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La police de Thunder Bay veut exclure des vidéos d’une enquête sur la mort d'Autochtones

Le quartier général du Service de police de Thunder Bay.

Le Service de police de Thunder Bay a déposé un avis de motion pour exclure certaines images de sécurité de l'enquête sur le décès de Don Mamakwa et de Roland McKay.

Photo : CBC/Marc Doucette

Radio-Canada

Les avocats de la police de Thunder Bay tentent de faire en sorte que les vidéos montrant un homme autochtone traîné à l'intérieur d'un poste de police soient exclues d'une enquête du coroner sur la mort de deux autres autochtones, car il s'agit de cas distincts.

Cet article contient des propos et des vidéos qui pourraient choquer certains lecteurs.

Les images en question montrent comment les agents de la police de Thunder Bay ont traité Dino Kwandibens, membre de la Première Nation de Whitesand, pendant sa détention au poste de police le 2 août 2014.

La même nuit, Don Mamakwa, 44 ans, de la Première Nation de Kasabonika, a aussi été arrêté pour intoxication publique. Il a été retrouvé mort par la suite dans sa cellule.

Portrait de Dino Kwandibens.

Dino Kwandibens, de la Première Nation de Whitesand, a été arrêté et détenu au poste de police de Thunder Bay la même nuit que Don Mamakwa, le 2 août 2014.

Photo : Sargent & Son Funeral Chapel

Par l'intermédiaire de leur conseiller juridique, la chef de la police de Thunder Bay et plusieurs agents ont déposé un avis de motion pour exclure la vidéo, arguant que les images ne sont pas pertinentes et sortent du cadre de l’enquête sur la mort de Don Mamakwa et de Roland McKay.

M. McKay, de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug, est également décédé alors qu’il était sous la garde du Service de police de Thunder Bay (SPTB), le 20 juillet 2017.

Le Service de police de Thunder Bay dit que le traitement réservé à M. Kwandibens est une question distincte impliquant deux officiers qui n'avaient aucun contact avec Don Mamakwa la nuit de sa mort.

Le Palais de justice de Thunder Bay.

Une motion était entendue jeudi matin par vidéoconférence afin de savoir si les images de l'expérience de Dino Kwandibens en détention seront incluses dans l'enquête Mamakwa-McKay.

Photo : CBC/Marc Doucette

Le service de police dit que la vidéo est incendiaire et que son inclusion dans la procédure porterait indûment préjudice à la réputation du service.

Le Service de police de Thunder Bay reconnaît qu'il y avait un agent, identifié comme l’agent Tackney, qui était présent pour l’incarcération de Dino Kwandibens et de Don Mamakwa.

Dans une requête distincte, l'avocat de l'agent Neal Soltys, Daniel Gunn, soutient que la vidéo devrait être exclue, car elle n'aide pas à répondre aux questions posées par l'enquête et le comportement de son client a déjà fait l'objet de mesures disciplinaires.

Les familles de Don Mamakwa et de Roland McKay insistent pour que les images soient admises, car elles montrent selon elles comment le racisme policier affecte le traitement des autochtones dans la ville.

Rachel Mamakwa, soeur de Don Mamakwa.

Rachel Mamakwa, sœur de Don Mamakwa et nièce de Roland McKay, affirme qu'il est difficile pour la famille trouver la paix.

Photo : CBC/Marc Doucette

Il s'agit, à mon avis, d'une vision très sérieuse du rôle du racisme dans deux décès d’autochtones, affirme l'avocat de la famille, Julian Falconer.

L'audience par vidéoconférence sur la question a eu lieu jeudi matin.

L'enquête conjointe du coroner est prévue pour le printemps.

L'enquête du coroner

Dans le cadre de la procédure préalable à l'enquête, le coroner qui la dirige, le Dr David Cameron, cherche à admettre les vidéos de surveillance de l'expérience vécue par M. Kwandibens cette nuit-là.

Le coroner soutient que la vidéo aidera le jury d'enquête à mieux comprendre l'attitude des policiers.

Les avocats du coroner ajoutent que les expériences de M. Kwandibens et de M. Mamakwa sont liées.

Ils affirment que la vidéo montre comment les deux hommes ont été traités par les agents avec un non-respect semblable de la politique du Service de police de Thunder Bay, et comment le racisme et les stéréotypes ont pu jouer un rôle dans le décès des deux hommes.

L'enquête tentera aussi de faire la lumière sur la façon dont des personnes soupçonnées d'être intoxiquées ont été évaluées par les premiers intervenants; et s'il était approprié de les placer en détention.

Les vidéos en question

Selon la demande des familles Mamakwa et McKay, qui comprend des descriptions des images en question, M. Kwandibens a été initialement amené au poste de police par l’agent Neal Soltys et l’agent Joynson.

L'agent Soltys a traîné Dino Kwandibens dans une salle et on l’entend prononcer la phrase sac de merde à propos de l'homme, qui gémit bruyamment.

Alors que les agents essayaient de remettre M. Kwandibens sur pied, le policier lui a dit de marcher comme un homme.

Tu t'es saoulé comme un homme, alors lève-toi, dit-il.

Les images montrent l'agent Soltys saisissant Dino Kwandibens par la jambe et le traînant rapidement vers les cellules.

On entend un autre homme, non identifié, dire: Emmerdeur… Petit salaud. Dino Kwandibens heurte une poubelle et sa jambe est également coincée dans la porte.

L'avocat de l'agent Soltys a déclaré que le comportement de son client a été causé par de la frustration lorsqu'il tentait d'aider M. Kwandibens alors qu'il devenait délibérément peu coopératif.

Bien que Dino Kwandibens était en état d'ébriété, à aucun moment les policiers ne lui ont fourni une aide médicale pendant qu'il était en détention, selon les documents soumis par les familles Mamakwa et McKay.

La vidéo montrant le traitement réservé à M. Kwandibens n'a été découverte que des années plus tard par le bureau du coroner alors qu'il examinait les documents pour l'enquête.

Elle a mené l'agent Soltys à plaider coupable de conduite répréhensible en janvier 2020.

Dino Kwandibens est décédé en avril 2016, à l'âge de 50 ans.

Retour sur les affaires Mamakwa et Mckay

Don Mamakwa a été amené au poste de police de Thunder Bay le 2 août 2014.

La police l’a arrêté après l'avoir trouvé ivre à l'extérieur d'une église, où il s'est plaint à la police et aux ambulanciers paramédicaux de difficultés respiratoires, selon sa famille.

Don Mamakwa a demandé aux agents de le conduire à l'hôpital, mais malgré les demandes répétées, il a été ignoré.

Selon les documents soumis en cour, les difficultés respiratoires de M. Mamakwa n'ont pas été signalées dans le rapport d'accusation rempli par l’agent Bailot.

On ajoute qu'il a également été accusé d'avoir menti lorsqu'il a répondu qu'il prenait des médicaments.

Portrait de Don Mamakwa.

Don Mamakwa, membre de la Première Nation Kasabonika, était père de 5 enfants.

Photo : Avec la permission de la famille Mamakwa

Une vidéo de sécurité montre que lorsque Don Mamakwa a dit qu'il ne pouvait pas se lever, l’agent Krupa a répondu: Tu n’es pas un enfant de trois ans. Lève-toi et l'a traîné dans la zone des cellules avec l'aide de l'agent Tackney.

À 3 h 05, Don Mamakwa a été retrouvé sans signes vitaux dans sa cellule.

Malgré la politique du service de police de jeter un oeil sur les prisonniers toutes les demi-heures, aucun policier n'a visité Don Mamakwa pendant plus de cinq heures, selon un rapport de l'Unité des enquêtes spéciales.

Les officiers du Service de police de Thunder Bay ont choisi de le laisser souffrir seul, selon les propos de sa famille.

Marlon Jerry McKay, connu sous le nom de Roland McKay, est également décédé dans une cellule du poste de police de Thunder Bay, le 20 juillet 2017, après avoir été arrêté pour intoxication publique.

Portrait de Roland McKay.

Roland McKay, 50 ans, de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug, était en visite à Thunder Bay pour obtenir des soins de santé en juillet 2017.

Photo : Avec la permission de la famille McKay

Dans un rapport de l'Unité des enquêtes spéciales, le directeur a conclu que la mort de M. McKay était le résultat de son style de vie et peut-être d'autres facteurs génétiques ou médicaux inconnus de la police et des ambulanciers.

L'Unité des enquêtes spéciales est appelée à enquêter sur les cas impliquant des policiers où il y a eu décès, blessures graves ou allégations d'agression sexuelle.

Rachel Mamakwa, sœur de Don Mamakwa et nièce de Roland McKay, a déclaré qu'elle espérait que l'enquête aboutirait à des changements et que la police emmènera les gens à l'hôpital au lieu de les laisser souffrir dans cet endroit horrible.

J'espère que cela ne se reproduira jamais, a-t-elle déclaré. Nous souffrons depuis 2014.

Le racisme systémique

Alors que les avocats du service de police soutiennent dans leur requête d'exclusion de la vidéo qu'il n'y a pas suffisamment de preuves pour suggérer que le racisme, la partialité ou le stéréotype était un facteur de la mort de M. Mamakwa, plusieurs rapports externes dans le service de police de la ville ont suggéré l'existence de racisme systémique.

Un rapport publié en 2018 par l'ancien sénateur Murray Sinclair à propos de la Commission des services de police de Thunder Bay a révélé une série de cas de racisme indéniable, y compris des moqueries publiques, une force excessive et l'humiliation d'individus autochtones, et des décès troublants en détention.

De même, Gerry McNeilly, alors directeur indépendant de l'examen de la police de l'Ontario, a publié un rapport en 2018 dans lequel il disait: Je trouve que le racisme systémique existe dans le Service de police de Thunder Bay au niveau institutionnel.

Avec les informations de CBC

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