•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Audience du CRTC : l'importance du devoir de réserve des journalistes

Vue en contre-plongée de la nouvelle Maison de Radio-Canada, le 11 février 2020.

CBC/Radio-Canada a aussi expliqué au CRTC le travail qui est fait afin de mieux refléter la diversité canadienne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les journalistes de CBC/Radio-Canada ont un devoir de réserve et doivent respecter les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de la société d'État pour assurer la confiance du public, a indiqué la directrice de l'information de Radio-Canada, Luce Julien, en cette quatrième journée d'audience du CRTC.

La mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter (BLM) ont mené à un important débat au sein des salles de nouvelles de Radio-Canada et de CBC. Par exemple, la Guilde des médias, le syndicat représentant une partie des journalistes de la société d'État, réclame une véritable révision des NPJ.

Des journalistes noirs ont dit qu'ils ne pouvaient pas dire "Black Lives Matter" ou participer à une manifestation de BLM, parce qu'ils craignent de perdre leur emploi, a soutenu la conseillère du CRTC pour la Colombie-Britannique et le Yukon, Claire Anderson.

C'est presque déshumanisant si c'est le cas, a ajouté celle qui est la première femme autochtone nommée au CRTC. Des journalistes [...] se sentaient muselés par les NPJ. Elle a notamment cité l'exemple d'une animatrice qui a quitté son poste à la radio de CBC (Nouvelle fenêtre) parce qu'elle ne pouvait pas s'exprimer sur les enjeux qui lui tenaient à cœur.

Le rédacteur en chef de CBC News Brodie Fenlon a expliqué que l'enjeu est très complexe, parce qu'on est dans une zone grise et que des consultations sont en cours afin de répondre à ces préoccupations.

La perception de biais est une de nos grandes préoccupations, a-t-il répondu. Nous sommes en train d'avoir cette discussion [...] On veut établir des lignes plus claires sur ce qu'on veut dire lorsqu'on dit qu'on ne peut pas exprimer notre point de vue sur des questions qui font l’objet d’un débat public.

Son homologue à Radio-Canada, la directrice de l'information Luce Julien, a expliqué pour sa part que les NPJ sont là pour préserver la confiance du public Dès qu'il y a une perception d'un biais chez un journaliste, les citoyens sont mal à l'aise, a-t-elle affirmé.

Ce qui est le plus important c'est que [nos journalistes] se sentent totalement inclus et sentent qu'ils peuvent grandir à Radio-Canada, couvrir les sujets, les enjeux qu'ils souhaitent couvrir, mais ce n'est pas par le biais des NPJ qu'on va réussir ça, a ajouté Mme Julien.

Pensez-vous que la confiance envers le diffuseur public peut être affectée si les journalistes se disent censurés?, a rétorqué la conseillère Anderson.

La directrice de l'information a rappelé qu'être un journaliste c'est un peu comme être un juge. On choisit ce métier-là pour traiter des faits, faire de l'analyse et avoir un devoir de réserve, dit-elle. C'est important pour garder la confiance du public que nos NPJ soient bien respectées.

M. Fenlon a pour sa part expliqué qu'un groupe de travail se penche aussi sur la couverture des dossiers policiers. Ce n'est pas un problème des NPJ, mais on se demande si on donne trop de crédit à la police lorsqu'un couvre un événement qui implique la police et les communautés racisées, a-t-il expliqué.

Les NPJ

Les Normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre) guident Radio-Canada et CBC en ce qui concerne l'exactitude, l'intégrité, l'équité, l'impartialité et l'équilibre des activités journalistiques. Elles prévoient notamment que les journalistes ne défendent pas un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public.

Diversité : encore du chemin à faire

Radio-Canada/CBC a aussi expliqué longuement au CRTC le travail qui est fait afin de mieux refléter la diversité canadienne pour représenter trois groupes : les Autochtones, les minorités visibles et les personnes handicapées.

On est encore loin d'être complètement représentatif de la population canadienne, dit le vice-président, Personnes et culture, Marco Dubé. Nous avons mis beaucoup d'efforts sur l'embauche de nouveaux employés avec des cibles très agressives pour rattraper le retard que nous avons.

Le diffuseur public s'est fixé en juin dernier l'objectif que la moitié de toutes les nouvelles embauches à des postes de cadres dirigeants et supérieurs se fera auprès des trois groupes ciblés.

Mais l'embauche n'est pas le seul enjeu, a expliqué la PDG, Catherine Tait. Elle a expliqué que les employés issus des minorités sentaient qu'ils n'étaient pas suffisamment pris en compte relativement aux promotions. CBC/Radio-Canada s'est donc aussi engagée à doubler les taux de rétention et de promotion des membres de ces groupes.

La diversité est aussi une priorité au sein des salles de nouvelles, a indiqué la direction du diffuseur.

La directrice générale de CBC News, Susan Marjetti, a affirmé que la cible d'embauche de 50 % n'est pas uniquement pour la direction, mais pour tous les employés des nouvelles, des affaires publiques et des nouvelles locales. Et au cours des neuf derniers mois, cette cible a été dépassée.

Pour sa part, la directrice de l'information de Radio-Canada, Luce Julien, a expliqué que lutter contre les stéréotypes était une préoccupation centrale dans tous nos reportages.

Ça fait partie du mandat que les journalistes ont de défendre en quelque sorte la justice sociale, pas de devenir des activistes militants, mais on s'entend, tout ce qui est racisme, injustice, pauvreté, c'est notre rôle comme chien de garde de faire surgir toutes les problématiques.

Radio-Canada/CBC tient à l'EXTRA de TOU.TV

Par ailleurs, n'en déplaise aux critiques, la section payante du site de TOU.TV est nécessaire afin d'offrir une alternative francophone à Amazon et Netflix, a pour sa part expliqué Michel Bissonnette, le vice-président principal de Radio-Canada.

Parmi ceux qui s'opposent à ce service, Québecor a été très critique et a demandé au CRTC de ne pas fermer les yeux sur le fait que les Canadiens qui s'abonnent à TOU.TV EXTRA se retrouvent à payer deux fois le contenu, avec l'abonnement et leurs impôts.

La société québécoise soutient que le diffuseur devient un accélérateur de déclin du reste de l'industrie.

Michel Bissonnette, en réponse à des questions du CRTC, a expliqué que l'abonnement de 6,99 $ par mois n'est pas là pour enrichir un actionnaire, mais les revenus sont à 100 % réinvestis en contenu canadien [qui est] de plus en plus coûteux.

Il a aussi expliqué que l'EXTRA est un endroit où on peut avoir des primeurs, pour ceux qui veulent écouter [des émissions] en rafale et sans publicité.

Ces séries seront par la suite sur ICI TÉLÉ et en rattrapage dans la section gratuite de TOU.TV, a-t-il ajouté. On retrouve aussi l'ensemble des anciennes saisons d'une émission. On doit libérer les droits pour donner accès à ce catalogue qui est immense, et c'est ce qui justifie le prix.

L'audience plus longue que prévu

La portion réservée à CBC/Radio-Canada pendant l'audience devait se terminer aujourd'hui afin de laisser place aux autres intervenants, dont la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

Les conseillers du CRTC vont toutefois poursuivre leurs questions vendredi, et les autres interventions ont été repoussées à la semaine prochaine.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !