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Envoyée spéciale

« J’ai contribué à changer le rouge en bleu! »

Dix jours après les élections sénatoriales, on sent toujours l’euphorie dans certains quartiers d’Atlanta, où la victoire démocrate est vécue comme une fierté collective, un baume dans une ville où la COVID-19 ne fait pas de quartier.

Un homme qui porte une casquette des Braves d'Atlanta sourit.

Frederic Watts, 64 ans, est retraité de l'aéroport d'Atlanta, où il travaillait à l'entretien ménager.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il est assis sur un banc et il goûte le soleil. Il sourit. Il a l’air bien. Il s’appelle Frederic Watts, il a 64 ans. Il est retraité de l'aéroport d'Atlanta, où il travaillait dans l'entretien ménager.

Je lui demande s’il a voté aux élections sénatoriales, début janvier. OH F*** Yeah. Un gros mot qui exprime la joie. Je suis un homme noir en Amérique. J’ai contribué à changer le rouge en bleu! C’est pas beau, ça?

Il n’attend visiblement pas de réponse à sa question rhétorique et m’explique que Red, les rouges, la couleur du Parti républicain, c’est pour Rednecks, ce qu’on pourrait traduire, littéralement, par nuque rouge, donc un Blanc de la campagne un peu rustre.

Depuis l’élection je me sens, comment dire? Exubérant, dit-il. Oui, exubérant. Il rit.

Il faut dire que les gains sénatoriaux faits en Georgie ont donné rien de moins que le contrôle du Sénat aux démocrates, ce qui change tout pour le pays en entier qui avait les yeux rivés sur la décision des électeurs de cet État.

Nous sommes dans le quartier Little Five Points d’Atlanta. C’est un endroit sympathique, un peu bohème, qui offre une sorte d’oasis à l’humanité dans cette ville qui est une succession affolante de sorties d’autoroutes, de centres d’achats et de béton. Mais ici, il y a des cafés, des boutiques, des gens qui se parlent et prennent un café.

Un couple se tient debout à l'entrée d'un commerce.

« Ça me rend fier. Ce n’était pas gagné et le vote des jeunes a vraiment fait une différence. Il y a eu beaucoup de travail pour inciter les gens à voter », dit le coiffeur Eric Forbes (à gauche), accompagné de sa copine Veronika Noriega.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Eric Forbes, coiffeur, est venu saluer sa copine Veronika Noriega qui lance une nouvelle collection de vêtements dans sa boutique. Ils sont aussi enchantés qu’un pasteur noir et un jeune homme juif aient damé le pion aux deux candidats républicains au Sénat, mais plus encore, ils s’enorgueillissent que la Georgie ait voté pour Joe Biden aux élections américaines du 3 novembre.

Ça me rend fier. Ce n’était pas gagné et le vote des jeunes a vraiment fait une différence. Il y a eu beaucoup de travail pour faire sortir le vote.

Tennison Man Wong, lui, n’a pas voté. Pas le temps. D’autres problèmes à régler. Il a 34 ans et ne sait pas où il dormira ce soir. Depuis mars dernier, celui qui travaillait dans les cuisines de restaurants n’a plus d’emploi, plus d’argent. Il a faim et se demande bien comment il va s’en sortir. J’attends le chèque du gouvernement fédéral, dit-il dignement.

Depuis quelques mois, il y a de plus en plus de sans-abri dans le quartier, raconte Donald Johnson, qui connaît bien le quartier. Moi, la politique, je commence à en avoir assez. Qu’ils arrêtent leurs enfantillages, qu’ils arrêtent de se chicaner et qu’ils fassent quelque chose pour aider les gens!

Donald pointe des commerces fermés, des locaux vacants, des jeunes qui n’ont visiblement nulle part où aller. Les gens ont faim, la COVID-19 a fait des ravages. Les banques alimentaires dans le coin sont débordées. Mais qui donne à manger aux pauvres ici? Les églises, mais elles ne peuvent pas prendre en charge autant de nouveaux pauvres!

Dieu et la COVID-19

Au bulletin de nouvelles locales, un journaliste annonce que les nouvelles sont mauvaises.

Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) publie un nouveau rapport. Atlanta, une ville de 500 000 habitants, compte l’une des proportions les plus élevées aux États-Unis de complications en cas d’infection à la COVID-19.

M. Watkins est debout entre deux corbillards.

« J’ai prié pour remercier Dieu de nous avoir donné Biden et Harris », a confié Willie Watkins, propriétaire d'une maison funéraire dans l'ouest d'Atlanta.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans l’ouest de la ville, la maison funéraire de Willie Watkins, une véritable institution dans le quartier, est bondée. L’ancienne demeure coloniale a abrité des morts célèbres.

En 2020, la maison s’est chargée des funérailles de John Lewis, compagnon de route de Martin Luther King dans la lutte pour les droits civiques. Willie Watkins est un personnage respecté, respectable et très croyant.

Depuis mars dernier, le nombre de morts ne cesse d’augmenter. Trente pour cent de plus que l’an dernier, précise-t-il, mais il demeure calme. J’ai confiance en Dieu. Il nous a envoyé la COVID-19 pour une raison. Il sait ce qu’il fait.

Dans le corridor du salon funéraire, on voit une photo encadrée de Watkins avec Michelle et Barack Obama. Je lui demande s’il est heureux du résultat des élections en Georgie, où Joe Biden l’a emporté par une mince majorité, une victoire historique, dans la mesure où cet État votait pour les républicains à la présidence depuis 1992.

J’ai prié pour remercier Dieu de nous avoir donné [Joe] Biden et [Kamala] Harris. Avez-vous prié pour que Donald Trump perde? Non, mais j’ai prié pour le remercier pour sa défaite.

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