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La propagation des variants du coronavirus inquiète de plus en plus les experts

Des variants du coronavirus ont récemment été identifiés au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil. Ceux-ci se transmettent beaucoup plus facilement que le SRAS-CoV-2.

L'anesthésiste Rolf Gronas discute avec un patient installé sur une civière à l'Hôpital général de North York.

Si les cas continuent d'augmenter au même rythme, les hôpitaux ne pourront continuer à offrir tous les services.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Radio-Canada

Des variants plus contagieux du nouveau coronavirus se sont rapidement propagés dans plus de 50 pays; on craint qu'ils soient déjà en train de provoquer silencieusement des pics de cas au Canada, selon les autorités sanitaires.

D'après les premières recherches, ces variants identifiés au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil se transmettent beaucoup plus facilement que la souche originale. C'est notamment le cas du variant connu sous le nom de B117, détecté au Royaume-Uni et jugé de 50 % à 74 % plus contagieux que le SRAS-CoV-2.

Bien que les études montrent que ces variants n'entraînent pas nécessairement une augmentation des maladies graves, les experts de la santé s'inquiètent de leur capacité de transmission plus importante qui pourrait affecter le système de santé déjà mis à rude épreuve.

Nous avons déjà atteint le point de rupture, a déclaré la Dre Susy Hota, spécialiste des maladies infectieuses au sein du Réseau de santé universitaire et professeure associée de médecine à l'Université de Toronto. Cela se produit à un moment où le système de santé est déjà stressé au point d'être potentiellement débordé.

Le Dr Eric Topol, médecin, scientifique et expert en essais cliniques américain qui dirige l'Institut de recherche Scripps en Californie, s'est dit profondément préoccupé par l'apparition de ces variants à l'échelle mondiale.

Si ce variant est plus contagieux, cela signifie plus de décès, plus d'hospitalisations et plus de persistance des symptômes chez les malades atteints de la COVID-19.

Le Dr Eric Topol, directeur de l'Institut de recherche Scripps

Le Dr Topol explique notamment que le variant trouvé pour la première fois au Royaume-Uni présente des changements dans la protéine de surface, un élément clé de la façon dont le coronavirus se lie aux cellules humaines.

Selon lui, ces changements sont probablement à l'origine de sa transmission plus élevée, car cette protéine permet au virus d'infecter les cellules plus facilement.

Un virus beaucoup plus apte à infecter davantage de personnes est la dernière chose dont nous avons besoin pour l'instant, et pourtant, il est là et ne va pas disparaître. Alors, la seule chose que nous pouvons faire est de ralentir sa propagation.

Le Dr Eric Topol

Le Dr Howard Njoo, administrateur en chef adjoint de la santé publique du Canada, croit cependant que la mutation du nouveau coronavirus est normale et que l'émergence de variants n'est pas inhabituelle ou inattendue.

Du personnel médical transporte un patient installé dans un lit vers l'intérieur d'un hôpital.

Les experts de la santé sont de plus en plus préoccupés par les effets que les variants pourraient avoir sur les hôpitaux déjà surchargés.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Variants : une transmission déjà communautaire au Canada?

L'administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a assuré vendredi que les responsables continuent de surveillerla propagation des variants au Canada, alors qu’au moins 25 cas ont été déclarés.

L'Ontario a déjà identifié 14 cas du variant B117, dont 3 n'ont aucun lien connu avec des voyages internationaux, ce qui suscite l'inquiétude des autorités, puisque cela impliquerait une propagation potentiellement plus importante que celle déclarée dans les régions les plus touchées de la province.

Si c'est confirmé, nous aurons alors la preuve d'une transmission communautaire et c'est une situation très préoccupante que le vaccin ne pourra pas régler assez rapidement. Il est très probable que nous aurons plusieurs autres cas dont nous n'avons pas encore connaissance.

La Dre Barbara Yaffe, médecin hygiéniste en chef adjointe de l'Ontario

Le Dr Adalsteinn Brown, doyen de l'école de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto et coprésident de la table consultative scientifique COVID-19 de l'Ontario, a déclaré quant à lui que si le B117 continue de se propager en Ontario, le taux de nouveaux cas pourrait atteindre des niveaux effrayants et presque verticaux.

Je ne serais pas surprise que, au moment où nous prouverons qu'il y a transmission communautaire, celle-ci se soit déjà répandue comme un feu de forêt, a également commenté la Dre Susy Hota.

Le Dr Brown prédit d'ailleurs que ce variant pourrait entraîner une croissance spectaculaire des cas dans certaines parties de la province, comme cela a été le cas au Royaume-Uni malgré des restrictions strictes en matière de santé publique.

Une femme reçoit un vaccin contre la COVID-19.

Des cas de variants ont également été détectés en Colombie-Britannique et en Alberta, alors que la campagne de vaccination se poursuit partout au pays.

Photo : Propriété d'Adrian Dix/ Twitter

La Colombie-Britannique a identifié son premier cas du variant décelé d'abord en Afrique du Sud jeudi, en plus des quatre cas de B117 découverts précédemment.

La Dre Bonnie Henry, responsable provinciale de la santé, a déclaré jeudi que les responsables étudiaient comment cette personne avait pu être infectée, car elle n'avait pas de lien connu avec un voyage. Il est bien sûr inquiétant que nous ne sachions pas d'où cela vient, a-t-elle déclaré, signalant que les variants pourraient se répandre plus largement dans la communauté.

Cinq cas de B117 ont également été confirmés en Alberta, ainsi qu'un cas du variant d'Afrique du Sud, mais les responsables affirment que tous sont liés à des voyages.

Un variant qui pourrait rapidement se répandre

Si le Canada a initialement arrêté tous les vols en provenance du Royaume-Uni par crainte que le variant de la COVID-19 se propage au pays, cette interdiction a été levée la semaine dernière en faveur de l'obligation pour tous les voyageurs entrant dans le pays de présenter un test de la COVID-19 négatif.

Vendredi, des scientifiques des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont publié des données de modélisation montrant que, d'ici mars, le B117 pourrait bien devenir la forme du virus la plus répandue aux États-Unis.

Jason Kindrachuk, professeur adjoint de pathogenèse virale à l'Université du Manitoba et titulaire d'une chaire de recherche sur les virus émergents, a déclaré qu'il craignait que le Canada ne soit pas préparé à faire face à cette éclosion de variants.

Nous ne pouvons pas savoir quand il y aura une augmentation soudaine. Nous avons une idée de la tempête qui pourrait arriver et nous voyons l'alerte au tsunami devenir de plus en plus forte. Nous devons être prêts pour cela.

Jason Kindrachuk, titulaire d'une chaire de recherche sur les virus émergents

Selon M. Kindrachuk, le fait que le B117 ait pris le relais comme principal variant de la COVID-19 circulant en Irlande, en Angleterre et au Danemark en quelques semaines seulement est grandement préoccupant pour le Canada. D'autres variants pourraient également être en circulation.

La Saskatchewan est la seule province qui affirme actuellement que tous ses tests de la COVID-19 détecteront le variant B117. D'autres provinces disent qu'elles n'envoient des échantillons positifs pour un examen plus approfondi que si le contexte le justifie.

Alors que des efforts sont en cours pour trouver un moyen plus rapide de tester les variants, le séquençage profond actuellement requis s'avère à la fois coûteux et long.

Un scientifique effectue un test de la COVID-19 dans un laboratoire.

Plus d'une semaine d'attente est parfois nécessaire pour obtenir les résultats d'un test de variant du coronavirus.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Comment empêcher la propagation des variants?

Comme de nombreuses recommandations de santé publique visant à stopper la propagation du coronavirus sont considérées comme efficaces contre les variants, les experts appellent à les multiplier par deux et à éviter les situations à risque.

L'éloignement physique, le port du masque, le lavage des mains et l'évitement des foules sont tous efficaces, mais le Dr Tom Frieden, ancien directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, estime que les gens devraient également réduire le temps passé avec d'autres bulles familiales, porter des masques de meilleure qualité tels que les N95 ou les masques chirurgicaux et avoir le moins d'interactions directes possible avec les autres.

Selon le Dr Frieden, cela signifie notamment de passer quelques minutes à l'épicerie pour récupérer des articles essentiels ou de commander en ligne plutôt que d'aller faire des achats pendant une longue période.

Dans le passé, avec le SRAS-CoV-2, il était plus difficile d'être infecté. On pouvait être dans la même pièce qu'une personne, à une distance rapprochée, et ne pas forcément attraper la maladie. Avec les nouveaux variants, la probabilité d'infection est beaucoup plus grande.

Tom Frieden, ex-directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies

Le Dr Frieden a aussi déclaré que les pays comme le Canada devraient s'efforcer de vacciner le plus grand nombre de personnes possible, le plus rapidement possible.

Les vaccins sont extrêmement importants. C'est l'outil le plus puissant dont nous disposons, a-t-il assuré, tout en reconnaissant qu'un programme de vaccination d'une telle ampleur risque d'être long à mettre en place.

Avec les informations de CBC

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