•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jouer une saison à perte : pourquoi la LNH a-t-elle repris du service en 2021?

L'aréna des Maple Leafs de Toronto est teinté de rouge lors de l'interprétation de l'hymne national du Canada avant un match.

Les équipes établies au Canada s'affrontent dans une division exclusivement canadienne cette saison en raison des restrictions de voyage à l'étranger.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

La Ligue nationale de hockey a lancé sa nouvelle saison mercredi et, aussi étonnant que cela puisse paraître, les propriétaires des équipes savent déjà qu'ils la termineront dans le rouge.

Lundi, le commissaire du circuit Gary Bettman a déclaré que les pertes financières ne vont pas se chiffrer dans les millions de dollars, mais bien dans le milliard.

Aux yeux de trois experts, la situation n'est pas aussi dramatique qu'elle n'y paraît puisque la LNH, dans l'ensemble, a les reins suffisamment solides pour faire avec l'austérité de cette saison 2020-2021. Les voies de sortie de crise leur semblent évidentes.

Cette année, l'objectif, c'est de rester à flot et de ne pas accuser trop de pertes.

Philip Merrigan, économiste

Les professeurs en économie Philip Merrigan, de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), et Moshe Lander, de l'Université Concordia, ne croient pas à l'estimation de la LNH de ses pertes anticipées. Ils s'accordent toutefois pour dire que le succès de la ligue d'ici 2022 dépend du retour éventuel des partisans dans les arénas.

C'est une ligue qui dépend des revenus tirés de la billetterie. S'il n'y a pas de partisans lors des matchs - et ce ne sera pas le cas cette année - oui, ils vont perdre beaucoup d'argent, mais je ne crois pas que ça impose un coût à la ligue à long terme. Elle va rebondir, évalue M. Lander, spécialisé dans l'économie du sport.

La LNH ne veut pas et ne réussira pas à effacer ses pertes d’un milliard de dollars. Elle veut surtout passer au travers de cette saison pour rester [dans la tête] des partisans et garder le cap pour les prochaines saisons, souligne son confrère de l'UQAM.

M. Merrigan rappelle également que les frais d'expansion pour le Kraken de Seattle, établis à 650 millions de dollars américains, seront versés prochainement à toutes les équipes de la LNH sauf les Golden Knights de Vegas. 650 [millions de dollars] divisés par 30, ça fait quand même un bon petit montant pour tout le monde!

Or, maintenant que la LNH sait qu'elle ne pourra pas effacer toutes ses pertes en un an, elle a l'opportunité d'étudier plusieurs avenues qu'elle ne s'était pas permis d'explorer auparavant, quant aux façons d'extraire des revenus de son offre de contenu. Le professeur Dan Mason, qui donne un cours sur le monde des affaires lié au hockey à l'Université de l'Alberta, croit que la ligue doit sauter sur cette occasion.

On ne sait pas à quoi ressemblera l'expérience des jours de matchs. On ne sait pas si tout le monde retournera dans des arénas bondés pour y voir des matchs. C'est assurément dans l'intérêt de la LNH d'aller de l'avant dans ce territoire inconnu. Ce qu'elle en tirera? On ne le sait pas.

User de créativité

Vue de l'intérieur de l'aréna des Jets de Winnipeg. Les gradins sont recouverts de toiles aux couleurs de l'équipe locale.

À Winnipeg, les Jets ont recouvert tous les gradins visibles à la télévision avec des toiles sur lesquelles ont été imprimés les logos de certains commanditaires.

Photo : La Presse canadienne / JOHN WOODS

Jusqu'à présent, le circuit Bettman a procédé à la vente des droits d’appellation de ses quatre divisions. Il a aussi permis aux équipes d'accoler des logos commerciaux sur le casque des joueurs et de couvrir la portion des gradins visibles à la télévision avec de grandes toiles sur lesquelles ont été imprimés les logos d'une poignée de commanditaires.

Selon le professeur Philip Merrigan, ces quelques commandites supplémentaires ne serviront pas à éponger les pertes encourues par la LNH cette année, mais davantage à honorer leurs contrats avec leurs partenaires commerciaux du moment. C'est ce qui explique, entre autres, que la plupart des commanditaires des casques des équipes de hockey cette saison sont aussi les détenteurs des droits d'appellation de leur domicile respectif.

M. Bettman a affirmé que ces ententes sont exclusives à la saison 2020-2021, mais ça, le professeur Moshe Lander n'y croit pas une seconde.

Ce que la LNH perçoit, c'est que la pandémie sert de couverture idéale pour une stratégie à moyen et à long terme pour commanditer davantage les chandails, par exemple. […] Je vous dis que dans dix ans, nous pourrions avoir la Coupe Stanley présentée par Geico!

Il existe un marché encore inexploité de possibilités de commandites pour la LNH et la ligue, comme la plupart des ligues sportives en Amérique du Nord, voulait s'essayer depuis des années!

Moshe Lander, professeur spécialisé dans l'économie du sport
Trois joueurs célèbrent ensemble après que l'un d'eux ait marqué un but.

Pour la première fois de son histoire, la LNH a permis aux équipes d'afficher de la publicité sur le casque des joueurs.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Mais à quel point la Ligue nationale de hockey et ses équipes peuvent-elles se renouveler en l’espace d’une saison pour le moins anormale? Les entreprises ne se ruent pas pour les commanditer parce qu’elles sont elles aussi touchées par la pandémie, souligne Philip Merrigan. Malgré tout, ça ouvre les portes pour la suite, dit-il.

Selon ces trois experts, les amateurs devront s'armer de patience cette saison et donner libre cours à la LNH dans sa quête de plus de revenus parce qu'elle n'en ressortira que plus forte. Les joueurs, qui assument 50 % des coûts, y trouveront aussi leur compte au final puisqu'ils tirent aussi 50 % des revenus.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !