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Méfiance et distances : la complexité de la vaccination dans le Grand Nord

Un homme a un pouce en l'air après avoir reçu son vaccin.

Joseph Judas est l'un des résidents de la petite collectivité isolée de Wekweètì, aux Territoires du Nord-Ouest, qui a été vacciné mercredi.

Photo : CBC/Kate Kyle

La vaccination a commencé cette semaine dans certaines des communautés autochtones les plus isolées du Grand Nord. Les distances sont longues, l'infrastructure est limitée, certains hésitent à se faire vacciner, et le vaccin est particulièrement complexe à transporter. Les autorités sanitaires du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon devront surmonter plusieurs défis pour immuniser leurs populations.

Dans les trois territoires, l’ensemble des résidents adultes des collectivités isolés font partie des populations priorisées par les campagnes de vaccination.

Il n’a pas seulement les risques de transmission qui sont élevés dans ces régions éloignées. Une éclosion de COVID-19 au sein de ces populations pourrait avoir des conséquences très graves en raison du manque d'infrastructures sanitaires.

Au Nunavut, quatre cliniques ont été ou seront organisées cette semaine pour vacciner les résidents d’Igloolik, d’Arviat, de Cambridge Bay et de Gjoa Haven.

Aux Territoires du Nord-Ouest, tous les résidents admissibles de 16 collectivités pourront recevoir leur première dose du vaccin d’ici la fin de la semaine.

Au Yukon, la vaccination commence la semaine prochaine dans les collectivités de Watson Lake, d’Old Crow et de Beaver Creek.

Un bagagiste décharge un avion de Canadian North.

Ottawa s’est engagé à fournir assez de doses du vaccin de Moderna pour immuniser jusqu’à 75 % de la population adulte des trois territoires d’ici la fin du mois de mars.

Photo : Gouvernement du Nunavut

Contrer la méfiance

La méfiance qu’ont certains résidents des territoires envers la vaccination fait partie des défis auxquels font face les autorités sanitaires, selon Mathieya Alatini, la responsable de la réponse à la pandémie du Conseil des Premières Nations du Yukon.

Selon elle, cette méfiance vient en partie de la désinformation qui circule sur les médias sociaux, mais aussi de mauvais traitements infligés aux peuples autochtones par les systèmes de santé dans le passé.

Charlie Football porte un chapeau de fourrure.

Le chef de Wekweètì, Charlie Football, encourage tous les résidents des communautés Tłı̨chǫ à se faire vacciner.

Photo : Kate Kyle/CBC

Sur le terrain, aux Territoires du Nord-Ouest, certains leaders comme le chef de Wekweètì, Charlie Football, veulent servir d’exemples en se faisant vacciner en premier.

Je veux montrer aux gens de mon peuple que, si je peux le faire, peut-être qu'ils le peuvent aussi, dit-il. S'ils ne le font pas et qu'ils contractent cette maladie, que pouvons-nous faire? Il sera trop tard.

M. Football a même réussi à convaincre la médecin hygiéniste en chef, Kami Kandola, de se faire vacciner devant les aînés mercredi.

Kami Kandola se fait vacciner.

La médecin hygiéniste en chef, Kami Kandola, a reçu sa première dose du vaccin de Moderna mercredi à Wekweètì.

Photo : CBC/Kate Kyle

Récemment, la médecin hygiéniste en chef avait déclaré vouloir se faire vacciner en même temps que la population générale, puisqu’elle ne fait pas partie des groupes prioritaires.

La Municipalité d’Arviat au Nunavut, la communauté du Grand Nord la plus touchée par la pandémie, a pour sa part décidé d’offrir aux personnes qui se font vacciner la chance de remporter l’un des cinq prix de 2000 $

C'est pour inciter les gens à se faire vacciner, explique le maire, Joe Savikataaq fils. C'est un très petit prix à payer pour obtenir l'immunité de masse ici, au cas où nous aurions une deuxième vague.

Un avion à l'aéroport d'Arviat.

Des doses du vaccin de Moderna sont arrivées mercredi dans la collectivité d'Arviat au Nunavut.

Photo : Twitter/John Main

Défi de logistique

Le transport des vaccins vers ces collectivités est aussi un défi de taille pour les trois services de santé territoriaux.

La directrice médicale des Territoires du Nord-Ouest, Anne Marie Pegg, rappelle que, même si le vaccin de Moderna est plus facile à transporter et à administrer que le vaccin de Pfizer-BioNTech, il reste le vaccin le plus complexe que le territoire a dû administrer.

Le vaccin de Moderna doit être entreposé entre -15 et -25 °C avant d'être décongelé.

Une fois décongelé, le vaccin peut être entreposé jusqu’à 30 jours entre 2 et 8 °C, mais ne peut pas être recongelé.

À température ambiante, une fiole de vaccin reste stable pendant 12 heures si elle est fermée, et seulement 6 heures, si elle est ouverte.

Une boîte de vaccins Moderna.

On recommande aussi d'injecter à deux reprises le vaccin de Moderna, mais à 28 jours d'intervalle, contrairement à 21 jours pour celui de Pfizer-BioNTech.

Photo : Services de santé Alberta

Avec un stock de vaccins limité au pays, son équipe n’a pas le droit à l’erreur pendant le transport vers les collectivités, selon elle.

« Dans les grandes campagnes de vaccination faites à travers le monde, on compte habituellement des taux de pertes de vaccin de 12 à 15 %, dit-elle. C’est normal, ça fait partie des calculs lorsqu’on commence une campagne qu’il y aura des problèmes avec la chaîne de froid ou qu’une clinique sera ratée. »

« Dans cette campagne, la cible donnée est de 5 % », conclut-elle.

Avec des informations de Kate Kyle et de CBC

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