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Complotiste au sein du comité de sécurité publique : les règles doivent être resserrées

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La devanture de l'hôtel de ville de Sherbrooke.

La devanture de l'hôtel de ville de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Bertrand Galipeau

Radio-Canada

La présidente du comité de sécurité publique à la Ville de Sherbrooke soutient avoir fait son travail en signalant les propos tenus par une citoyenne complotiste qui siège à son comité. Néanmoins, elle admet que les règles doivent être resserrées pour éviter qu'une telle situation se répète.

Radio-Canada rapportait jeudi que depuis plusieurs mois, une femme siégeant au comité de la sécurité publique de la Ville de Sherbrooke partage abondamment sur les réseaux sociaux des publications de nature complotiste, notamment du groupe QAnon. Elle y tenait également des propos virulents contre le couvre-feu et les mesures sanitaires allant jusqu'à comparer les policiers à des nazis. Le compte Facebook de la dame a depuis été supprimé.

La conseillère municipale et présidente du comité, Danielle Berthold, reconnait que certaines personnes l'avaient approchée durant l'été pour lui faire part de leurs préoccupations envers cette membre du comité.

Elle soutient toutefois avoir levé le drapeau rouge en septembre. 

Elle n'a pas assisté à la rencontre de septembre, parce qu'elle a préféré aller à une manifestation anti-masque, à Québec [...] À partir de ce moment-là, cela a commencé à me préoccuper beaucoup. Je suis allée voir son site web, et il n'y avait pas, à ce moment-là autant de radicalisation de sa part.

Danielle Berthold, conseillère municipale et présidente du comité de sécurité publique

La dame n'a pas participé par la suite aux rencontres du comité. En raison de ces absences répétées, Mme Berthold explique avoir demandé au bureau d'arrondissement qu'on trouve quelqu'un d'autre, tout en lui faisant part de ses craintes quant aux allégeances de cette citoyenne. Elle affirme avoir essuyé un refus de la présidente de l'arrondissement, trois mois plus tard.

Une responsabilité des arrondissements

Danielle Berthold rappelle que ce sont les arrondissements de la ville qui ont la responsabilité de recommander les citoyens, qui siègent bénévolement à ces comités. Je n'ai aucun droit de regard sur qui fait partie du comité de sécurité publique. À ce moment-là, on prend pour acquis que le travail a été fait.

Est-ce que j'aurais pu pousser encore plus? Moi, je travaillais avec les informations que j'avais, je ne surveille pas les Facebook et les Twitter de ce monde à savoir si les membres des comités de Sherbrooke sont enlignés.

Danielle Berthold, conseillère municipale et présidente du comité de sécurité publique

Néanmoins, le comité que préside Danielle Berthold avait la possibilité de destituer un membre qui ne respecte pas le code de conduite en vigueur, à la suite d'un vote tenu lors d'une séance du comité. Toutefois, Mme Berthold explique qu'il n'y a pas eu de rencontre après le mois de septembre.

Règles de conduite des membres d'un comité

Respecter les valeurs de la Ville en matière d’éthique, soit : l’intégrité, la prudence dans la poursuite de l’intérêt public, le respect envers les autres membres, les employés de la Ville et les citoyens, la loyauté envers la Ville, la recherche de l’équité et l’honneur rattaché aux fonctions de membre.

Source : Ville de Sherbrooke

C'est d'ailleurs ce que l'élue entend mettre en oeuvre lors de la prochaine rencontre, qui aura lieu le 9 février. Elle soutient également qu'elle va recommander à la sécurité publique que le profilage soit obligatoire.

Si elle ne démissionne pas, elle sera jugée par ses pairs parce que c'est eux qui ont à voter si on la garde ou pas, et elle sera destituée, conclut Danielle Berthold.

Doit-on revoir nos politiques? Est-ce que les gens qui siègent sur le comité ne sont pas assez encadrés? C'est possible. Ce sera à faire.

Danielle Berthold, conseillère municipale et présidente du comité de sécurité publique

Aucune information critique transmise

Le Service de police de Sherbrooke reste très préoccupé par la situation, et affirme qu'une enquête a été ouverte. La Ville explique qu'elle attend les résultats de cette enquête avant de commenter.

Danielle Berthold assure toutefois que la citoyenne n'a assisté qu'à deux rencontres du comité, soit celles des mois de mai et de juin, et qu'elle n'a pas eu accès à des informations privilégiées.

Soyez assurés que cette personne n'a jamais eu accès à des informations sensibles et que ça n'a pas mis en cause la sécurité des citoyens de Sherbrooke, jamais.

Danielle Berthold, présidente du comité de sécurité publique de Sherbrooke

Elle rappelle également que les citoyens bénévoles ne prennent pas part aux décisions au jour le jour quant à la sécurité publique dans la municipalité. 

Des théories qui peuvent mener à la violence

Selon la directrice du Pôle médias de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violent, Marie-Ève Carignan, les théories du complot ne doivent pas être prises à la légère par les organisations.  

Elle fait d'ailleurs une distinction entre le partage de fausses nouvelles et le partage de contenu complotiste. 

Les thèses complotistes peuvent inciter à la haine et à la violence parce que c'est un genre de cercle vicieux. Plus on embarque dans un discours complotiste et plus on se met à creuser, et éventuellement, on peut se retrouver très engagé dans cette route qui à la fin, partage souvent des discours violents, décrit-elle.

Elle souligne que les théories complotistes, qui sont très nombreuses à circuler sur les réseaux sociaux, entraînent une importante adhésion chez ceux qui s'y intéressent. 

Il suffit d'une personne pour qu'un incident violent et désolant se produise. On l'a vu au Capitole et ça pourrait arriver ici aussi.

Marie-Ève Carignan, directrice du Pôle médias de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violent,

Marie-Ève Carignan souligne qu'avec l'essor que prennent présentement les théories complotistes, plusieurs organisations évaluent comment intervenir.

Ils se demandent quoi faire avec leurs membres qui représentent leurs intérêts, leur professionnalisme. Chacun doit tracer sa limite. La réflexion est toujours entre la liberté d'expression et l'atteinte à la réputation de l'ordre professionnel ou de l'organisation auquel cette personne est rattachée, conclut-elle.

Avec les informations d'Alexis Tremblay

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