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La mort de Marylène Levesque n'a rien changé, déplore une collègue

Marylene Levesque a le haut du corps sorti d'une fenêtre, et la vue derrière elle est une rue de la basse-ville de Québec. Elle a les cheveux blonds et est souriante.

Marylène Levesque vivait au Saguenay, mais elle venait souvent à Québec pour le travail.

Photo : Facebook

Une collègue de Marylène Levesque au salon de massage érotique où elles travaillaient à Québec désespère un an après le meurtre de la jeune femme de 22 ans. Les instances qui ont accepté la semi-liberté du meurtrier tardent à rendre des comptes, ce qui nuit aux changements qui doivent s’opérer dans la société, déplore-t-elle.

Isabelle, prénom fictif, a accepté de nous parler sous le couvert de l’anonymat pour protéger sa vie privée.

Elle a rencontré Marylène Levesque en 2017 au salon de massage qui les employait. Comme d'autres collègues, c’est à cet endroit également qu’elle a fait la rencontre d’Eustachio Gallese, qui a plaidé coupable du meurtre de Marylène Levesque, survenu le 22 janvier 2020.

Gallese a été condamné en 2006 pour le meurtre de son ex-conjointe. Il a obtenu sa semi-liberté — une étape avant la libération conditionnelle — en 2019. Pour une raison qui reste encore à expliquer, son équipe de gestion de cas au Service correctionnel du Canada l’a autorisé à obtenir des services sexuels.

« On a été des tests pour un ex-détenu »

La Commission a demandé que cesse cette stratégie quelques mois plus tard, mais a tout de même reconduit la semi-liberté d’Eustachio Gallese.

Isabelle n’en revient pas encore. Si seulement nous avions été mises au courant. Personne qui connaissait son dossier n’a allumé que ça pouvait être dangereux, dénonce-t-elle. Nous, on a été des tests pour un ex-détenu.

Des lampions, des chandelles, des fleurs, des affiches et des photos dans la neige.

À la suite du meurtre de Marylène Levesque, plusieurs personnes se sont rassemblées devant l'édifice de l'Assemblée nationale pour rappeler que la violence envers les femmes était encore bel et bien présente au Québec.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Il s’est faufilé comme un roi

L’ancienne collègue de Marylène, qui était aussi son amie, assure que personne ne pouvait se douter que Gallese était violent.

Il s’est faufilé comme un roi. On dirait qu’il a trouvé toutes les failles du système, estime Isabelle.

Un an plus tard, malgré le choc et l’anxiété, elle va bien, même si c’est un long processus de guérison.

Je ne suis pas retournée dans un hôtel depuis. Je ne suis pas capable.

Isabelle, nom fictif

Dès le lendemain du drame, le salon de massage a offert aux employées de rencontrer des travailleurs sociaux. Les propriétaires ont ensuite ajouté des outils d’alerte. Un peu comme des boutons de panique pour rassurer et protéger les filles, raconte-t-elle.

Il s'agit de mesures immédiates prises par les propriétaires, qui ne savaient pourtant rien du passé du meurtrier. Isabelle se demande pourquoi le gouvernement fédéral, qui savait, lui, n’est pas encore en mesure d’apporter des réponses concrètes.

Après le drame, j’ai eu espoir que d’anciens commissaires soient rappelés au travail parce qu’ils sont plus expérimentés. Mais ça donne vraiment l’impression que c’est une grosse machine puissante, qui agit lentement.

Image d'archive de véhicules de police et d'un périmètre de sécurité autour de la maison.

Des policiers et enquêteurs sur la scène du meurtre de Chantale Deschênes, survenu à l'automne 2004, à Sainte-Foy. Eustachio Gallese a été condamné en 2006 pour le meurtre de son ex-conjointe.

Photo : Radio-Canada

Pourquoi les réponses tardent?

Tout comme Isabelle, l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ) ne comprend pas pourquoi l’enquête indépendante du Service correctionnel du Canada et de la Commission des libérations conditionnelles n’est pas encore rendue publique.

Quand il y a un événement aussi tragique, l'ensemble des professionnels qui travaillent pour encadrer l’individu en semi-liberté se remet en question. On va se demander ce qui s'est passé. C'est pour ça que le rapport d'enquête est vraiment important. Mais pour le moment, on ne sait rien, fait valoir le directeur général de l’ASRSQ, David Henry.

Plan rapproché de David Henry.

Le criminologue David Henry estime que les détenus qui sortent de prison à la toute fin de leur peine, sans processus de libération conditionnelle, sont plus dangereux pour la société.

Photo : Radio-Canada

M. Henry ne remet pas en question le caractère terrible du meurtre commis. Pour le bien des acquis en réhabilitation sociale au pays, il souhaite cependant que les répercussions de ce drame ne soient pas démesurées.

Il réclame donc des réponses puisqu’un drame comme celui-ci ternit le système des libérations conditionnelles au pays, qu’il estime pourtant sans grande problématique.

Les statistiques parlent. Sur une période de cinq ans, le taux de récidive avec violence chez les personnes en semi-liberté est de 0,1 %, ce n’est pas parfait, mais ça ne montre pas un problème systémique, soutient M. Henry.

Et les droits des victimes?

L’Association des familles de personnes assassinées ou disparues veut aussi des réponses, mais pas pour les mêmes raisons.

D’un point de vue des droits des victimes et des proches des victimes au Canada, je pense que la décision de permettre à ce meurtrier d’être en semi-liberté a marqué un recul dans le droit des victimes, affirme la directrice générale, Nancy Roy.

Il faut remettre dans l'actualité le droit des victimes... le droit constitutionnel des victimes. C’est pour ça que la Charte canadienne des droits des victimes a été créée en 2015.

Nancy Roy, directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues
Plan rapproché de Nancy Roy.

La directrice générale de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues continue de suivre le dossier du meurtre de Marylène Levesque de près.

Photo : Radio-Canada

Selon elle, les criminels sont protégés par des droits pour un procès juste et équitable, pour une peine équitable. Or, ce même système n’existe pas pour les victimes. Elles sont trop souvent oubliées, dit-elle.

L’enquête du Service correctionnel du Canada et de la Commission des libérations conditionnelles est maintenant terminée. Le comité procède à la rédaction du rapport, qui sera remis au gouvernement.

Le public, quant à lui, aura droit à un résumé des conclusions du comité, le rapport étant confidentiel, écrit une porte-parole du Service correctionnel.

La date de publication du résumé n’est pas encore connue.

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