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Vaccin contre la COVID-19 : la roulette russe de la deuxième dose

Un homme masqué passe près d'une pancarte annonçant la clinique.

Une clinique de vaccination a été installée au CHSLD Maimonides, à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

La décision de Québec d’attendre jusqu’à 90 jours avant d’administrer une deuxième dose des vaccins contre la COVID-19 est loin de faire l’unanimité chez les experts; plusieurs comparent cette idée à la roulette russe ou à de l’expérimentation.

Annoncée jeudi, la décision de Québec va à l’encontre des recommandations faites par le Comité consultatif national de l’immunisation à l'Agence de la santé publique du Canada, qui a suggéré plutôt d’administrer une deuxième dose au maximum six semaines après la première, et de celles de l’OMS, qui conseille autant que possible de suivre le calendrier des fabricants.

Les fabricants Pfizer et Moderna, dont les vaccins sont les seuls à avoir pour le moment été homologués par Santé Canada, recommandent pour leur part l’inoculation d’une deuxième dose respectivement trois semaines et quatre semaines après la première.

Ces indications des fabricants sont basées sur leurs études réalisées sur les vaccins, dont Québec ne semble pas avoir tenu compte, critiquent les spécialistes interrogés par Radio-Canada.

Le Dr Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l'Hôpital général juif de Montréal, a indiqué au micro de l'émission Les faits d'abord que, dans les études cliniques menées par Pfizer, quelques personnes avaient reçu une deuxième dose six semaines après la première. En se basant sur ces données, on pourrait, au besoin, étirer la sauce jusqu'à ce délai.

Mais le dépasser, pense-t-il, c’est entrer dans une zone d’expérimentation qui devient dangereuse.

Le Québec est la seule juridiction qui va faire cela, car toutes les autres provinces ont décidé d’y aller avec le calendrier de 21 ou de 28 jours, ou d’aller jusqu'à 35 jours, ou à la limite, à 42. Ce sont aussi les recommandations de l’OMS et de beaucoup d’organismes aux États-Unis, énonce-t-il.

L’argumentation est la même pour Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du Canada. L’OMS et le Comité national sur l’immunisation ont recommandé autant que possible de respecter l’échéancier testé et de ne pas aller au-delà de six semaines. Le Québec recommande de son côté le double. Ce n’est pas vraiment le moment de l’expérimentation, déplore-t-elle.

C’est la roulette russe. Il faut bien calculer les risques et être transparent.

Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du Canada

Les deux scientifiques craignent qu’avec une population n’ayant qu’une immunité partielle, des souches résistantes au vaccin se développent.

Même si elle dit comprendre que le gouvernement québécois veuille vacciner le plus grand nombre de personnes possible, Mme Nemer réitère l’importance de s’assurer que la vaccination est efficace.

Il est très important que la vaccination se fasse rapidement et bien. Il n’y a rien de pire qu’avoir une immunité partielle chez les vaccinés. Il ne faut pas jouer avec le feu; on doit vacciner selon les protocoles approuvés, répète-t-elle.

On n’a d'autre choix que de donner la deuxième dose à temps, sinon on risque de rendre la vaccination caduque pour beaucoup de gens qui ont reçu la première dose. Et on va tourner en rond.

Le Dr Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses

À l’image de la Grande-Bretagne, qui a elle aussi décidé d’espacer de jusqu’à 12 semaines les deux doses de vaccin contre la COVID-19 et à laquelle l’OMS a répondu qu’aucune donnée empirique ne soutenait cette façon de faire, Québec se donne jusqu’à 90 jours pour vacciner une deuxième fois les personnes à risque.

Cette période correspond au temps nécessaire pour vacciner une première fois tous les aînés habitant dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées, ainsi que les plus de 70 ans, a expliqué le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique à la direction générale de la santé publique. Le gouvernement espère ainsi protéger de façon minimale ces personnes à risque avant de terminer le traitement avec la deuxième dose.

Les soins intensifs pas encore à un point critique

Par ailleurs, alors que Québec laissait planer cette semaine son inquiétude devant un possible manque de place aux soins intensifs des hôpitaux et parlait même de devoir peut-être bientôt faire des choix entre les patients pouvant y être admis, il semble que la situation ne soit pas aussi précaire que ce qu’on a laissé entendre.

Au moment où on se parle, le réseau est capable d’absorber la clientèle qui entre et d’admettre la clientèle qui requiert des soins critiques. […] La capacité totale du réseau est supérieure à ce qu’on nous dit présentement. On n’est pas du tout dans une perspective de triage.

Le Dr Patrick Bellemare, chef médical des soins intensifs du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et intensiviste à l’Hôpital du Sacré-Cœur

Le médecin insiste cependant sur l’importance pour la population de poursuivre le confinement et de continuer d’observer la distanciation sociale.

Ce qu’on craint depuis le début, c’est de se retrouver avec une clientèle COVID tellement importante qu’on ne sera pas en mesure de remplir les autres missions des soins critiques, explique-t-il.

Il souligne que la nécessité d’interrompre certains services hospitaliers pour prioriser l’accès aux soins critiques est pour sa part bien réelle. On a donc déjà fait un exercice de triage, note-t-il.

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