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Devrait-on retirer aux tueurs en série le droit de demander une liberté conditionnelle?

Deux images d'un homme barbu tenant une affiche sur laquelle on peut lire l'année 1987.

La chasse à l'homme pour trouver Allan Legere en 1989 a duré 201 jours, pendant lesquels le condamné pour meurtre a tué quatre personnes supplémentaires.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le tueur en série Allan Legere pourra redemander une semi-liberté dans un an. Certains se demandent si la loi pourrait être modifiée afin d'éviter qu'il ne parvienne un jour à sortir de prison.

À l'issue d'une audience à Edmonton mercredi, la Commission des libérations conditionnelles du Canada a rejeté la demande de l'homme de 72 ans, surnommé « le Monstre de la Miramichi ».

L'homme coupable de cinq meurtres dans la région de Miramichi dans les années 80 souhaitait purger le reste de sa peine dans la collectivité, à Fredericton, plutôt qu'à l'établissement à sécurité maximale d'Edmonton.

Il a affirmé lors de l'audience qu'il avait demandé une semi-liberté de jour, à laquelle il est admissible depuis 2012, puisqu'il savait que la libération conditionnelle totale, à laquelle il est admissible depuis 2015, lui serait refusée.

Bien que les commissaires Amy Agar et Delaine Dew ne lui aient accordé aucun des deux types de mise en liberté sous condition, elles ont rappelé qu'il avait toujours le droit de présenter une nouvelle demande de semi-liberté de jour dans un an, en vertu de la loi.

Elles ont aussi souligné que son dossier sera examiné à nouveau automatiquement en vue d'une liberté conditionnelle totale dans cinq ans.

Puisqu'Allan Legere a été condamné à une peine indéterminée, il n’est pas admissible à une libération d’office. Même s'il était un jour libéré, il resterait supervisé par Service correctionnel Canada pour le reste de sa vie.

Des changements demandés à la loi

La communauté de la région de Miramichi a exprimé son soulagement mercredi, après avoir appris que l'homme qui a semé la terreur en 1989 allait rester en prison pour au moins une autre année.

Il n'aurait même pas dû pouvoir se présenter pour une audience, a déclaré une conseillère municipale de Neguac, Albertine Savoie, mercredi.

Durant l’une des plus longues chasses à l’homme de l’histoire du pays, l'évadé se cachait dans les forêts environnantes de Miramichi en volant de la nourriture pour survivre. Il a commis quatre meurtres durant cette période, des agressions physiques et sexuelles et des incendies.

Selon un ancien agent correctionnel, ce processus de libération conditionnelle fait partie de la tentative du délinquant pour obtenir un transfert vers un établissement de sécurité inférieure. À mon avis, Allan Legere ne devrait jamais être dans un établissement de niveau inférieur à la sécurité maximale, a déclaré John Harris, ancien directeur de Service correctionnel Canada, alors que Legere était détenu à Renous au Nouveau-Brunswick, entre 1986 et 1989.

Un député fédéral conservateur, Rob Moore, estime que des changements à la loi devraient être envisagés pour éviter que les victimes ou leurs proches aient constamment à s'opposer à la libération des tueurs en série.

Chaque fois que ces audiences de libération conditionnelle ont lieu, cela fait remonter les blessures des victimes et de la communauté, a-t-il déclaré depuis sa circonscription de Fundy Royal au Nouveau-Brunswick.

M. Moore rappelle par ailleurs que le gouvernement de Stephen Harper avait déjà réussi à resserrer le système de libération conditionnelle. Cependant, ce changement juridique n'est pas rétroactif à des cas antérieurs comme celui de Legere. De plus, le plus haut tribunal du Québec a statué en novembre que le fait de priver les tueurs en série de leur droit à la libération conditionnelle pendant plus de 50 ans est inconstitutionnel.

M. Harris croit que la loi fédérale devrait être modifiée pour donner à la Commission des libérations conditionnelles plus de latitude dans sa décision d'examiner ou non une demande.

Il ne devrait plus être admissible à une libération conditionnelle, a déclaré l'ancien agent correctionnel de 71 ans, en faisant remarquer qu’il est difficile d’évaluer si le détenu dit la vérité en raison de ses manipulations et traits pathologiques.

Des meurtres violents durant une cavale de 201 jours

Allan Legere avait été initialement condamné à perpétuité pour le meurtre d’un propriétaire de dépanneur en juin 1986. L’homme de 66 ans, John Glendenning, avait été battu à mort. Sa femme avait été violée puis elle aussi battue avant d’être laissée pour morte.

Le meurtrier avait été incarcéré à la prison à sécurité maximale de Renous, mais s'était échappé en mai 1989 lors d’une visite médicale à l’Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton. Escorté par des gardiens, il avait demandé d’aller aux toilettes, mais en était ressorti quelques secondes plus tard libéré de ses menottes et de ses chaînes aux pieds. Brandissant une antenne de télévision en guise d’arme blanche, il avait réussi à s’enfuir de ses gardiens, avant de prendre en otage une conductrice qui sortait du stationnement.

Quelques semaines après son évasion, il a tué sa deuxième victime, une propriétaire de magasin âgée, Annie Flam. Le corps de la dame de 75 ans avait été retrouvé dans sa maison incendiée. Sa belle-soeur, Nina Flam, a survécu aux flammes et à une violente agression physique et sexuelle.

Le meurtrier et pyromane, toujours en fuite en octobre 1989, a commis l’irréparable une nouvelle fois dans la région de Miramichi. Les corps meurtris des sœurs Donna et Linda Daughney, âgées de 45 et 41 ans, avaient été retrouvés dans leur maison incendiée. Les deux femmes avaient été agressées sexuellement et battues si sauvagement qu’elles étaient méconnaissables.

Un mois plus tard, peu de temps avant son arrestation, le fugitif a commis son cinquième et dernier meurtre sordide, celui du père James Smith. Le révérend de 69 ans a été battu à mort avant que des paroissiens au presbytère ne découvrent son corps et les murs maculés de sang.

Allan Legere a été intercepté le 24 novembre 1989 après un vol de voiture raté qui a commencé à Saint-Jean, qui s’est terminé à l’extérieur de Rogersville, où la police l’a arrêté dans la cabine d’un semi-remorque.

Avec les informations de Marie-Ève Arsenault, de La Presse canadienne et d'Alix Villeneuve

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