d'abonnés et à son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), dénonçant la corruption des élites.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Malgré les perquisitions, les pressions et les condamnations à de courtes détentions visant régulièrement M. Navalny ou ses alliés, il a réussi à organiser plusieurs manifestations très suivies ces dernières années, et des revers embarrassants pour le pouvoir lors de scrutins locaux.

Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations, un sondage du centre indépendant Levada en septembre révélant ainsi que seulement 20 % des Russes approuvaient ses actions.

Pour les experts, le retour d'Alexeï Navalny avant les législatives de 2021 est une épine dans le pied du Kremlin : le laisser libre serait une démonstration de faiblesse, l'emprisonner risquerait de provoquer un nouveau scandale.

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