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La chirurgie orthopédique, le parent pauvre du délestage

Au Québec, 3500 personnes sont en attente d'une chirurgie orthopédique depuis plus d'un an, un chiffre qui a décuplé depuis le début de la pandémie.

Un homme entouré de trois enfants

Simon Hénault, entouré de ses trois filles, Myriam, Juliette et Lili.

Photo : Radio-Canada / Sarah Molkhou

En attente d'une opération à la hanche, à l'épaule ou au genou, des milliers de personnes ne peuvent plus marcher, ou y arrivent difficilement. Et avec la priorité donnée aux urgences vitales, beaucoup craignent d'être oubliés dans leur souffrance.

Technicien en génie civil, Simon Hénault, 37 ans, est amputé de ses deux jambes.

Il est contraint, depuis le report de sa chirurgie, de se déplacer en fauteuil roulant.

Pour un problème de prothèse ou pour d'autres raisons, un amputé se ramasse tout le temps en béquille, mais jamais je n'aurais cru en achetant ma maison que je me retrouverais dans cette situation, confie-t-il.

Ma maison n'est pas adaptée, donc depuis plus d'un an je me débrouille comme je peux [...] en marchant sur mes genoux ou en prenant appui sur mes bras pour accéder à l'étage.

Simon Hénault, contraint de se déplacer en fauteuil roulant dans l'attente d'une chirurgie.

En mars dernier, alors que ses prothèses sur mesure sont fin prêtes, sa chirurgie est reportée en raison de la pandémie.

Depuis, le quotidien de ce père monoparental a complètement été chamboulé.

Je suis quand même assez orgueilleux, et j'ai pilé beaucoup sur mon orgueil pour demander de l'aide. J'ai la chance d'être bien entouré avec du bon monde autour de moi [...], mais j'ai aussi beaucoup besoin de l'aide de mes enfants pour le lavage, la cuisine ou l'épicerie, par exemple.

Lili, Miriam et Juliette, ses trois filles âgées de 6 à 12 ans tentent, tant bien que mal de l'accompagner et de le soutenir au mieux.

Elles ont toujours besoin de m'aider un peu plus qu'un enfant normal, explique-t-il. Je ne sors pas faire l'épicerie avec elles, pour être avec elles, mais parce que j'ai besoin d'elles pour le faire, sinon j'en serais juste incapable, ajoute le technicien en génie civil.

Une situation que Simon a encore de la difficulté à accepter : Je sais qu'elles essaient d'être fortes, elles l'ont pas facile, ça les travaille en dedans. J'ai de la misère à l'expliquer, je le vois dans le comportement, au jour le jour que c'est difficile de voir leur père dans une situation comme celle-là.

Des cas comparables

Un homme en fauteuil roulant

Simon Hénault se déplace en fauteuil roulant, en attendant de se faire poser ses implants et ses prothèses.

Photo : Radio-Canada / Sarah Molkhou

Pourtant, le cas de Simon Hénault n'est pas unique à bien des égards.

Plus de 3500 personnes sont en attente d'une chirurgie orthopédique depuis plus d'un an. Un chiffre qui a décuplé depuis février dernier, selon le Dr Jean-François Joncas, président de l'Association d'orthopédie du Québec.

Quand la Dre [Lucie] Opatrny [sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux] a révélé que des centaines de milliers de personnes étaient en attente de chirurgies, eh bien la différence entre l'an passé et aujourd'hui est que la majorité des gens qui se sont ajoutés sont probablement et majoritairement des cas d'orthopédie, explique-t-il.

Ces chirurgies – qui corrigent des atteintes fonctionnelles – sont jugées non urgentes et ne sont donc pas considérées comme vitales au même titre que d'autres.

Une atteinte fonctionnelle, ça ne fait pas mourir. Donc, actuellement, c'est extrêmement difficile pour l'Association d'orthopédie du Québec de monter aux barricades et exiger plus de temps opératoire, explique le Dr Joncas.

Pour le Dr Robert Turcotte, chirurgien orthopédique au Centre universitaire de santé McGill – dont M. Hénault est le patient – d'autres facteurs entrent également en ligne de compte.

Ce que l'on fait coûte assez cher, on utilise beaucoup d'implants. Un implant comme celui de Simon, c'est 25 000 $, et il en a besoin de deux. Alors, lorsqu'on engage un orthopédiste, cela prend des budgets, et les hôpitaux étant toujours sous contrainte budgétaire très serrée, ils n'ont pas intérêt à donner priorité aux orthopédistes pour qu'ils écoulent leur longue liste d'attente [...] en plus de toutes les contraintes liées à la COVID, soutient le Dr Turcotte.

Néanmoins, selon le président de l'Association d'orthopédie du Québec, des solutions de rechange pourraient être mises en place par le gouvernement afin d’accommoder les cas les plus urgents.

Il y a certaines cliniques privées qui seraient probablement prêtes à accommoder une certaine clientèle. Mais pour ce faire, il faut modifier la loi et les règlements régissant ces activités-là et prévoir des ententes monétaires entre les hôpitaux, ces cliniques et le ministère de la Santé, affirme le Dr Joncas.

En attendant une reprise complète des activités, l'Association de l'orthopédie du Québec planche déjà sur un plan de relance des activités opératoires.

Le but : donner un échéancier précis, mais aussi de l'espoir aux milliers de patients encore en attente – comme Simon Hénault – de se faire opérer.

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