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Radio-Canada/CBC défend son controversé service Tandem

Vue en contre-plongée de la nouvelle Maison de Radio-Canada à Montréal, le 11 février 2020.

La nouvelle Maison de Radio-Canada à Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La direction du diffuseur public canadien affirme que son service de création de publicité de contenu n'influe en rien sur la programmation régulière et le service des nouvelles, a indiqué la PDG de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada (CRTC).

Depuis son lancement en septembre, le service publicitaire Tandem a été la cible d'importantes critiques. 

Le groupe les Amis de la radiodiffusion réclame son abolition : plus de 13 700 personnes ont signé sa pétition en ce sens. 

La Guilde des médias, le syndicat représentant une partie des journalistes de CBC/Radio-Canada, déplore que ce service vende des publicités qui ont remarquablement l’apparence du journalisme que nos membres proposent chaque jour aux Canadiens sous la marque Radio-Canada.

Tandem : qu'est-ce que c'est?

Radio-Canada Tandem est un service publicitaire qui produit du contenu pour des annonceurs, comme des textes, des balados et des vidéos, du placement de produits et du contenu de marque. Le contrôle éditorial du contenu revient au client.

Dans le communiqué sur le lancement de Tandem, le directeur général et chef des revenus de CBC/Radio-Canada, Donald Lizotte, soutenait que les clients souhaitaient une solution intégrée et clés en main pour créer du contenu de qualité et s’associer à la crédibilité de notre réseau.

Mme Tait, qui témoignait lors de la cinquième journée d'audiences sur le renouvellement des licences de Radio-Canada/CBC, a expliqué qu'après la controverse causée lors de l'annonce de Tandem, les services ont été suspendus temporairement afin d'établir des balises plus claires.

Nous prenons la confiance [du public] et la crédibilité de notre service de l'information à cœur, [c’est] notre atout le plus précieux, a-t-elle indiqué pour expliquer cette pause.

En décembre, le diffuseur a précisé que ce contenu est limité aux plateformes numériques (Nouvelle fenêtre), qu’aucun journaliste ou animateur de CBC/Radio-Canada ne peut participer à la création ni à la présentation du contenu de marque et que le contenu sera défini comme du contenu annonceur.

Soyons clair, Tandem n'a rien à voir avec le journalisme et les autres contenus que la compagnie produit [...] c'est un outil de plus dans le coffre à outils publicitaire, a affirmé Mme Tait. Elle a en outre rappelé que la société offrait depuis 2016 ce type de services aux annonceurs et que d'autres médias comme la BBC et le Globe and Mail proposent des services similaires.

Tant que nous avons un modèle de revenu mixte, il y a cette tension naturelle entre le commercial et l'éditorial, a-t-elle ajouté. C'est une tension qui existe dans toutes les salles nouvelles. C'est pourquoi nous avons notre guide qui va le plus loin dans l'industrie.

Elle assure qu'il y a un mur clair entre les services publicitaires et journalistiques.

Le directeur général et chef des revenus de CBC/Radio-Canada, Donald Lizotte, a pour sa part expliqué que l'équipe des ventes valide l'acceptabilité avant même d'approcher un client. Il a affirmé que les contenus de Tandem doivent respecter les Normes canadiennes de la publicité, les normes publicitaires de CBC/Radio-Canada et les formats établis qui permettent de les distinguer des autres contenus produits par Radio-Canada.

En aucun temps, nous n'allons accepter du "contenu annonceur" pour contrecarrer du contenu journalistique, a-t-il dit, avant d'ajouter que ce sont les vice-présidents principaux de CBC et de Radio-Canada qui ont le veto final sur la diffusion de ces contenus.

Interrogé par Radio-Canada, le diffuseur n'a pas voulu dévoiler le montant des revenus tirés de Tandem.

Les audiences sur le renouvellement des licences de Radio-Canada/CBC se poursuivent lundi. Des groupes comme Québecor, l'Assemblée de la francophonie de l’Ontario et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse se feront entendre.

L'Extra de Tou.tv encore dans la mire du CRTC

La différence entre les marchés anglophone et francophone explique pourquoi CBC offre ses contenus gratuitement sur son site GEM, contrairement à Radio-Canada avec l'Extra de Tou.tv, selon la direction de CBC/Radio-Canada.

Le CRTC a aussi soulevé les préoccupations de certains intervenants à propos de l'Extra de Tou.tv.

Pensez-vous que vous desservez bien les francophones? a demandé Alicia Barin, conseillère pour le Québec. Des intervenants soutiennent que Radio-Canada ne devrait pas dévier de son mandat d'accès universel en offrant une programmation exclusivement à ceux qui ont les moyens de se la payer.

Le vice-président de Radio-Canada, Michel Bissonnette, a expliqué que la décision de mettre en place cette plateforme payante a été motivée par trois facteurs.

D'abord, les coûts de production des séries dramatiques ne cessent d'augmenter, alors que les revenus publicitaires diminuent, a-t-il dit. Il est d'avis qu'il faut trouver des sources de financement pour éviter une baisse de la qualité du contenu.

Ensuite, il a expliqué que l'Extra n'est pas le seul service payant : ICI RDI, ARTV et Explora ne sont pas gratuits non plus.

Enfin, M. Bissonnette assure que toutes les productions offertes en exclusivité sur l'Extra sont proposées par la suite gratuitement sur ICI Télé ou dans la section gratuite de Tou.tv.

Pour sa part, CBC a expliqué avoir mis en place une stratégie différente, parce que le marché anglophone est bien différent du marché francophone.

Le marché anglophone au Canada est le plus fragmenté dans le monde, a soutenu la PDG de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait. GEM est aussi une plateforme plus récente, donc certaines stratégies sont différentes.

Elle a rappelé que Tou.tv est en place depuis plus de dix ans et qu'il jouit d'un plus grand auditoire.

La vice-présidente de CBC, Barbara Williams, a ajouté que la gratuité de GEM permet de se distinguer de la douzaine d'autres plateformes de visionnement qui sont offertes aux consommateurs anglophones.

Notre langue ne nous rend pas distincts, a-t-elle dit. On n'est pas arrivé sur le marché pour entrer en compétition avec Netflix ou Crave, mais pour offrir du contenu de niche, et on voulait que ces contenus soient disponibles pour tout le monde.

Elle précise toutefois que CBC offre un abonnement payant, mais qui permet de voir les contenus sans publicité et donne accès à la chaîne CBC News Network, l'équivalent anglophone de RDI.

Une hausse de tarif à RDI et CBC News Network cruciale

La direction de CBC/Radio-Canada demande aussi au CRTC une première hausse de tarif de gros de 30 % pour RDI et CBC NN, dans les marchés de langue minoritaire par rapport aux tarifs établis par le [CRTC] il y a plus d'un quart de siècle.

Il s'agit ici des sommes versées par les câblodistributeurs à la société d'État pour chaque abonné aux services. Une hausse qui représente 4,2 millions de dollars de plus en revenus.

Selon la direction, sans cette hausse, c'est la qualité des services qui serait touchée.

Quand je dois réduire les coûts, je dois réduire les effectifs.

Michel Bissonnette, vice-président de Radio-Canada

Le CRTC a toutefois rappelé que, plus tôt cette semaine, le diffuseur public soutenait que dorénavant tous les journalistes peuvent être affectés à toutes les plateformes.

Pourquoi ne prenez-vous pas ces revenus à même le financement public?, a rétorqué Mme Barin du CRTC.

Les équipes RDI sont dédiées, a répondu M. Bissonnette. Je ne peux pas demander à une journaliste à Moncton qui fait huit directs par jour de faire un reportage pour le TJ 18 h de Moncton, un reportage radio et de couvrir les événements pour le numérique.

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