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Analyse

Couche-Tard et Carrefour : rien n’arrête Alain Bouchard

Portrait d'Alain Bouchard souriant.

Le fondateur et président exécutif de Couche-Tard, Alain Bouchard

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

L’action de Couche-Tard était en chute de 10 % quelques heures après l’annonce par l’entreprise d’Alain Bouchard de son intérêt à acheter le géant des supermarchés Carrefour. En retour, l’entreprise française gagnait plus de 13 % à la Bourse de Paris, revigorée par la cour que lui fait son cousin québécois.

Mais, quelle mouche a donc piqué la direction de Couche-Tard pour qu'elle se tourne, tout à coup, vers le secteur des supermarchés? Après de multiples acquisitions de dépanneurs et de stations-service aux États-Unis et en Europe, la société lavalloise s’intéresse maintenant à un tout nouveau secteur du commerce de détail.

Et la première bouchée dans ce domaine serait de taille si l’acquisition se réalisait : Carrefour génère des revenus de 120 milliards de dollars canadiens par année, compte plus de 14 000 magasins en France, ailleurs en Europe, en Asie et en Amérique latine ainsi que 320 000 travailleurs, ce qui en fait le premier employeur privé de France.

Les analystes expriment des doutes sur la stratégie de l’équipe d’Alain Bouchard. Pourquoi le grand spécialiste des dépanneurs et des stations-service décide-t-il maintenant de s’orienter vers les supermarchés? Y a-t-il des synergies possibles entre les deux entreprises alors qu’elles évoluent dans deux secteurs franchement différents sur deux continents éloignés?

Après avoir échoué dans ses tentatives d’acheter les chaînes de dépanneurs et de stations-service Caltex en Australie et Speedway aux États-Unis, le groupe Couche-Tard a-t-il décidé de viser d’autres secteurs, d’explorer d’autres marchés potentiels pour atteindre et dépasser son objectif, qui est celui de doubler de taille? Se peut-il que Couche-Tard et son cofondateur Alain Bouchard n’aient absolument aucune intention de se contenter du statu quo?

Le Wall Street Journal cite plusieurs analystes sur la transaction possible entre les deux groupes. D’abord, selon James Grzinic, de la firme Jefferies, les synergies sont inexistantes. La nouvelle entité ne pourrait pas jumeler des activités, fermer ou regrouper des magasins, il n’y aurait pas de recoupements identifiables. Une telle transaction viendrait générer des défis financiers importants pour Couche-Tard, selon lui.

Cela dit, l’absence de synergies est aussi un avantage. Ça pourrait rendre plus facile l’approbation de la transaction, puisque les activités des deux entreprises ne se font pas vraiment concurrence. Récemment, Walmart a tenté de vendre la chaîne britannique d’épiceries Asda à un autre groupe britannique du même secteur, Sainsbury, transaction qui a été bloquée par les autorités de la concurrence, qui craignaient une hausse des prix pour les consommateurs.

De l’avis des analystes de la Société générale, également cités par le Wall Street Journal, au prix actuel, Carrefour est une aubaine et ce serait sans doute une bonne transaction. Clive Black, analyste chez Shore Capital, dit que si la transaction est complétée, ce serait un réel événement majeur dans le monde de l’alimentation et du commerce de détail de proximité.

Il faut voir maintenant, étant donné l’importance de Carrefour dans l’économie française, si l’État pourrait être tenté de bloquer l’acquisition de cette entreprise par un groupe étranger. Est-il névralgique de conserver l’actionnariat français de cette entreprise? Difficile de le prévoir, mais le ministre des Finances Bruno Lemaire a déjà dit qu'il n'était pas favorable à la transaction. Rappelons qu'en 2005, le gouvernement français avait décidé d’empêcher la vente de Danone à l’américaine Pepsi.

Advenant une transaction, cette petite entreprise qu’Alain Bouchard a créée de ses mains et de ses énergies dans les années 1980 pourrait devenir bientôt la troisième plus grande société dans le secteur épicier après l’américaine Walmart et le groupe allemand Lidl. Et, chemin faisant, Couche-Tard et Carrefour pourraient se positionner comme des concurrents sérieux au géant de tous les géants, Amazon. Rien de moins.

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