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Les commotions ont plus d'impact sur la santé mentale que d’autres blessures

David Bruton au sol pendant une partie de football se tient la tête.

Le footballeur David Bruton a subi une commotion cérébrale en 2014 alors qu'il jouait avec les Broncos de Denver (archives).

Photo : Getty Images / Doug Pensinger

Émilie Vast

Une étude de l’Université de l’Alberta réalisée auprès de sportifs montre que le risque de souffrir d’anxiété ou de dépression est plus élevé après une commotion cérébrale qu’après une blessure orthopédique. Selon des chercheurs, cela prouve une nouvelle fois que ces blessures doivent faire l'objet d'une attention particulière.

Le Dr Martin Mrazik et son équipe ont suivi 198 footballeurs, la plupart évoluant au sein de la Ligue canadienne de football (LCF). En début de saison, leur santé mentale a été évaluée à l’aide d’un questionnaire.

Premier constat de cette étude : les sportifs qui ont déjà subi une ou plusieurs commotions cérébrales présentent plus de symptômes d’anxiété ou de dépression, comparativement aux autres athlètes.

Au cours de la saison, les athlètes ont été à nouveau soumis au questionnaire dès qu’ils étaient victimes d’une commotion cérébrale ou d’une blessure musculosquelettique. Ils devaient alors y répondre à trois reprises : de 24 à 48 heures après leur blessure, une fois que leurs symptômes avaient disparu et un mois après leur retour au jeu.

Nos résultats montrent que les sportifs souffrant d’une commotion cérébrale ont vu leurs symptômes de dépression et d’anxiété augmenter, dit le Dr Mrazik, professeur au sein du département de psychologie éducationnelle de l'Université de l’Alberta.

Le Dr Martin Mrazik.

De plus en plus d'études s'intéressent aux conséquences des commotions cérébrales sur la santé mentale, selon le Dr Martin Mrazik.

Photo : Laura Sou

Cette augmentation a été constatée de 24 à 48 heures après la blessure, mais aussi pendant la convalescence, précise-t-il. En revanche, un mois après le retour sur le terrain, les résultats étaient comparables à ceux du début de la saison.

L’étude précise que, à l’inverse, chez les sportifs souffrant d'une blessure orthopédique, il n’y a pas de tels changements en ce qui concerne les symptômes.

Le cerveau, ce n’est pas le genou. Il faut être conscient qu'une blessure au cerveau peut être plus stressante qu’une autre blessure.

Dr Martin Mrazik, professeur de psychologie éducationnelle, Université de l’Alberta

On sait depuis plusieurs années que les personnes qui vont subir une commotion cérébrale vont manifester plus de signes de symptômes de dépression et d’anxiété, confirme Dave Ellemberg, neuropsychologue et professeur à l'Université de Montréal.

Un impact sur la régulation des émotions

Il ajoute que l'étude albertaine prouve que ce n’est pas seulement le fait de ne plus jouer ou d’être à l’écart du groupe qui provoque l’état dépressif ou anxieux de l'athlète, mais bien la commotion cérébrale.

L’origine de ces symptômes peut être psychologique. Le neuropsychologue explique que les sportifs peuvent être plus inquiets, car la commotion cérébrale est une blessure au cerveau, dont les symptômes sont variés, peu visibles et dont les conséquences peuvent être graves.

Mais il peut aussi y avoir des origines neurobiologiques, avance le Dr Ellemberg. Il y a de plus en plus d’études qui indiquent que les circuits neurobiologiques impliqués dans la régulation des émotions sont perturbés par les commotions cérébrales.

Le Dr Dave Ellemberg.

À la suite d'une commotion cérébrale, la physiologie du cerveau est perturbée, explique le neuropsychologue Dave Ellemberg.

Photo : Radio-Canada

Le Dr Mrazik tient à préciser que les symptômes constatés au cours de son étude sont des symptômes légers et non pas de graves problèmes de santé mentale.

Le chercheur de l’Université de l’Alberta reconnaît également que l’étude est basée sur un échantillon restreint. Malgré cela, il assure que la différence entre les deux groupes est significative du point de vue statistique, preuve qu’elle n’est pas due au hasard.

Un risque pas seulement pour les athlètes

En raison de cette différence, il faut s’assurer que les sportifs victimes de commotions cérébrales reçoivent les soins et l'accompagnement adaptés, dit Martin Mrazik : Il faut s'assurer que ces symptômes soient correctement traités.

Ailleurs sur le web :

Le résumé de cette étude (Nouvelle fenêtre) de l'Université de l’Alberta sur les commotions sur le site Oxford Academic (en anglais seulement)

On parle beaucoup de commotions cérébrales dans le milieu sportif à cause du risque d'en subir plusieurs, explique Dave Ellemberg. En raison de l’effet cumulatif, les conséquences sont de plus en plus graves.

Mais il pense que les résultats de l’étude albertaine devraient servir dans un domaine médical plus large dans la mesure où l’on sait qu’une tranche importante de la population va aussi subir une commotion cérébrale.

Une commotion cérébrale se produit au cours d’un mouvement rapide de la tête lorsque le cerveau va se heurter contre les parois de la boîte crânienne, explique-t-il. Cela peut avoir lieu en raison d’un coup porté à la tête ou ailleurs, mais aussi à cause d’une chute lors d'un accident du travail ou à cause d’un accident de la route par exemple.

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