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Un globe-trotter à la découverte de Vancouver avec son chien Manou

Mer calme, sable humide.

Thierry Damilano avec son chien Manou, sur la plage.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

La pandémie a frappé Thierry Damilano de plein fouet.

En mars dernier, ce globe-trotter de 66 ans était en Inde, guidant un petit groupe de touristes en moto dans une tournée des majestueux palais du Rajasthan, quand la COVID-19 a forcé la fermeture des frontières un peu partout dans le monde.

Alors que l’Inde s’apprête elle aussi à se refermer sur elle-même, les étrangers encore présents sentent la pression monter. Il faut partir, et vite.

Sur la route, les fermiers nous couraient après en criant : "COVID ! COVID!" Les hôtels nous refusaient l'accès "Out! Out!"

Thierry Damilano

Avec l'aide d'une amie, le 22 mars, à 1 h 30 du matin, il est finalement à bord d'un avion en partance pour Vancouver.

Par le hublot, Thierry peut voir une cinquantaine de personnes restées sur le tarmac, regardant le dernier avion quitter New Delhi. Cinq heures plus tard, les autorités fermaient la ville.

Il était moins une pour Thierry. Avec sa greffe de rein, généreux don d'une amie deux ans plus tôt, un séjour prolongé en Inde n’aurait pas été une bonne chose.

J'ai eu une chance extraordinaire, se souvient Thierry.

20 heures plus tard, le voilà assis dans le salon de son appartement du West End de Vancouver.

Ce retour forcé à la maison met un terme brutal à 20 ans de voyages pendant lesquels Thierry est rarement resté plus de quelques semaines au même endroit.

Il se tient devant la carte avec son chien, dans le couloir de son appartement.

Thierry Damilano dans son appartement du West End de Vancouver, devant une carte du monde.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Face au confinement qui s'annonce, dans un appartement rempli de souvenirs de voyages en Afrique, en Asie et en Amérique latine, Thierry est d'abord incrédule.

Au départ, on dit : "Qu'est-ce qui nous arrive?" C'était un petit peu comme vivre dans un brouillard, se rappelle Thierry. Devant moi, il y avait encore ma valise, une grosse valise rouge que je trimbale depuis 97. Elle est restée là, pendant des semaines, toutes les affaires étaient encore dedans, quoi. Je reprenais ma brosse à dents, je la remettais dans la valise.

Une torpeur qui l'habite quelques semaines pendant lesquelles ce célibataire commence doucement à faire le point sur sa situation.

Ses revenus de guide touristique et de chef traiteur sont certes tombés à zéro, mais il a la chance de ne pas avoir de famille à charge et d'être propriétaire de son appartement, qu'il partage avec un étudiant.

Des contrats épisodiques de porteur aux funérailles, de montages de vidéos commerciales ainsi que les revenus de son locataire lui permettent de tenir le coup.

Le reportage de Dominique Arnoldi a été diffusé dans le cadre de l’émission L’heure du monde vendredi à 18 h à ICI Première. Depuis le début de la semaine, l’émission présentait la série Tenir le coup. En ces temps de pandémie, comment des citoyens ont-ils changé leur mode de vie et leur façon de voir le monde?

Et puis arrive Manou

La vie n'est faite que de hauts et de bas et à chaque fois – maintenant, j'ai 66 ans – j'ai réussi à passer au travers. Donc, ça va continuer quoi, je me dis. Et c'est là que Manou est arrivé dans ma vie et j'ai repris le dessus.

Manou, c'est le chien, reçu d'une amie, qu'une vie sédentaire lui permet d'avoir pour la première fois en 20 ans. Une présence quotidienne qui sort Thierry du brouillard.

Les moments où on s'assoit et où on se pose des questions sont réduits, parce qu’il est toujours là en tant que compagnon exceptionnel. Donc, on n'est jamais seul. Il m'a redonné du punch et il m'a remis sur le droit chemin.

Thierry Damilano
Dans un parc de Vancouver.

Thierry Damilano avec son chien Manou.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Ce nouveau compagnon force le Français d'origine à redécouvrir son quartier et Vancouver, sa ville d'adoption depuis 1977.

Les promenades quotidiennes dans les parcs à chien du quartier, des chemins différents tous les jours pour y accéder et la plage du parc Stanley, à quelques rues de son appartement, lui font apprécier à nouveau sa chance d'habiter Vancouver.

Maintenant que j'y suis, je redécouvre d'abord tout le West End. Aussi, parce que Manou aime jouer avec les autres chiens, on va dans les parcs à chiens. Puis on va au Seawall, on va sur la plage.

C'est l'aube, le ciel est gris, mais l'horizon se dégage.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En route vers la plage!

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Un exercice devenu essentiel pour Thierry, qui voit dans le confinement imposé l'occasion de mieux s'occuper de santé, compliquée par les séquelles de sa greffe de rein et d'un diabète induit par la prise de médicaments.

En plus des marches quotidiennes, il se remet au sport, au pickle ball, au ski alpin et au ski de fond, malgré une baisse d'énergie et une opération à la cheville qui lui a laissé quelques douleurs.

Et, beau temps, mauvais temps, sur l'eau, le surf cerf-volant et la planche à rame. Des activités qui lui permettent de combattre les moments de déprime qui le guettent chaque jour.

Quand je suis sur l'eau, je n’ai pas de problème avec la COVID. Je suis tout seul, je parle aux phoques et aux otaries et un rêve : une baleine à mes côtés, c'est déjà arrivé! Et quand je skie, la joie de la glisse me fait oublier la douleur.

Thierry Damilano
Le ciel est encore mêlé de nuit.

Thierry Damilano sur la mer, à l’aube.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Du globe au salon

Cette sédentarité forcée a également permis à Thierry de profiter davantage de son appartement, moult fois modifié pour accueillir les amis et rempli de souvenirs de voyages et de photos de ses exploits sportifs à travers le monde.

Une immense table de bois, faite de grands poteaux recyclés et pouvant asseoir 14 personnes, prend toute la place dans le salon devant le foyer et témoigne des fêtes gourmandes d'avant la pandémie.

Des soirées dont l'ancien chef restaurateur a la nostalgie. Ce qui ne l'empêche pas de cuisiner avec passion pour lui seul ou pour un ami occasionnel, à deux mètres de distance. Et puis, il y a ces amis des quatre coins du monde avec qui il a maintenant l'occasion de reprendre contact par téléphone.

J'ai mon amie Sandrine qui m'a donné un rein. Je me dis que je n'ai pas le droit de ne pas être heureux parce que je suis dans ma deuxième vie alors, quoi qu'il arrive… Tant que mon rein marche, tout va bien.

Thierry Damilano
Des souvenirs des quatre coins du monde ornent son salon

Thierry Damilano dans le salon de son appartement du West End de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Et Thierry, bien sûr, profite de son confinement pour rêver à ses prochains voyages.

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