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Les chirurgies esthétiques se poursuivent au privé pendant que les hôpitaux craquent

Facile d'obtenir une opération non urgente dans le privé. Québec solidaire demande de réquisitionner le personnel par décret.

Un chirurgien plastique portant des gants trace des lignes sur le corps d'une autre personne.

Québec solidaire a facilement obtenu des rendez-vous pour des chirurgies non urgentes.

Photo : iStock

Pendant que le réseau public souffre du manque de lits et de personnel, il est possible de se faire refaire les fesses « à la brésilienne » dans un délai de quelques jours, en clinique privée. Québec solidaire (QS) trouve anormal d'avoir obtenu facilement des rendez-vous pour des opérations non urgentes et demande que le privé contribue « à l'effort de guerre ».

Le leader parlementaire de QS et porte-parole en matière de santé Gabriel Nadeau-Dubois demande la réquisition et l'intégration par décret des cliniques privées au réseau public, le temps de la crise.

Qu'on les compense financièrement, mais qu'on les mette au pas, dit-il. QS réclame l'utilisation du personnel, du matériel et des espaces des cliniques privées.

Pendant qu'on se demande si on va débrancher des patients, on fait des chirurgies plastiques. C'est inacceptable!

Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire de QS et porte-parole en matière de santé

La situation est critique dans la majorité des hôpitaux de la province et le délestage s'intensifie ces derniers jours, en raison du manque de lits aux soins intensifs, mais surtout du manque de personnel. Quelque 7514 travailleurs du réseau de la santé sont absents pour diverses raisons, dont la COVID-19.

Le réseau se prépare même à la possibilité de trier les patients qui pourront ou non être soignés.

Les infirmières du réseau public sont débordées et ne supportent plus les longues heures supplémentaires obligatoires. Sur les 73 000 infirmières québécoises, 8,7 % travaillent dans le privé, soit 6351, dont 1228 en clinique médicale privée.

Ces derniers mois et années, de nombreuses infirmières ont quitté leur poste dans le réseau public pour rejoindre des cliniques ou des agences privées.

Des rendez-vous faciles pour des chirurgies au privé

Gabriel Nadeau-Dubois.

Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire de Québec solidaire et porte-parole en matière de Santé

Photo : Radio-Canada

Jeudi, l'équipe du député et des proches ont appelé différentes cliniques afin d'obtenir des rendez-vous pour des chirurgies non urgentes.

À la clinique médicale d'esthétique Bisson, à Montréal, certaines opérations de chirurgies sont faisables dès le 20 janvier :

  • Augmentation mammaire (7500 $ + taxes)
  • Augmentation des fesses « à la brésilienne » (7500 $ + taxes)
  • Liposuccion (3000 à 3500 $ + taxes)

À Rockland MD, de Ville Mont-Royal, une chirurgie d'ablation des hémorroïdes est possible d'ici deux semaines, moyennant 3500 $, sans risque que le rendez-vous soit déplacé à cause de la COVID-19, a indiqué la clinique.

À la Clinique médicale Lacroix, à Québec, il a été possible d'obtenir une opération du poignet le 16 février. L'établissement a répondu qu'il n'y avait pas de risque que le rendez-vous soit déplacé à cause de la COVID-19, sauf si le gouvernement nous l'interdit.

Encore une fois, la clinique a indiqué à une fausse cliente qu'il n’y avait aucune raison que ça se fasse annuler ou retarder, à moins que le gouvernement nous dise qu’on ne peut plus en faire.

Certaines cliniques privées offrent même des promotions pour attirer les clients durant le mois de janvier, a découvert Radio-Canada. C'est le cas d'Innova Medic, à Longueuil, pour des opérations des lèvres, des cernes ou des rides.

Il ne devrait pas y avoir d’infirmières dans les centres privés.

Dr François Marquis, chef des soins intensifs de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le 13 janvier, à l'émission Le 15-18

C'est cette déclaration du Dr Marquis qui a donné l'idée à Québec solidaire de faire cette petite enquête.

Québec étudie toutes les options

Le ministère de la Santé a déjà pris des mesures. Des centaines d'infirmières de GMF ou de CLSC ont été réaffectées vers les urgences des hôpitaux.

Le cabinet du ministre de la Santé indique qu’il prendra tous les moyens pour réduire la liste d’attente en chirurgie. Au total, 140 000 Québécois sont sur une liste d'attente pour une opération.

Nous avons réalisé déjà 22 ententes signées pour la chirurgie, ce qui nous a permis de réaliser plus de 16 000 chirurgies en cliniques médicales spécialisées jusqu’à ce jour, en plus des chirurgies qui avaient repris graduellement depuis le mois de mai à travers le Québec, explique par exemple l'attachée de presse du ministre Marjaurie Côté-Boileau.

Depuis l'automne, des établissements de santé ont aussi confié au privé la prestation de chirurgies d’un jour et la location de blocs opératoires afin de contenir les listes d’attente qui ont explosé en raison de la pandémie.

Des contrats de gré à gré d’une valeur totale de plus de 82 millions de dollars ont ainsi été conclus. Mais ce n'est pas suffisant, selon Québec solidaire.

Le gouvernement doit mettre ses culottes, dit Gabriel Nadeau-Dubois. Il faut tout faire pour éviter le triage avancé et c'est une solution. On est en train de faire un effort de guerre.

Le ministère de la Santé a précisé en fin de journée, vendredi, que c'est à la direction nationale de la santé publique de décider s'il faut fermer ou pas les cliniques d'esthétique.

Le Collège des médecins demande la fermeture

Le Collège des médecins demande que les cliniques de médecine esthétique cessent leurs activités jusqu’à nouvel ordre. Il l’avait déjà exigé au printemps.

Le Collège des médecins est d'avis que cette position prévaut encore plus alors qu'un couvre-feu est en vigueur et que le protocole de triage pourrait être mis en application.

L'idée de Québec est mauvaise, affirme pour sa part Simon-Pierre Landry, médecin à l'urgence à l'hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, et ce serait difficile légalement de faire ça.

Il propose plutôt de faire le plus de chirurgies possible avec un financement public, mais dans ces entreprises privées. Le médecin cite l'exemple des chirurgies orthopédiques, qui pourraient soulager le réseau des hôpitaux.

Quant au Dr Gilbert Boucher, président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec, il rappelle que le personnel des cliniques privés n'a pas toujours l'expertise nécessaire : « Si une infirmière qui fait de l'augmentation mammaire se présente à l'urgence demain, avec nous, elle ne sera pas très très utile. »

Avec la collaboration de Nahila Bendali, Daniel Boily, Alex Boissonneault, Marie-Michelle Lauzon et Vincent Maisonneuve.

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