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Un cardiologue s’emporte contre les récalcitrants aux mesures sanitaires

L'affiche de la Ville de Rouyn-Noranda demande à la population de respecter une distance de 2 mètres.

Les mesures sanitaires sont affichées à l'intérieur comme à l'extérieur des établissements et commerces.

Photo : Radio-Canada / Emily Blais

« Je ne peux pas croire que quelqu’un ne comprenne pas que ça existe. » Le cardiologue Paul Poirier est à bout de patience face aux gens qui ne prennent pas la COVID-19 au sérieux alors que depuis le mois de mars, le délestage retarde bon nombre de chirurgies cardiaques.

Encore plus dur dans ses propos dans une entrevue accordée au 98,5 FM mardi après-midi, le Dr Poirier a tenu à présenter ses excuses. C’est sûr que j’ai pété ma coche et je m’excuse pour les gens qui font ce qu’il faut, mais il faut comprendre que le réseau est à bout.

Le réseau est à bout principalement en raison du manque de personnel, fait-il valoir.

Le personnel est à bout, OK? Il y a 8000 personnes dans le réseau qui sont soit malades, soit en arrêt de travail, soit ils ont changé de travail. 8000! Ça c'est en plus de gérer la COVID et de gérer des gens qu'on a de la misère à comprendre comment ça se fait qu'ils ne comprennent pas. Fait que là, un moment donné, on vient à bout.

Le Dr Poirier constate malheureusement que de nombreux patients qui se retrouvent aux soins intensifs sont des gens qui n’ont pas respecté les mesures sanitaires et qui se sont rassemblés malgré tout.

Dr Paul Poirier, cardiologue à l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec

Dr Paul Poirier, cardiologue à l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec

Photo : Radio-Canada

Ça nous prend des lits de soins intensifs pour ces patients-là. Si ces lits-là sont pris par les patients COVID, bien ce sont des patients qu'on n’opère pas. C'est simple comme ça, c'est mathématique. Ce sont des vases communicants.

Dr Paul Poirier, cardiologue à l'IUCPQ

Le bord du précipice

Le gouvernement Legault révélait cette semaine que plus de 140 000 patients sont en attente d’une chirurgie au Québec. À l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), ), les spécialistes opèrent dans quatre salles d’opération plutôt que cinq en temps normal.

Avec le délestage, on y va avec les priorités et on essaie de sauver les meubles. Le problème, c'est que des fois, les pattes cassent des meubles parce qu'on n’est pas capable d'aller dans les délais, se désole le Dr Poirier qui s’efforce de traiter les cas les plus urgents pour sauver des vies alors que d’autres patients souffrants sont confinés à une liste d’attente.

C'est ça le problème des médecins, on essaie que ça n'ait pas d'impact sur la quantité de vie, mais ça va avoir un impact sur la qualité de vie.

Dr Paul Poirier, cardiologue à l'IUCPQ

Le cardiologue dresse un parallèle malheureux avec les efforts de prévention en médecine qui, trop souvent, sont un coup d’épée dans l’eau. Tout le monde sait que fumer, c’est pas bon, que manger de la scrap c’est pas bon et que pas faire d’exercice c’est pas bon. Pourtant, les gens ils faut qu’ils arrivent au bord du précipice pour qu’ils se prennent en main. Et là c’est la même chose avec la COVID : on est sur le bord du précipice.

Double mission

La direction de l’IUCPQ a tenu à relativiser les propos du Dr Poirier. Les impacts de la COVID-19 sur le fonctionnement de l’hôpital sont indéniables, mais Dr Daniel Lefrançois rappelle que l’IUCPQ, en plus de la cardiologie, est aussi spécialisé en pneumologie.

Ça tombait donc sous le sens, selon lui, que l’hôpital soit désigné pour traiter les patients atteints de la COVID-19. On n'a pas que la cardiologie, c'est peut-être la mission la plus importante en volume, mais ce n'est pas la seule et la pneumologie est aussi très importante là-dedans. Nos soins intensifs sont aussi très importants là-dedans.

Quant au volume de chirurgies cardiaques réalisées chaque semaine, le directeur des services professionnels indique que la baisse se chiffre à moins de 20 % et que tous les patients qui ont besoin d’être opérés d’urgence sont traités immédiatement.

Les patients dont la condition médicale est jugée moins urgente peuvent être forcés de patienter un peu plus longtemps, mais les délais additionnels ne sont pas démesurés selon le Dr Lefrançois. Si on est deux jours plus tard que le jour prévu, on est hors délai, mais ce n'est pas un délai qui est important, si on veut, pour la plupart.

Le nombre de patients sur la liste d’attente pour une chirurgie cardiaque a également diminué de moitié, pour atteindre 210 aujourd’hui. Cette amélioration est néanmoins attribuable, du moins en partie, au fait que moins de patients sont examinés parce qu’ils ont peur de se présenter à l’hôpital et d’attraper la COVID-19.

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