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Ces aînées qui ne font qu'une bouchée de la pandémie

La COVID-19 n'a pas été synonyme de déprime pour Lucie Archambault, Suzanne Wattiez et Francine Deschamps, au contraire. Les trois amies septuagénaires ont dû dire adieu à leur activité favorite, l’aquaforme. Mais, chacune à sa manière, elles ont trouvé une stratégie pour tirer profit de la situation, au lieu d'y sombrer.

Une femme dehors, portant des lunettes de soleil et tenant dans ses mains un cahier noir.

Lucie Archambault tenant fièrement le deuxième tome de L'histoire de ma vie, son autobiographie.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Pour Lucie Archambault, le désennui est passé par l'écriture. Pour Suzanne Wattiez, le bénévolat a été sa planche de salut. Et pour Francine Deschamps, sa tablette électronique et ses cours en ligne lui ont permis de rester en bonne santé mentale. Rencontre avec un trio énergique et proactif.

Écrire, pour embrasser son passé

Lucie Archambault, 72 ans, a toujours aimé écrire. Depuis son plus jeune âge, elle tient des journaux intimes, y note toutes sortes de choses. Elle avait déjà pensé écrire son autobiographie, oui, mais elle n'avait jamais eu le temps ni le courage de s'y mettre.

La crise sanitaire est venue toutefois changer les choses... et Janette Bertrand a su trouver les mots d'encouragement pour la motiver à plonger : C'était à Tout le monde en parle, au tout début de la pandémie. Janette Bertrand a dit : "Les femmes, on a des choses à dire. Écrivez l’histoire de votre vie!" Et je me suis dit : "Ben oui, c'est le temps que je bouge! Je vais faire ça! Allez!"

Elle s'est donc immergée dans ses souvenirs, a fouillé dans ses archives. Elle a retrouvé d'anciens cahiers, dont le journal intime qu'elle tenait lorsqu'elle avait 11 ans, des lettres d'amour aussi.

Presque chaque jour pendant des mois, elle a passé quelques heures à noircir les pages, à la main, dans une calligraphie impeccable. Pour Lucie, pas question d'écrire à l'ordinateur. Pour moi, l'acte d'écrire, c’est important parce que je trouve que ça révèle beaucoup de choses sur la personne. Quand je lis quelqu'un qui a écrit à la main, ça me dévoile une partie de son être et j'aime ça.

Une femme de dos montrant l'intérieur d'un cahier où se trouve un texte écrit à la main.

Francine Archambault écrit à la main son autobiographie, son projet de pandémie.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

« L’infirmière m’a apporté ma petite fille en disant : "Je vous amène votre Catherine." Nous n’avions pas encore choisi son nom. Alors, surprise, je lui ai dit : "Pourquoi vous l’appelez ainsi?" "Parce qu’elle a l’air d’une Catherine" , a-t-elle répondu. Nous avions retenu deux noms de fille : Catherine et Sophie. La remarque de l'infirmière a eu un certain poids dans la balance. Catherine était un bébé magnifique. »

— Une citation de  Extrait de L'histoire de ma vie, l'autobiographie de Lucie Archambault

Deux cents pages plus tard, des chapitres sur sa naissance, son enfance, ses amours, ses enfants et ses petits-enfants sont complétés. Mais elle est loin d'avoir terminé la rédaction. C’est sûr que je vais faire un chapitre sur la pandémie. Peut-être un chapitre sur les voyages que j’ai faits. Je veux aussi peut-être en faire un sur les lectures qui m’ont le plus marquée, un autre sur la musique qui m’a touchée. J'ai encore plein d'idées!

Peut-être qu'un jour, ses filles ou ses petits-enfants seront curieux et voudront lire l'autobiographie de Lucie. Mais cet exercice, elle le fait d'abord pour elle, pour le plaisir. Et il lui apporte beaucoup.

« L’écriture, c’est thérapeutique. Ça m’apporte de la joie. Je ne vois pas un moyen plus fort durant la pandémie pour m’avoir aidée à passer au travers de tout ça. Ça m'a beaucoup aidée. »

— Une citation de  Lucie Archambault, autrice de son autobiographie et aînée

D'une certaine manière, elle est reconnaissante à la pandémie d'avoir ralenti le rythme de tout, de lui avoir donné le temps de prendre son temps, ce qui lui a permis de se lancer dans cette aventure littéraire, son projet de pandémie.

Le reportage de Fannie Bussières McNicoll est diffusé dans le cadre de l’émission L’heure du monde à 18 h à ICI Première. Toute la semaine, l’émission présente la série Tenir le coup. En ces temps de pandémie, comment des citoyens ont-ils changé leur mode de vie et leur façon de voir le monde?

Aider, pour se sentir utile

Suzanne Wattiez a de l'énergie pour 10, comme on dit. Avant que le temps ne se suspende et que tout ne s'arrête, la femme de 76 ans avait un horaire bien plein, peut-être trop plein, avoue-t-elle, débordant de cours, d'implications et d'autres activités.

Malgré la crise sanitaire qui s'étire, Suzanne conserve un moral de fer. Ça va somme toute assez bien. Peut-être parce que j’ai une attitude face à la vie qui fait en sorte qu’au lieu de m'appesantir ce que je perds, j’ai plutôt tendance à me prendre par la main et à me dire de regarder ce qu'il me reste pour pouvoir en tirer profit, dit-elle.

Elle donnait depuis déjà plusieurs années du temps à des organisations, comme Héma-Québec. Mais la pandémie lui a donné l'occasion de consacrer davantage de temps au bénévolat. Après une brève pause, des mesures sanitaires strictes ont été mises en place, ce qui a permis à Suzanne et à d’autres aînés de se sentir en sécurité et de s'investir complètement dans cette activité.

Une femme dans un parc, en hiver

Suzanne Wattiez a décidé d'aborder la pandémie de manière positive et d'en tirer le plus possible, notamment en se lançant à plein régime dans le bénévolat.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

« J’aime ça avoir l’impression d’être utile, de faire une différence. J’aime ça pouvoir faire ma petite part, faire avancer un peu les choses. Et, en plus, je me fais du bien à moi. Parce que ça me fait du bien de sortir, de rencontrer des gens. C'est une situation gagnant-gagnant. »

— Une citation de  Suzanne Wattiez, bénévole et aînée

Et elle donne ce conseil aux aînés qui se sentent impuissants, engloutis par le marasme Il faut se demander : "Qu'est-ce que j'ai toujours voulu faire, mais que je n'ai jamais pris le temps de faire?" Bien voilà! C'est le temps de s'y mettre! Il ne faut pas se laisser avoir, il faut demeurer actif, trouver sa place et prendre sa place dans la société en tant qu'aînés. Je pense que chacun finit par trouver la sienne, ajoute-t-elle.

Apprendre, pour se sentir en vie

Francine Deschamps a enseigné longtemps. Toute sa vie, elle a évolué dans le savoir, valorisé la connaissance et adoré les arts. Avant le grand bouleversement, elle suivait des cours à l'Université du troisième âge, associée à l'Université de Sherbrooke, participait à un club de lecture, sortait au théâtre et à l'opéra. Quand tout a arrêté, c'était comme si on m'avait coupé les jambes. J'étais en grand désarroi. Mes repères avaient tous disparu.

L'inconnu lui faisait peur. Elle s'est retrouvée plongée de force dans l'isolement et la solitude. Ses deux fils étaient présents... à distance et tentaient de la calmer. Mais c'est l'arrivée des cours et des conférences en ligne des Belles Soirées de l'Université de Montréal qui ont rallumé sa joie de vivre. C'était un grand bonheur! C'était ma résurrection, ma renaissance. Ça remplit mes journées. Apprendre, comprendre, faire des liens, échanger, c'est la nourriture pour l'esprit et pour le cœur.

La clé de cette transition réussie vers le monde en ligne? Sa tablette électronique, reçue en cadeau, par un beau hasard, à Noël l'an dernier, peu avant le début de la crise.

Une femme tenant entre ses mains une tablette électronique.

Francine Deschamps tient entre ses mains sa précieuse tablette électronique, qui lui a permis de rester connectée avec l'extérieur et d'avoir accès à des cours et des conférences, malgré les contraintes sanitaires.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

« Ma tablette, elle s'est transformée en appareil vital, j'irais jusqu'à dire ça. Elle m'a permis de me brancher aux cours, aux concerts, au théâtre, au club de lecture. Tout ce que je vivais habituellement en présentiel, les arts, la culture, la connaissance, j'y ai accès en virtuel. Et ça remplit ma vie! »

— Une citation de  Francine Deschamps, étudiante et aînée

Ce monde virtuel de substitution, cette vie sociale en ligne, lui ont permis de s'accrocher à qu'il y a de vivant, à ce qu'il reste d'espoir, explique-t-elle, dans ces mots poétiques. Francine reconnaît que sans cet accès au monde extérieur depuis son appartement, elle aurait pu sombrer profondément dans la tristesse, dans le désespoir même. Ça aurait été un malheur. Parce que c'est sec, la pandémie, pour des gens qui ont besoin de beauté et de partage.

Trois aînées, trois stratégies, la même sagesse

Ces trois femmes ont une force intérieure qui a de quoi impressionner et inspirer. Chacune à sa manière, elles ont su tenir le coup. Et utiliser leur âge comme une force plutôt que comme une faiblesse, comme le résume Suzanne Wattiez avec sagesse.

« Toutes les trois, on a beaucoup de vécu. Ça nous a permis, je crois, de réaliser que parfois, il arrive des événements malheureux, mais comme disait l'autre "tout passe, tout casse et tout lasse". Oui, sur le coup, c'est difficile. Mais on s'en sort. La vie est plus forte que tout. Elle reprend toujours son cours. Et quand on peut se rappeler de ça, ça nous aide à passer au travers de ce qu'on vit en ce moment. »

— Une citation de  Suzanne Wattiez, bénévole et aînée

Même si elles font tout pour prendre la vie avec philosophie ces temps-ci, les trois amies n'ont qu'une envie : se retrouver à la piscine, pour nager, discuter de façon animée, se serrer dans leurs bras, bref, retrouver une certaine normalité.

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