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Qu’est ce qui attend Alexeï Navalny en Russie?

Cinq mois après avoir été empoisonné, l’opposant numéro un du Kremlin Alexeï Navalny rentrera dimanche en Russie, et ce, malgré la menace d'être incarcéré dès son arrivée.

Le militant de l'opposition russe Alexeï Navalny lors d’une marche à Moscou.

« Ne pas revenir en Russie signifierait que Poutine a atteint son objectif », a déclaré cet automne Alexeï Navalny au quotidien allemand Der Spiegel.

Photo : Associated Press / Pavel Golovkin

C’est à 19 h 20 dimanche soir qu’un vol commercial de la compagnie russe Podema devrait se poser à l'aéroport Vnukovo de Moscou, avec à son bord nul autre qu’Alexeï Navalny.

Le politicien de 44 ans a fait monter les enchères en invitant ses partisans à se rendre à l'aérogare pour marquer son retour de Berlin.

Venez m'accueillir, a lancé Navalny dans une vidéo diffusée sur ses pages Facebook et Instagram, préparant ainsi le terrain pour une confrontation avec Vladimir Poutine, dont il est l'ennemi redouté.

Des milliers de personnes sont attendues à l'aéroport, quoiqu’Alexeï Navalny pourrait très bien être menotté avant même de franchir la douane.

Le service fédéral des pénitenciers confirme avoir reçu l'ordre de l'arrêter et de l'incarcérer sous prétexte qu’il a enfreint la libération conditionnelle qui lui avait été accordée après une condamnation en 2014.

Alexeï Navalny, menotté, est assis entre deux policiers.

Alexeï Navalny a été arrêté à de multiples reprises par les autorités, dont ici, en juin 2017.

Photo : Associated Press

Mais qui va l'arrêter? Quand et où exactement? Ce n’est pas clair du tout.

Plusieurs scénarios circulent dans les médias russes, y compris celui selon lequel la police pourrait lui donner le temps de se rendre au poste de son propre chef.

Tout est possible, nous a confié au téléphone son avocat, Vadim Kobzev.

Le service fédéral des pénitenciers dit qu'il sera détenu à l'aéroport, mais, dans les faits, ils n’ont pas le droit de le mettre en prison puisqu’il a été convoqué à comparaître le 29 janvier.

Vadim Kobzev, avocat d'Alexeï Navalny

Si l'intention de la justice russe est de dissuader Navalny de rentrer au bercail, celui-ci persiste et signe, comme en témoigne cet autre message qu’il a publié sur Twitter.

Les serviteurs de Vladimir Poutine agissent comme d'habitude en fabriquant de toutes pièces de nouvelles poursuites criminelles contre moi. Mais cela ne m'intéresse pas de savoir ce qu'ils vont faire. La Russie est mon pays, Moscou est ma ville et elle me manque.

Un homme prend la pose à partir d'un lit d'hôpital avec son épouse et ses deux enfants.

Sur Instagram, l'opposant russe Alexeï Navalny a publié cette photo de lui avec son épouse et ses enfants à partir du lit d'hôpital où il récupère d'un présumé empoisonnement.

Photo : Associated Press

Ça fait cinq mois qu’Alexeï Navalny a quitté la Russie bien malgré lui, inconscient, entre la vie et la mort.

Il a subi un malaise, puis a perdu connaissance sur un vol qui le ramenait de Sibérie le 20 août dernier.

C’est une fois transféré d’urgence à l'hôpital universitaire de la Charité de Berlin que les médecins allemands ont déterminé qu’il avait bel et bien été empoisonné. Des tests menés dans un laboratoire militaire en Allemagne ont ensuite confirmé que le poison utilisé était du Novitchok, un agent innervant développé et fabriqué en Russie à l’époque soviétique.

Le Kremlin a toujours nié être impliqué dans ce que les dirigeants de l’Union européenne ont qualifié de tentative de meurtre. Mais une enquête étoffée menée par les journalistes du groupe Bellingcat avance le contraire.

Selon les preuves et les renseignements obtenus par Bellingcat, y compris des enregistrements audio, l’attaque a été orchestrée par un groupe d’espions spécialisés du FSB qui suivait Navalny depuis des années.

Alexeï Navalny semble regarder un texte tout en parlant.

Cette image tirée d'une vidéo montre Alexeï Navalny pendant qu'il piège au téléphone Konstantin Koudriavtsev, un expert des armes chimiques du FSB.

Photo : via reuters / navalny.com

Le mois dernier, Alexeï Navalny poussait cette enquête encore plus loin en piégeant au téléphone un des espions qui auraient participé à l'opération.

En se faisant passer pour un des cadres du service de renseignement russe, Navalny affirme avoir soutiré des aveux d’un agent dont le rôle était de faire disparaître toute trace de poison de la scène du crime.

Des enquêtes qui de toute évidence dérangent le Kremlin, même si Vladimir Poutine prétend être au-dessus de la mêlée.

Vladimir Poutine se frotte les mains.

Lors de sa conférence de presse annuelle, le 17 décembre, Vladimir Poutine a nié l'implication de la Russie dans la tentative d'empoisonnement de son opposant politique.

Photo : Getty Images / MIKHAIL KLIMENTYEV

Lors de sa conférence de presse annuelle au mois de décembre, le président a même éclaté de rire en suggérant que si les agents du FSB avaient voulu empoisonner Navalny, ils n'auraient pas manqué leur coup.

Vladimir Poutine a ensuite sous-entendu que Navalny n’en valait pas la peine et a rejeté à nouveau les appels pour tenir une enquête criminelle.

Si Navalny était déjà persona non grata pour les autorités russes, qui n’osent même pas le nommer en public et l’appellent simplement le patient de Berlin, il est aujourd'hui devenu un véritable casse-tête pour le Kremlin, dit l’analyste Tatiana Stoyanova, du Centre Carnegie de Moscou.

Si le Kremlin le laisse en liberté après avoir menacé très publiquement de l'arrêter, ce sera un véritable signe de faiblesse de la part des autorités russes.

Tatiana Stoyanova, du Centre Carnegie de Moscou.

Mais, en revanche, son arrestation pourrait déclencher une vague de manifestations populaires, bien que limitées aux grandes villes, dit-elle. C’est l’un ou l’autre.

Mesurer la véritable popularité d’Alexeï Navalny ou le niveau de sympathie à son égard n'est pas chose facile en Russie.

Des gens manifestent à Saint-Pétersbourg.

En 2017, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté à l'appel d'Alexeï Navalny dans 80 villes à travers la Russie.

Photo : Reuters

Cela fait des années qu’il est banni des médias d'État, et la plupart des bulletins de nouvelles font le plus souvent abstraction de toute actualité qui le concerne.

Un sondage mené l’automne dernier par le centre indépendant Levada indiquait même que seuls 55 % des Russes sondés croient que Navalny a été empoisonné.

Mais quoi qu’il en soit, son retour en Russie ouvre un nouveau chapitre dans la vie du politicien, activiste et père de famille qui, selon son avocat, est déterminé à reprendre ses activités là où il les avait laissées l’été dernier.

S’il a décidé de revenir chez lui, c’est pour poursuivre son action politique et enquêter sur la corruption.

Vadim Kobzev, avocat d'Alexeï Navalny.

C'est le scénario que le Kremlin voulait à tout prix éviter, dit l’analyste russe Tatiana Stoyanova.

Il n’y a aucun doute pour elle que tous les moyens seront employés pour limiter l’impact de ses activités politiques. Si ce n’est pas la prison, ce sera d'autres accusations, le gel de ses comptes ou ceux de sa fondation, l'intimidation de ses proches et de ses collègues, dit-elle.

Alexeï Navalny se jette dans la gueule du loup et l'analyste craint plus que jamais pour sa sécurité. Mais c’est sa vocation, dit-elle.

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