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Le meurtrier Allan Legere reste en prison, la communauté soulagée

Allan Legere quitte le palais de justice les menottes aux poignets.

La chasse à l'homme pour trouver Allan Legere a duré 201 jours, pendant lesquels le tueur en série a tué quatre personnes supplémentaires.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

La demande de semi-liberté du meurtrier Allan Legere est refusée. Le « Monstre de la Miramichi » reste donc en prison, a décidé la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

Il est assez clair que vos crimes sont de nature très sérieuse. Vous avez un grand nombre de problèmes très graves. La conclusion, c’est que votre risque n’est pas gérable, a déclaré la commissaire Delaine Dew, à la première audience de libération d'Allan Legere, mercredi, à Edmonton, en Alberta.

Le tueur en série qui a semé la terreur au Nouveau-Brunswick dans les années 80 souhaitait poursuivre sa peine à perpétuité dans une maison de transition à Fredericton.

Il a répondu aux questions des commissaires Amy Agar et Delaine Dew durant plus de trois heures, en les interrompant fréquemment et en faisant de longues digressions. Il a exprimé peu de remords et n'a pas admis pleinement sa responsabilité pour les cinq meurtres qu'il a commis.

Les commissaires Amy Agar et Delaine Dew ont évalué son risque de récidive en vue d'une semi-liberté, conformément à sa demande, mais aussi en vue d'une libération conditionnelle totale, en vertu de la loi, puisqu'il y est admissible depuis 2015.

Les deux commissaires ont délibéré durant vingt minutes pour s'entendre sur une décision, qui devait être unanime. Les deux types de mise en liberté sous condition ont été refusés. La réaction d'Allan Legere à la conclusion de l'audience n'a pas été transmise aux médias.

La communauté soulagée

Déjà condamné pour le meurtre de John Glendenning, un propriétaire de dépanneur de 66 ans, Allan Legere avait échappé à la surveillance de ses gardiens lors d’une visite médicale à Moncton en 1989. Il a commis quatre meurtres supplémentaires durant sa cavale, des agressions sexuelles et des incendies. Arrêté au bout de six mois, il a été reconnu coupable des meurtres d'Annie Flam, 75 ans, des sœurs Donna et Linda Daughney, âgées de 45 et 41 ans et du père James Smith, 69 ans.

Les souvenirs de la traque de 1989 sont encore vifs pour la communauté, qui s'opposait à sa libération.

Plusieurs lettres de victimes avaient été transmises à la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Ces documents présentant le traumatisme vécu par la population sont importants dans ce type de décision, tout comme les rapports de psychologie, de la police et du milieu carcéral.

Je suis très soulagée. Et je suis convaincue que je ne suis pas la seule dans la région de Miramichi. Les souvenirs sont encore là, a déclaré Pierrette Robichaud, mairesse de Rogersville.

C’est une autre bonne journée pour notre système, ça montre que ça fonctionne quand il le faut, a renchéri Ronald Godin, un résident du nord du Nouveau-Brunswick.

« Je n'étais pas une bonne personne »

Mmes Agar et Dew avaient déjà étudié tous les documents écrits qui leur avaient été fournis. L’audience était donc surtout l’occasion pour l'homme de 72 ans de présenter sa version des faits et d’expliquer pourquoi il estimait mériter une semi-liberté.

À mon âge, je peux être plus utile en liberté qu’incarcéré. Si vous me libérez, je peux aider des gens qui sont dans la rue, a-t-il fait valoir.

Je ne suis plus le gars que j’étais. Je n’étais pas une bonne personne. Je m’excuse pour ça, a-t-il ajouté, en évoquant des problèmes de consommation.

Durant sa fuite, en 1989, Allan Legere se cachait dans les forêts environnantes de Miramichi en volant de la nourriture pour survivre.

J’étais tellement désorienté, j’étais comme un animal, a-t-il dit.

Des remords mitigés

Allan Legere a nié sa pleine responsabilité lors de deux des quatre meurtres commis durant sa cavale et pour lesquels il a été reconnu coupable.

Il a d'ailleurs affirmé qu'il ne se considère pas comme une personne violente. Il a expliqué que son comportement passé est en partie attribuable à des problèmes d'alcool et à une enfance difficile.

Je suis un peu impulsif, mais je ne suis plus aussi agressif et dangereux que quand j’étais jeune.

Celui qui a commis plusieurs agressions sexuelles a aussi dit qu'il ne pense pas être un agresseur, même si des plaintes ont été déposées à son sujet par des agentes correctionnelles en prison.

L'Établissement d'Edmonton

Allan Legere purge une peine à perpétuité à l’établissement à sécurité maximale d’Edmonton.

Photo : Radio-Canada

Croyez-le ou non, je ne regarde même pas de livres pornographiques. Je suis un artiste, a indiqué le délinquant, en précisant qu'il a remis des peintures de femmes nues à certaines employées, en pensant qu'elles allaient les aimer.

Des rapports de professionnels de la santé ont révélé qu'il est aux prises avec plusieurs troubles de personnalité, dont un trouble narcissique. Pourtant, le délinquant n'a pas terminé les programmes de suivi de réhabilitation en prison ni abordé ses problèmes de santé mentale avec un psychologue.

Allan Legere a rejeté la faute de l'échec des programmes sur les membres du personnel qui refusaient de travailler avec lui et sur les transferts qu'il a dû effectuer d'une unité à l'autre.

Invité à exposer comment il se sent face à la crainte qu'il a suscitée dans la communauté, Allan Legere a fait part de remords mitigés.

Pourquoi ne peuvent-ils pas pardonner, et oublier? Je pense qu’ils vivent avec des souvenirs, les gens doivent évoluer dans leur opinion. Ça s’est passé il y a longtemps.

Allan Legere a aussi justifié son absence de réponse à certaines lettres de victimes qu'on lui avait fait parvenir. Je n'ai jamais entendu parler de cette personne de ma vie! Et je connais beaucoup de gens à Miramichi, je lisais même le bottin téléphonique.

Nombreuses interruptions et digressions du délinquant

L’audience a débuté avec une quinzaine de minutes de retard, après un imbroglio durant lequel Allan Legere a accusé l’agente d’audience de ne pas lui avoir fourni certaines informations préparatoires, un rôle qui incombe plutôt à l’agente de libération.

Je pensais que vous étiez mon agente de libération. Pardonnez-moi, je n’ai pas mes lunettes, a dit le détenu.

Mais durant les heures qui ont suivi, Allan Legere a poursuivi ses interruptions, en affirmant qu’il tenait à exprimer son opinion et sa frustration.

Allan Legere a aussi répété durant l'audience qu’il voulait connaître les raisons pour lesquelles il n’a pas reçu régulièrement la visite d’un agent de libération au cours des derniers mois. Ils me font passer pour le méchant, j'aurais dû avoir ces visites.

L'agente d'audience lui a répondu que bien qu'elle n'était pas au courant des détails, il était fort possible que les visites aient été suspendues en raison de la pandémie.

La COVID est bien souvent une excuse, a-t-il rétorqué.

Les commissaires ont fréquemment dû le rappeler à l'ordre alors qu'il répondait aux questions en faisant de longues digressions.

Une nouvelle vérification de libération sera effectuée en décembre 2025. En vertu de la loi, la commission est tenue de vérifier les droits du délinquant tous les cinq ans.

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