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Des artistes franco-ontariens prêts à affronter 2021

Montage photo de cinq artistes.

De gauche à droite et de haut en bas : Max Nolet et Erika Lamon du duo Les Soliloques, DJ Unpier, Mimi O'Bonsawin, Le R Premier.

Photo : MAX NOLET, ASHLEYBAKER, MIMI O'BONSAWIN, JAMIE KRONICK

Isabelle Gobeil

Après une année 2020 pour le moins instable sur le plan artistique, comment nos artistes franco-ontariens envisagent-ils l’année 2021?

Si tous s’entendent pour dire que 2020 a été difficile, tous ont aussi tiré un enseignement du vertige forcé qu’ils ont ressenti au début de la pandémie. Certains ont réalisé qu’ils étaient fatigués, mentalement et physiquement. À donner tant d’énergie à faire avancer leur carrière, certains n’avaient pas vu les signes d’un épuisement.

Une fois les batteries rechargées, ils ne sont pas restés les bras croisés.

Cependant, ce n’est pas parce que l’année change de chiffres que tout redevient comme avant. Si tous sont plutôt optimistes, ils ont appris à doser la façon de se projeter en avant.

Mimi O'Bonsawin

La chanteuse aux origines abénaquises était prête pour 2020. Très prête! Des spectacles partout en province et même ailleurs se suivaient de près dans le calendrier. Elle venait de terminer l’enregistrement de plusieurs chansons, dont quelques-unes en français qu’elle se voyait déjà présenter entre autres dans son Grand Sudbury natal. Le moins qu’on puisse dire, c'est que 2020 ne s’est pas déroulée comme prévu.

Il a fallu quelques semaines à Mimi pour se remettre du choc de voir toute la tournée qu’elle avait mis deux ans à monter disparaître en une semaine. Elle concède cependant que le repos forcé lui a été très salutaire.

J’avais pas réalisé combien j’étais fatiguée.

Mimi O’Bonsawin

Une fois le coup encaissé, elle a décidé de poursuivre le flot de création entamé avant l’arrivée de la COVID-19. Habitant dans une vieille église à Port Hope, elle a profité de l’acoustique unique de l’endroit. Le fait qu'elle était déjà habituée à l’enregistrement virtuel lui a permis de se mettre rapidement au travail. Son premier album en français Elle danse a pu paraître en octobre 2020.

Mimi a aussi saisi l’occasion de laisser parler ses émotions par l’art visuel. La peinture et la création de pompons en laine occupaient aussi ses pensées.

Alors que 2021 s’amorce, c’est un peu comme si la routine avait repris. Les premiers mois sont généralement dédiés à la planification de spectacles et de participation à des festivals, à la différence que, maintenant, Mimi garde en tête que rien ne peut être tenu pour acquis.

On continue de rester flexible. Je prends les choses comme elles viennent. J’ai confiance en l’avenir.

Mimi O’Bonsawin

Alors qu’elle était du genre à créer plutôt en solo, elle espère explorer davantage la création dans la collaboration avec d’autres artistes. Elle a particulièrement aimé présenter de la vidéo sur ses médias sociaux et ne se privera pas de poursuivre en 2021. Elle souhaite également explorer davantage l’art visuel.

Pour Mimi, le muscle de la création doit rester bien vivant. Elle compte continuer de l’entraîner de toutes les façons possibles cette année.

Et si le temps le permet – si les spectacles n’ont pas repris – Mimi souhaite avoir le temps d’entretenir un grand jardin à la maison.

DJ Unpier

Quand la pandémie a frappé en 2020, DJ Unpier a vécu une immense déception. À l’époque, il pleurait son compte en banque ainsi que tout ce que 2020 lui réservait de beau et de prometteur. Quand on travaille sans relâche à monter une carrière et que tout s’arrête, la chute peut être brutale.

Mais ce qui fascine chez DJ Unpier, c’est sa tête dure. À utiliser ici non pas dans le sens de ne faire qu’à sa tête, mais plutôt dans le sens de faire preuve de ténacité et de détermination . À défaut de faire une première tournée avec le groupe Radio Radio et d’offrir ses premières performances aux États-Unis en 2020, il a trouvé autre chose à faire. Il devait trouver autre chose.

On appelle ça l'instinct de survie. Quand ta seule source de revenu c’est ton talent, tu dois continuer.

DJ Unpier

Ceci étant, ses nominations aux East Coast Music Awards se sont transformées en deux prix remis virtuellement.

Il s'agit d'un autre type de premières qui ont eu lieu pour DJ Unpier. Il y a aussi celle d’accompagner l’artiste Miro lors d’un spectacle sur le toit de la tour du Stade olympique à Montréal (vous avez bien lu). Ce n’était d’ailleurs pas qu’une première que pour lui, puisque ça ne s’était tout simplement jamais fait avant!

Les collaborations se sont elles aussi enchaînées. Lydz, Medhi Cayenne, Le Flo Franco, LGS et plusieurs autres artistes ont partagé l'univers éclaté de DJ Unpier en 2020.

Mine de rien, alors qu’on ne pouvait plus rien faire, lui et son équipe ont finalement sorti un album quand l’année se terminait.

Que peut-il se passer en 2021? Lorsqu’on lui pose la question, DJ Unpier reste pragmatique. Il imagine mal un retour devant des foules survoltées avant 2022. Il poursuit toutefois sur sa lancée dans la production de remixages, de pièces originales et de collaborations.

Ce qu’on vit c’est comme un marathon. L’important, ce n'est pas d’arriver le premier à la ligne d’arrivée, c’est d’être encore debout à la fin.

DJ Unpier

Il poursuit également la production de contenu pour les jeunes dans les écoles, là où la culture franco-ontarienne peut encore être consommée alors que les galeries, les théâtres et centres communautaires sont fermés.

Il se concentre actuellement à créer une formation en ligne sur un logiciel servant à créer de la musique – un logiciel de beat making – dans le but d’intéresser les jeunes à la création musicale.

Il travaille aussi sur un projet de vidéoclips à la manière des vidéos Just Dance très populaires auprès des jeunes. Il s’agit d’une série de jeux vidéo développée par la compagnie Ubisoft qui présente des chorégraphies sur des chansons. Le but est de danser, en suivant les mouvements des danseurs, et tout en étant guidé par un système de détection.

DJ Unpier envisage déjà le tournage d’une dizaine de ces vidéos intitulées Dans la danse en compagnie de Céleste Lévis, Le Flo Franco, Julie-Kim et d’autres artistes franco-ontariens.

Les Soliloques

Le duo de Kingston en est à ses débuts. Mais comme il n’y a pas de petits rêves, Erika Lamon et Max Nolet sont pleinement investis dans leurs projets artistiques.

2020 s’annonçait prometteuse. Dès février, les deux s'enthousiasmaient d’entendre leur nouvelle chanson prendre forme en studio et d’en voir le vidéoclip être projeté devant public au Kingston Canadian Film Festival à la mi-mars.

Quelques spectacles étaient aussi envisagés à l’été 2020 dans des bars et des salles qui accueillent des artistes en émergence en Ontario.

Ce sont plutôt des spectacles virtuels qui ont eu lieu, à l'exception d’une seule prestation devant public (un vrai public) au Centre culturel Frontenac de Kingston, à l’occasion festivités du Jour des Franco-Ontariens en septembre.

On a été pas mal chanceux de jouer devant du vrai monde. Ça a été comme une bénédiction!

Max Nolet, du duo les Soliloques

Néanmoins, l’incertitude de ne pas savoir quand ni comment ils pourraient revoir leurs musiciens et si des projets allait pouvoir se réaliser n’a pas été simple à gérer dans les premiers mois. Réaliser que tu n'as pas le contrôle sur ta vie autant que tu le pensais a été un apprentissage, affirme le guitariste.

Pour Max, l’arrêt forcé a été difficile. Comme la nature a horreur du vide, cette pause est devenue le moment où le burnout a décidé de se manifester. Il a dû prendre le temps de se reposer.

Et une fois l’énergie revenue, un flot de créativité s’est invité dans sa tête, ce qui lui a permis de pondre plusieurs chansons d’un coup. J’ai écrit plus de matériel depuis quatre mois que depuis quatre ans , dit-il.

De son côté, Érika a pris conscience que le côté administratif d’une carrière musicale avait empiété sur tout l’aspect créatif. Elle a profité de l'accalmie des Soliloques pour investir plus d’énergie dans son projet musical dans la langue de Shakespeare. Un album en anglais est d’ailleurs en chantier alors que 2021 s’amorce.

Le duo préfère ne pas avoir d’attentes élevées pour 2021. Les spectacles devant public comme avant sont encore incertains et les deux musiciens ont choisi de se focaliser sur l'univers de la création et sur les prestations virtuelles en direct. Notre objectif est d’être prêts à livrer du nouveau matériel lorsqu’on pourra enfin reconnecter avec le public.

En attendant ce fameux retour à la normale , le contact avec le public demeure important. Erika explique que la transition obligée vers le virtuel a été bénéfique. Les Soliloques avaient depuis longtemps l’ambition de proposer plus de contenus web.

On s’est vraiment bien équipés pour proposer de bonnes vidéos et de bonnes performances sur nos plateformes.

Erika Lamon, du duo les Soliloques

Le R Premier

Comme plusieurs artistes, Le R avait lui aussi des spectacles prévus en 2020, dont une dizaine à travers l’Ontario. Il planifiait aussi le lancement de quelques nouveaux bébés, c’est-à-dire un nouveau simple et une collection de vêtements. L’artiste, qui est aussi entrepreneur, a également vu les activités de sa maison de production L’armure du son être mises sur pause.

Comme pour les autres, l’incertitude s’est installée. L’enjeu, selon lui, a été de s’adapter du mieux possible.

Le passage au mode virtuel a donc été la clé pour rester présent sur la scène culturelle.

Ç’a été quand même une façon de se rattraper.

Le R Premier

Avec le recul, Le R considère qu’il a tout de même réussi à tirer son épingle du jeu en 2020, notamment en participant à un épisode de l’émission Tournée générale sur UnisTV et en montant sur la scène du Festival franco-ontarien pour les seules performances en présentiel.

Il a aussi pu mener à bien le lancement – virtuel – de la première collection de vêtements Cœur de pion, un projet qu'il caressait depuis un bon moment.

Il est bien conscient que l’incertitude dure toujours et qu’il ne faut pas voir 2021 comme l’année qui allait nous délivrer . Il pense tout de même que ce sera une bonne année malgré tout.

Sur sa liste se trouvent par exemple un nouveau simple ainsi qu’un nouveau vidéoclip. Quelques sorties sont aussi attendues avec sa maison de production L’armure du son et pour ce qui est de la ligne de vêtements Cœur de pion, il a déjà en tête le lancement d’une prochaine collection en 2021.

Au-delà de l’aspect culturel, l’année 2020 lui aura appris à développer son sens des priorités et d’apprécier ce qu’on peut parfois tenir pour acquis.

Valoriser ses proches, la famille, les amis, c’est ce qu’on a de plus précieux.

Le R Premier

En discutant de 2020 avec Le R, impossible de ne pas aborder toutes les manifestations qui ont dénoncé le racisme systémique imprégné dans notre société. Toutefois, le sujet ne se limite pas à une série d’événements récents.

Selon lui, avec la vitesse à laquelle les choses vont tous les jours, on a tendance à vite oublier. Il faut s’assurer que le sujet continue de faire partie du dialogue et des débats de société.

Le racisme, c’est bien plus que de l’actualité, c’est une réalité. Et ce n’est pas passager.

Le R Premier

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