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L'industrie de la pêche résiste à la pandémie

On voit plusieurs bouées sur un quai. Elles servent à la pêche au homard.

Comparativement à 2019, les pêcheurs du Québec ont encaissé cette année une baisse de 29 % de la valeur de leurs prises (archives).

Photo : Radio-Canada

Selon le portrait préliminaire de Pêches et Océans Canada, les revenus issus de la pêche en 2020 ont été semblables à ceux de 2016, même si les prises ont été moins importantes.

Comparativement à 2019, les pêcheurs du Québec ont encaissé cette année une baisse de 29 % de la valeur de leurs prises, et ce pour l’ensemble des espèces pêchées dans le golfe.

Cette saison suivait toutefois des années records et reste, en fait de revenus, parmi les cinq meilleures années de l’industrie.

Les débarquements totaux au Québec se sont chiffrés à 266 millions de dollars, toutes espèces confondues, comparativement à 378 millions de dollars en 2019. Les pêcheurs gaspésiens ont reçu 134 millions, ceux des Îles près de 88 millions, et ceux de la Côte-Nord 44 millions.

Les prises ont été de 44 350 tonnes, ce qui est à peine moins élevé qu’en 2019. Plus de la moitié de ce contingent, 24 140 tonnes, a été pêché en Gaspésie, soit davantage qu’en 2019.

Des crevettes fraîchement pêchées débarquées à Rivière-au-Renard.

Des crevettes fraîchement pêchées débarquées à Rivière-au-Renard (archives)

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) indique que les données préliminaires de 2020 pourraient faire l’objet d’une révision à la hausse, notamment en ce qui a trait aux prix.

Les résultats de la saison permettent néanmoins de faire quelques constats étonnants.

Jours difficiles pour le roi du golfe

Généralement, le crabe des neiges est la ressource du golfe avec la plus haute valeur au débarquement. L'année 2020 est venue bouleverser cet ordre.

Il s’est pêché à peine moins de crabes des neiges cette année que l’an dernier, mais leur valeur au débarquement a chuté à 102,7 millions, soit moins que la valeur au débarquement du homard, qui a atteint 113,8 millions de dollars.

La propagation du virus partout sur la planète a fait mal à une industrie qui compte beaucoup sur les marchés d’exportation.

Des casiers de crabe au quai de Sept-Îles.

Le quai des pêcheurs de Sept-Îles en avril 2020 (archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Environ 80 % de la ressource du Québec est exportée, et ce, principalement sur le marché américain. Cette année, la valeur des débarquements de crabe des neiges a reculé de 41 % par rapport à l’an dernier. Le MPO souligne que les revenus annuels provenant du crabe des neiges sont également en baisse de 19 % si on les compare à la moyenne des huit dernières années.

Ces diminutions ne sont pas sans impact sur l’économie des régions côtières.

Dans son rapport sur la saison, Pêches et Océans relève d’ailleurs que la Côte-Nord est le secteur maritime ayant connu la plus forte baisse par rapport à 2019, en raison de la proportion occupée par le crabe des neiges, espèce plus durement touchée que les autres par la baisse de prix en 2020.

Le crabe des neiges représente 69 % de la valeur des débarquements dans cette région.

L'attrait des produits locaux

Les baisses de prix ont été moins marquées pour le homard, qui a su, avec la traçabilité, se tailler une place sur le marché intérieur.

En fait, 90 % du homard gaspésien a été vendu sur le marché intérieur.

Le produit a bénéficié de l’engouement pour le Panier bleu lancé par le gouvernement du Québec pour stimuler l’achat local.

Les consommateurs ont lié ça avec l’identification du homard et ils ont réclamé du homard identifié, ce qu’on avait en Gaspésie et qu’il n’y avait pas aux Îles-de-la-Madeleine , souligne O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

Les prix ont été malgré tout en baisse.

Des cordages sur une amarre.

L'incertitude régnait au printemps sur la saison de pêche au quai de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, où se débarque la majorité du homard en Gaspésie (archives).

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

O’Neil Cloutier indique que les pêcheurs gaspésiens ont reçu en moyenne 5,15 $ la livre, ce qui représente 1,60 $ de moins qu’en 2019.

Il constate aussi que les pêcheurs gaspésiens s’en sont relativement bien tirés étant donné le contexte de la pandémie. Il y a des régions au Québec et au Nouveau-Brunswick qui ont atteint un prix aussi bas de 3,90 $ pendant deux semaines, relève le porte-parole des homardiers gaspésiens. En Gaspésie, le prix le plus bas payé aux pêcheurs a été de 4,50 $ la livre.

Dans l’ensemble du golfe, les homardiers ont reçu en moyenne 5,01 $ la livre, soit environ 20 % de moins qu’en 2019, qui avait toutefois été une année record, tant pour les prises que pour les prix.

De l'espoir pour l'an prochain

Avec le homard et le crabe, la crevette représente 91 % des revenus tirés au débarquement par les pêcheurs gaspésiens.

Après plusieurs années d’incertitude quant à la ressource, dont les quotas étaient en diminution, 2020 aura été une bonne année sur le plan des prises, souligne Patrice Element, directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Grand Gaspé.

Deux bateaux de pêche amarrés au quai de Rivière-au-Renard.

Deux bateaux de pêche amarrés au quai de Rivière-au-Renard (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Les crevettes étaient abondantes et l’aire de répartition était aussi plus importante qu’au cours des dernières années, note M. Element. Effectivement, la quantité de crevettes débarquées (10 870 t) a été en hausse de 28,8 % par rapport à 2019.

Les prix ont cependant chuté de 36 %, selon Pêches et Océans, passant de 1,68 $ la livre à 1,08 $.

Comme il s’est pêché plus de crevettes, les revenus totaux ont diminué de 17 %.

Personne ne savait comment les marchés se comporteraient dans un contexte de pandémie, souligne M. Element, qui estime que le scénario catastrophique appréhendé par les acteurs de l’industrie a pu être évité.

Effectivement, le prix reçu au débarquement en 2020 est même supérieur à celui de 2017.

La présence plus importante de la ressource est aussi une bonne nouvelle pour la prochaine saison.

Quant aux marchés de 2021, il est un peu tôt pour en parler puisque la crevette, comme le crabe des neiges, est aussi un produit qui dépend beaucoup de l’exportation.

L’ampleur de la deuxième vague, notamment dans les pays scandinaves et au Royaume-Uni, devrait donner de bons indices aux pêcheurs de crevettes. Les pêcheurs de homard et surtout de crabe des neiges auront sans doute un œil attentif sur les États-Unis et l’Asie.

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