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En Ontario, plus d’un travailleur sur quatre est considéré comme essentiel

Schéma qui montre que 27 % des Ontariens sont des travailleurs essentiels.

Plus d'un quart des 7,3 millions de travailleurs ontariens sont considérés comme des travailleurs essentiels.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Nicolas Haddad

Malgré l’entrée en vigueur de l’ordre de rester à la maison donné par le gouvernement jeudi dernier, le travail continuera avec peu de changements pour de nombreux travailleurs ontariens.

Radio-Canada a évalué que le nombre de travailleurs essentiels en Ontario représente au moins 27 % des travailleurs ontariens, soit plus de 2,1 millions de personnes.

Graphique qui démontre que l'Ontario compte présentement 2,1 millions de travailleurs essentiels, contre 5,2 millions qui sont priés de travailler de la maison.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon le gouvernement de l’Ontario, 7,3 millions de personnes étaient employées en Ontario en novembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Dans bien des cas, ceux qui peuvent travailler depuis la maison le font déjà, et ceux qui doivent se rendre à leur lieu de travail continueront, eux aussi, de le faire.

En donnant l’ordre de rester à la maison, la province n’a pas fourni de liste de travailleurs essentiels autorisés à quitter leur domicile, mais demande plutôt à toute personne qui peut travailler de la maison de le faire.

Elle ne définit pas non plus quelles catégories de travailleurs doivent être en télétravail, mais se fie au bon sens des employeurs.

Joint par Radio-Canada pour confirmer le nombre de travailleurs essentiels dans la province, le gouvernement ontarien n’a pas été en mesure de fournir un chiffre précis.

Qui sont les travailleurs essentiels?

Graphique qui démontre qu'au moins 27 % des travailleurs ontariens sont considérés comme essentiels.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Qu'ils soient agriculteurs, mécaniciens, enseignants ou dentistes, au moins 27 % des travailleurs ontariens sont considérés comme essentiels.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Parmi les groupes de travailleurs essentiels les plus nombreux dans la province, nous retrouvons les secteurs de la construction, du transport et de l’entreposage, ainsi que le secteur alimentaire, et celui de la santé et des soins de longue durée.

Graphique qui montre la distribution des travailleurs essentiels en Ontario selon les secteurs d’emploi.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Graphique qui montre la distribution des travailleurs essentiels en Ontario selon les secteurs d’emploi.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

À Toronto seulement, il y a presque 200 000 personnes à travailler à l’aéroport Pearson, dans les transports en commun, à offrir des services de covoiturage ou à conduire des taxis.

Un poids lourd sur une autoroute.

Déclarés travailleurs essentiels, les camionneurs continuent de rouler pendant la pandémie pour acheminer les produits nécessaires à travers l’Amérique du Nord.

Photo : Radio-Canada

Quant à l'industrie du camionnage, elle emploie entre 250 000 et 300 000 personnes en Ontario, et selon Marco Beghetto de l'Association du camionnage de l’Ontario, seuls 5 % des employés des entreprises de camionnage sont en mesure de travailler à domicile.

De son côté, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) indique que 315 156 travailleurs de la santé étaient enregistrés auprès de la province pour exercer leur métier en Ontario en 2019. Ajoutons à ce chiffre les plus de 100 000 personnes qui travaillent dans les centres de soins de longue durée de l’Ontario, selon les données de la province.

Deux travailleurs manipulent des boîtes contenant des plants.

Chaque année, environ 20 000 travailleurs agricoles migrants viennent travailler en Ontario, selon les Centres de santé des travailleurs de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pendant ce temps, Restaurants Canada estime à 180 000 le nombre de travailleurs présentement employés dans le secteur de la restauration en Ontario (une baisse de 300 000 par rapport aux 480 000 emplois d'avant la pandémie). Le secteur alimentaire emploie aussi 77 000 travailleurs dans le sous-secteur de l’agriculture, et pas moins de 125 000 travailleurs dans le sous-secteur de la transformation des aliments, selon le gouvernement fédéral.

Notons aussi que dans le secteur de la construction, qui emploie plus d’un demi-million d’Ontariens, la confusion règne quant aux projets qui pourront suivre leur cours pendant l’état d’urgence entré en vigueur partout dans la province.

Transmission du virus dans les milieux de travail

Selon le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, le Dr David Williams, les bureaux de santé publique de l’Ontario continuent de noter des problèmes récurrents liés aux comportements sur les lieux de travail.

Le Dr David Williams en conférence de presse.

Le médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, le Dr David Williams

Photo : Evan Mitsui/CBC

Nous constatons des comportements qui, bien que les gens connaissent les protocoles en place, sont laxistes. Par exemple, certains collègues font du covoiturage sans porter de masque, a mentionné le Dr Williams lors d’un point de presse donné jeudi dernier.

Selon le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, les gens socialisent ensemble sur leur lieu de travail, voire pendant l'heure du déjeuner ou à l'extérieur du bâtiment […] ce qui conduit à la transmission du virus dans ces endroits.

Une couturière avec un masque qui coud une blouse de protection dans l'usine.

Selon Santé publique Ontario, de nombreux cas de COVID-19 sont transmis dans des milieux de travail.

Photo : Radio-Canada / Jef Fortier

Selon des données de la province publiées vendredi, les transmissions dans les milieux de travail ont grimpé en flèche dans les derniers mois, surtout dans les exploitations agricoles.

Une enquête de CBC menée la semaine dernière a révélé que les bureaux de santé publique de l'Ontario ont le pouvoir de fermer des lieux de travail en raison d'éclosions de COVID-19 ou d'infraction aux mesures sanitaires, mais que moins de la moitié des 34 unités de santé publique l’ont fait depuis le début de la pandémie.

Quinze bureaux de santé publique de la province ont ordonné des fermetures, tandis que 19 unités ont déclaré qu'elles n'avaient ordonné aucune fermeture de lieu de travail jusqu'à présent.

Les travailleurs de plus en plus inquiets

La Clinique juridique de santé et sécurité des travailleurs de Toronto affirme que son bureau a reçu une flambée de sollicitations liées à la situation sanitaire actuelle.

Photo de l'avocat Chetan Muram.

Chetan Muram, avocat à la Clinique juridique de santé et sécurité des travailleurs de Toronto, affirme que sa clinique reçoit un volume élevé d'appels de travailleurs qui ont des problèmes de santé et de sécurité au travail liés à la COVID-19.

Photo : Avec l'autorisation de Chetan Muram

Tout au long de la pandémie, nous avons reçu de nombreux appels de la part de personnes occupant des postes administratifs dans des bureaux, des établissements de vente au détail ou des usines de fabrication qui doivent régulièrement travailler en personne, explique l’avocat Chetan Muram.

Selon le juriste, ces appels relèvent souvent de préoccupations concernant un EPI inadéquat, ou des employeurs qui ne prennent pas les mesures nécessaires pour que leurs employés se sentent en sécurité.

Me Muram souligne que beaucoup d'appels que nous recevons proviennent de travailleurs qui ont soulevé avec leurs patrons des inquiétudes au sujet de la COVID-19, et qui ont ensuite été punis ou licenciés.

Beaucoup de ces cas finissent par être réglés de façon privée, ce qui signifie qu'il n'y a pas de document public détaillant ce qui s’est passé, et que tout est gardé confidentiel.

Chetan Muram, avocat, Clinique juridique de santé et sécurité des travailleurs de Toronto

L'avocat affirme qu’il a réglé plusieurs cas de ce genre dans les derniers mois, et qu’il a présenté plusieurs autres cas similaires qui sont toujours devant les tribunaux.

Cela ne représente qu'une fraction du nombre de travailleurs qui appellent pour nous demander des conseils, indique-t-il.

Il ajoute que depuis plusieurs mois, la Clinique juridique de santé et sécurité des travailleurs de Toronto publie des informations destinées aux travailleurs qui expliquent en détail leur droit de refuser un travail dangereux, et d'exiger des aménagements et des protections de la part de leurs employeurs.

Selon ce dernier, avant la COVID-19, la Clinique juridique de santé et sécurité des travailleurs de Toronto n’avait jamais reçu de questions concernant une maladie transmissible par aérosol.

En temps normal, on traite des questions d’abus, de harcèlement, d'intimidation ou de blessures graves subies au travail, indique-t-il.

Radio-Canada a tenté à plusieurs reprises d’obtenir la participation du gouvernement provincial pour ce reportage. Malgré les multiples requêtes, ni le bureau du premier ministre Doug Ford, ni le ministère de la Santé, ni le ministère du Développement économique, de la Création d'emplois et du Commerce n’ont répondu à nos demandes d’entrevue.

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