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Un passeport vaccinal pourrait créer « un faux sentiment de sécurité »

Un passeport, un carnet de vaccination, une carte d'embarquement et des euros.

Certains pays de l'Union européenne sont favorables à l'introduction d'un passeport vaccinal.

Photo : getty images/istockphoto / maxexphoto

Érik Chouinard

Le sujet du passeport vaccinal alimente bien des discussions en Europe et a aussi été abordé en Ontario. Ce genre de preuve de vaccination contre la COVID-19 servirait à entrer dans différents lieux ou pour voyager. Même s'il est envisageable d'un point de vue légal au Québec, les avantages épidémiologiques pourraient être limités.

C'est du moins l'avis du microbiologiste-infectiologue et professeur à la Faculté de médecine de l'Université Laval, Dr Guy Boivin. Ça ne me semble pas une idée très intéressante, je pense que ça peut amener un faux sentiment de sécurité, explique le professeur en entrevue à Radio-Canada.

Le problème, dit-il, c'est qu'il n'y a pas encore de certitude sur le terrain quant à l'efficacité et la durée de la protection offerte par les vaccins. Oui, avec les études cliniques des vaccins de Pfizer et Moderna, on a des efficacités d'environ 95 %. Mais ça va être différent de ce qu'on voit dans la vraie vie, indique le Dr Boivin.

Portrait de Guy Boivin pendant qu'il travaille sur son ordinateur

Le professeur Guy Boivin

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Selon lui, par exemple, le fait que les deux doses ne soient pas nécessairement administrées dans les mêmes délais que lors des études cliniques vient compliquer la donne. De plus, le niveau de protection n'est pas équivalent pour tout le monde, comme chez les personnes ayant un système immunitaire affaibli.

À un moment donné, on va aussi avoir plusieurs différents vaccins sur le marché. Par exemple, il y a un vaccin chinois qui est efficace à 70 %, alors que celui de Pfizer l'est à 95 %, ajoute le microbiologiste-infectiologue.

Du point de vue immunitaire, il pourrait aussi y avoir des différences entre les personnes vaccinées et les personnes qui se sont immunisées naturellement en guérissant de la maladie.

Tout de même envisageable du point de vue légal

Légalement, le simple fait de fournir une preuve papier ou électronique aux personnes qui ont été vaccinées n'est pas problématique, selon le professeur à la faculté de droit de l'Université Laval, Patrick Taillon. Ça devient sujet de débat au moment où les autorités publiques ou des entreprises privées exigent de voir cette preuve-là, poursuit-il.

Dans ce cas, il y a plusieurs précautions à prendre pour s'assurer de respecter l'autonomie des individus et de leur vie privée. Le diable est dans les détails, remarque le professeur.

Un homme en costume gris clair aux yeux bleus et portant des lunettes de vue est devant le micro

Patrick Taillon, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Tifa Bourjouane

Il rappelle que les droits garantis par les chartes ne sont pas absolus et qu'ils doivent être conciliés entre eux, surtout lors de crises comme une pandémie. On le voit en ce moment [avec le couvre-feu], on peut limiter les droits si c'est fait pour un objectif clair, utile, et si les moyens demeurent raisonnables, indique Patrick Taillon.

De plus, ce ne sont pas les personnes qui refusent de se faire vacciner par conviction personnelle qui le préoccupe. Il s'inquiète surtout pour celles qui ne pourraient pas recevoir le vaccin pour des raisons médicales, par exemple.

Si ce genre de personnes existe, même en petit nombre, on a un gros enjeu d'équité et de discrimination basé sur l'état de santé de celles-ci. Il faudrait donc avoir un système qui les prend bien en compte, souligne Patrick Taillon.

Avant la COVID, je vous aurais dit que ça serait difficile à faire passer devant les tribunaux, mais en ce moment, on voit un peu tous les jours des limitations qu'on n’aurait jamais crues possibles et les rares contestations devant les tribunaux n'ont pas beaucoup de succès.

Patrick Taillon, professeur à la faculté de droit de l'Université Laval

La contestation demeure possible, mais il doute qu'elle puisse bloquer l'implantation du passeport. Moi, j'ai tendance à penser que l'État a une bonne marge de manœuvre, dans le contexte actuel, s'il s'y prend de la bonne manière. J'ai d'autres collègues, par contre, qui sont plus alarmistes.

L'Association canadienne des libertés civiles (ACLC) s'était d'ailleurs opposée à l'implantation du passeport vaccinal lorsque l'Ontario avait évalué la question cet automne, avant de l'écarter en janvier.

Dans les derniers jours, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé que l'option ne faisait pas partie des plans d'Ottawa.

Au Québec, le ministère de la Santé n'était pas en mesure répondre, samedi, à savoir si un passeport ou une certification vaccinale sont envisagés dans la province.

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