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Le « non définitif » de la France fait reculer Couche-Tard

Le stationnement d'un magasin Carrefour.

Fondé il y a plus de 60 ans, le géant français Carrefour exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs dans plusieurs pays.

Photo : The Associated Press / Bob Edme

Radio-Canada

Couche-Tard abandonne sa tentative d'achat de Carrefour SA pour 16,2 milliards d'euros (près de 25 milliards de dollars canadiens) après le « non définitif » de la France, selon les agences Reuters et Bloomberg, qui citent des sources.

Le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire, a exprimé franchement vendredi, dans les médias français, son refus de la proposition de la multinationale québécoise d'acquérir le géant français de l'alimentation Carrefour.

Nous ne sommes pas favorables à cette opération, nous le disons avec beaucoup de respect pour Couche-Tard, pour Carrefour et pour tous ces opérateurs qui sont de grande qualité. Et nous avons les instruments juridiques à notre disposition. Je préfère ne pas avoir à [les] employer. J’espère qu’il n’y aura pas besoin de le faire. C’est un non courtois, mais clair et définitif, a-t-il déclaré sur les ondes de BFMTV.

Le jour même, le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, était à Paris pour tenter de convaincre le ministre français. Mais, visiblement, ses arguments n'ont pas fait changer d'avis les autorités françaises.

Cette offre de 25 milliards de dollars était soutenue aussi bien par Québec que par Ottawa.

Le ministre de l'Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon, a discuté avec son homologue français. Et le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu'il s'était entretenu avec le président français Emmanuel Macron cette semaine, et il a promis de continuer d’œuvrer au succès des entreprises canadiennes dans le monde.

Le refus de cette proposition par le gouvernement français a pour motivation la sécurité alimentaire de la France. Les autorités françaises ne souhaitent pas qu’une entreprise de l’envergure de Carrefour tombe entre les mains d'intérêts étrangers.

Ni Couche-Tard ni Carrefour n'ont fait de commentaire pour le moment.

Quelle est la stratégie de M. Bouchard ?

Alain Bouchard devant des bannières de Couche-Tard.

Le fondateur et président exécutif de Couche-Tard, Alain Bouchard

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Carrefour est le plus grand employeur privé français avec 105 000 employés en France et un total de 321 000 dans le monde. La société possède 5439 magasins en France et un total de 12 775 dans le monde.

Selon Bloomberg, Couche-Tard était prête à investir 4,5 milliards de dollars sur 5 ans pour faciliter le développement et l’expansion de Carrefour. Elle offrait également des garanties d’emploi pour 2 ans.

Le refus français de la transaction a fait réagir la bourse vendredi. L’action de Carrefour a reculé de 3 %, alors que celle de Couche-Tard a grimpé de 4,7 %.

Michel Nadeau, spécialiste en finances et en gouvernance, a expliqué à l’émission Zone économie, à ICI RDI, que la situation de Carrefour n’est pas reluisante. Selon lui, l’entreprise connaît un déclin de son titre depuis une vingtaine d’années.

L’action de Carrefour est passée de 84 euros en 2000 à un peu plus de 16 euros en 2021.

Il y a un malaise, il y a un problème chez Carrefour. Il faut redresser la compagnie, a affirmé M. Nadeau, qui a précisé que l’offre de Couche-tard était accueillie favorablement par la direction de Carrefour, les milieux d’affaires français et la presse financière.

Selon M. Nadeau, le conseil d’administration de Carrefour devra agir. Cette glissade-là ne peut pas continuer, a-t-il avancé.

Par ailleurs, M. Nadeau a souligné ne pas comprendre la stratégie de M. Bouchard, qui n’achète que des dépanneurs [et qui] s’attaque à une grande surface, où les marges sont faibles.

Il a également mis en relief le fait que l’entreprise française est devenue très sophistiquée, [qu'elle] parle de transition alimentaire vers le frais, vers le local, vers le bio, alors que Couche-Tard vend 70 % de l’essence, le reste, c’est des croustilles, de la bière et des cigarettes.

Ce sont deux cultures totalement opposées, a-t-il souligné.

Quelle était la stratégie de M. Bouchard pour sortir de son domaine habituel?, s’est interrogé M. Nadeau qui estime que les dirigeants de Couche-Tard devront s’expliquer sur leur stratégie.

Avec les informations de Reuters, et Bloomberg

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