•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trump mis en accusation pour la deuxième fois, un précédent historique

À l'issue de ce vote solennel et attendu, le président Trump a lancé un appel au calme et à l'unité, sept jours après l'assaut du Capitole par des centaines de ses partisans.

Donald Trump debout derrière un lutrin

Le discours prononcé par Donald Trump devant ses partisans le 6 janvier lui a valu une mise en accusation.

Photo : Getty Images / Tasos Katopodis

À une semaine de la fin de son mandat, le président Donald Trump, qui pendant quatre ans s'est targué d'un bilan incomparable, a malgré lui créé un précédent qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait jamais établi : l'histoire se souviendra du 45e président des États-Unis comme de celui qui a été mis en accusation à deux reprises.

À l'issue de débats acrimonieux, une majorité d'élus de la Chambre des représentants, dont 10 républicains, a jugé, mercredi, que le président sortant avait commis des actes méritant une mise en accusation pour incitation à l'insurrection, dans la foulée de l'assaut sur le Capitole mené par ses partisans mercredi dernier.

Deux heures après la décision de la Chambre, qui a sans aucun doute suscité la colère de ses partisans, la Maison-Blanche a diffusé une vidéo scriptée dans laquelle Donald Trump a lancé un appel au calme, sans jamais évoquer le vote de la Chambre.

Dévoilé lundi, l'acte d'accusation a été adopté à 232 voix contre 197 selon des lignes largement partisanes, cinq élus ayant en outre choisi de s'abstenir.

C'est la première fois de l'histoire des États-Unis qu'un président aura fait l'objet de deux procédures de destitution pour crimes et délits majeurs. Fait notable, elles auront été lancées dans un seul mandat, en à peine plus d'un an.

Aujourd'hui, de manière bipartisane, la Chambre a démontré que personne n'est au-dessus des lois, pas même le président des États-Unis, que Donald Trump représente un danger évident pour notre pays et qu'une fois de plus, nous avons honoré nos serments d'office pour protéger et défendre la Constitution des États-Unis, a soutenu la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, dans une très brève déclaration à l'issue de la séance.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, montrant l'acte d'accusation après l'avoir signé.

La Chambre des représentants vote pour la destitution de Donald Trump

Photo : Reuters / LEAH MILLIS

La démocrate la plus puissante du Congrès, qui a quitté les lieux sans répondre aux questions des journalistes, a ainsi fait écho à l'acte d'accusation, qui reproche au président sortant d'avoir gravement mis en danger la sécurité des États-Unis et de ses institutions gouvernementales.

[Donald Trump] a menacé l'intégrité du système démocratique, a entravé la transition pacifique du pouvoir et a mis en péril une branche égale du gouvernement.

Une citation de :Extrait de l'acte d'accusation

C'était le deuxième acte pour sanctionner Donald Trump en deux jours. La veille, les démocrates avaient, comme on s'y attendait, échoué à convaincre le vice-président Mike Pence de recourir au 25e amendement de la Constitution, qui peut être invoqué par le Cabinet lorsqu'un président devient inapte à exercer ses fonctions.

L'issue du vote était largement prévisible vu la majorité démocrate à la Chambre et, comme on s'y attendait, aucun démocrate ne s'y est opposé.

Si cinq républicains dissidents avaient télégraphié la veille leurs intentions, il restait à voir combien d'autres briseraient les rangs. Resté soudé lors de la procédure précédente, le camp républicain a ultimement vu 10 de ses membres se joindre à 222 démocrates.

Si cela semble peu pour un caucus qui compte 211 membres, jamais autant d'élus n'ont voté pour la mise en accusation d'un président de leur propre parti.

Des débats partisans et enflammés

Steny Hoyer, masqué, parle debout devant son siège à la Chambre des représentants.

Le leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants Steny Hoyer plaide en faveur de la destitution.

Photo : Reuters / Erin Schaff

À l'aube de l'investiture d'un nouveau président qui a plaidé pour l'unité du pays, les élus de la Chambre des représentants ont avant le vote croisé le fer à coups de rhétorique enflammée.

Raciste en chef, traître, incarnation même d'une procédure de destitution, président tombé en disgrâce et inapte à exercer ses fonctions : les démocrates n'ont pas mâché leurs mots pour dénoncer le comportement du président sortant.

Le président des États-Unis doit partir, a lancé en lever de rideau la présidente de la Chambre, la démocrate Nancy Pelosi. Il représente une menace flagrante et imminente à la nation que nous aimons tous.

Nous savons que le président des États-Unis a incité à cette insurrection, cette rébellion armée contre notre pays.

Une citation de :Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Les républicains n'ont pas été en reste, faisant le procès de démocrates mus par leur haine débridée du président et nourrissant la colère, le ressentiment et la division depuis quatre ans.

De l'enquête russe présentée comme une chasse aux sorcières à cette nouvelle mise en accusation qualifiée d'arme politique en passant par la violence des antifas, les républicains ont dénoncé l'hypocrisie de leurs adversaires, regretté des atteintes à la liberté d'expression et agité le spectre d'une république de bananes.

La mise en accusation du président ne va aucunement aider le pays à traiter des événements terribles et tragiques de la semaine dernière, que nous condamnons tous, a soutenu Jim Jordan, farouche partisan du président.

Levant le ton, il a pourfendu une culture du bannissement et l'obsession des démocrates pour Donald Trump.

Le but a toujours été de faire tomber le président. Ils veulent bannir le président. Il ne s'agit pas d'une mise en accusation, mais d'un bannissement.

Une citation de :Jim Jordan, représentant de l'Ohio

La gauche en Amérique a incité bien plus de violence politique que la droite, a lancé Matt Gaetz, un autre des alliés indéfectibles du président.

Certains ont évoqué la métaphore selon laquelle le président a allumé des flammes, eh bien la gauche a allumé des flammes réelles, des feux réels, a-t-il tonné, augmentant sensiblement le niveau des décibels. Dans sa tirade partisane, il a en outre dénoncé au passage la famille criminelle Biden.

Plus posé, le leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, qui s'est pourtant opposé à la validation des résultats et qui avait appuyé un recours de contestation électorale devant la Cour suprême, a plaidé la légitimité de la présidentielle : Soyons clairs : Joe Biden [...] sera le président dans une semaine parce qu'il a remporté l'élection.

Partisan de Donald Trump, il n'en a pas moins critiqué sa condamnation tardive de l'assaut. Le président Trump porte une responsabilité dans l'attaque, a-t-il dit, jugeant plus prudent d'opter pour une commission d'enquête et une motion de censure.

Certains de ses collègues ont eux aussi déploré le fait que Donald Trump ait tardé à condamner l'invasion du Capitole ou reconnu ne pas soutenir ses paroles, sans toutefois franchir le pas. D'autres, encore, ont critiqué un processus jugé bâclé.

À l'instar du numéro un républicain de la Chambre, plusieurs membres de son caucus ont plaidé pour que les démocrates renoncent à mettre Donald Trump en accusation au nom de l'unité du pays.

Une leçon que ces derniers, notamment Rashida Tlaib, n'ont pas appréciée. Depuis des semaines, la majorité des républicains contestent la victoire légitime de Joe Biden ou à tout le moins gardent le silence.

Ceux qui ont incité à une attaque contre cette Chambre n'ont pas le droit de parler d'unité et de guérison.

Une citation de :Rashida Tlaib, représentante du Michigan

Certains démocrates, comme le vétéran Jason Crow, ont par ailleurs invité les républicains à faire preuve de courage. Certains de mes collègues républicains ont peur des conséquences d'un vote de mise en accusation, mais ce Congrès envoie nos hommes et nos femmes à la guerre tous les jours, a rappelé le représentant du Colorado.

Je ne vous demande pas de prendre d'assaut les plages de Normandie, mais de faire preuve d'une fraction du courage que nous demandons à nos troupes chaque jour. Le leadership est difficile. Il est temps de mettre [le président] en accusation.

Une citation de :Jason Crow, représentant du Colorado

Dix républicains brisent les rangs

Lors de son temps de parole, Dan Newhouse a annoncé qu'il appuierait la mise en accusation. Il était ainsi le premier de cinq républicains à se ranger derrière cinq de ses collègues qui avaient annoncé leurs couleurs la veille, dont Liz Cheney, numéro 3 de la hiérarchie républicaine à la Chambre et fille de l'ancien vice-président Dick Cheney.

Il n'y a pas d'excuses aux gestes du président, a-t-il dit. Notre pays avait besoin d'un leader, et le président Trump n'a pas respecté son serment d'office.

Jaime Herrera Beutler, elle aussi républicaine, a pour sa part dit se dresser contre notre ennemi. L'ennemi n'est pas Donald Trump ni Joe Biden, mais la peur, a-t-elle insisté.

Elle nous dit ce que nous voulons entendre, elle incite à la colère, à la violence et au feu, mais elle nous hante aussi dans le silence et l'inaction. De quoi avez-vous peur? a-t-elle demandé à ses collègues, expliquant que sa propre décision n'était pas fondée sur la peur.

Je ne choisis pas un camp, je choisis la vérité. C'est la seule façon de vaincre la peur.

Une citation de :Jaime Herrera Beutler, représentante de l'État de Washington

Quatre autres républicains se sont joints à leurs collègues : Peter Meijer, Anthony Gonzalez, Tom Rice et David Valadao.

Les médias américains ont rapporté que Kevin McCarthy n'avait pas donné de mot d'ordre à son caucus.

En décembre 2019, les 195 républicains présents lors du vote sur la première mise en accusation du président avaient unanimement rejeté les accusations d'abus de pouvoir et d'entrave au travail du Congrès, desquelles il avait, sans surprise, ensuite été acquitté par le Sénat à l'issue d'un procès rapidement expédié.

Autant Nancy Pelosi avait résisté longtemps aux pressions de certains membres de son caucus pour amorcer la première procédure, finalement lancée en septembre 2019, autant celle-ci a abouti rapidement devant la Chambre.

En une semaine, l'acte d'accusation était rédigé, présenté, débattu et adopté. Si la première se définissait par une problématique plus complexe dans laquelle gravitaient de multiples personnages inconnus, celle-ci met en scène des élus qui étaient tous présents lors de l'assaut du Capitole, mercredi dernier.

Nous débattons de cette mesure historique sur ce qui représente dans les faits une scène de crime, a dit le démocrate Jim McGovern.

Les débats se sont d'ailleurs déroulés dans un contexte sécuritaire sans précédent : des milliers de membres de la Garde nationale, exceptionnellement armés pour l'occasion, étaient mobilisés à l'intérieur et à l'extérieur du Capitole.

Le démocrate Seth Moulton, un vétéran, n'a pas manqué de le souligner. Il y a actuellement plus de militaires à Washington qu'il n'y en a en Afghanistan, a-t-il insisté.

Des membres de la Garde nationale, en treillis militaire, sont couchés sur le plancher d'un atrium.

Des membres de la Garde nationale en renfort pour protéger le Capitole se reposent sur le plancher du centre des visiteurs. Ils sont exceptionnellement armés pour l'occasion.

Photo : Getty Images / AFP/SAUL LOEB

L'assaut de mercredi dernier, qui s'est soldé par cinq morts, dont un policier, et qui a fait des dizaines de blessés, est survenu après que le président républicain eut invité ses partisans rassemblés à marcher sur le Capitole, siège du Congrès. Les élus des deux Chambres étaient alors réunis pour certifier les résultats de la présidentielle du 3 novembre, remportée par le démocrate Joe Biden.

Un procès après le départ de Trump

Mitch McConnell, devant un drapeau américain, le doigt levé vers quelqu'un.

Fort différents, Mitch McConnell et Donald Trump ont pendant quatre ans eu un mariage de raison.

Photo : Reuters / POOL

La suite des choses appartiendra au Sénat, responsable de la tenue du procès en destitution du président.

Le leader de la majorité démocrate à la Chambre, Steny Hoyer, a indiqué en matinée que l'acte d'accusation pourrait être transmis à la chambre haute au cours des prochains jours.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a cependant réitéré que le procès ne se tiendra qu'une fois que Donald Trump aura quitté la Maison-Blanche et que son successeur Joe Biden aura été assermenté.

Citant une note envoyée à son caucus, les médias américains ont par ailleurs fait état du fait qu'il n'a pas pris de décision sur le sort du président Trump.

Les sénateurs républicains Pat Toomey et Ben Sasse n'ont pas non plus fermé la porte à l'éventualité d'appuyer sa destitution.

Selon CNN, le procès pourrait commencer dans l'après-midi du 20 janvier, après la cérémonie d'investiture de Joe Biden.

Dans un communiqué, ce dernier a urgé les sénateurs de ne pas laisser le procès éclipser les autres affaires urgentes de cette nation, toujours aux prises avec une pandémie ayant un impact sur l'économie.

Plus tôt cette semaine, le whip démocrate, James Clyburn, avait laissé entendre que l'acte d'accusation pourrait n'être transmis que 100 jours après l'assermentation de M. Biden afin que celui-ci puisse mettre en œuvre ses priorités et faire confirmer la nomination des membres du Cabinet.

Comme Mitch McConnell devra céder sa place à la tête de la majorité sous peu, dans la foulée de la victoire des deux candidats démocrates aux élections sénatoriales de la Georgie, c'est Chuck Schumer, l'actuel leader de la minorité démocrate au Sénat, qui pourra fixer les règles.

Le procès se déroulant dans un Sénat à majorité démocrate, le cadre sera fort différent de celui de 2020. Les sénateurs républicains avaient par exemple alors refusé d'entendre des témoins.

Si Donald Trump est reconnu coupable du délit que lui impute la Chambre, les sénateurs tiendront ensuite un vote à l'issue duquel il pourrait se voir interdire de briguer tout poste électif, par exemple la présidence, en 2024.

Trump tente d'apaiser ses partisans

Privé depuis peu de son compte Twitter, jadis son réseau social préféré, Donald Trump n'a pas été en mesure de commenter le déroulement des débats et l'issue du vote comme il l'avait fait lors de la procédure de l'an dernier.

Dans une vidéo de cinq minutes mise en ligne sur le compte Twitter de la Maison-Blanche, il a toutefois condamné l'attaque du Capitole plus fermement qu'il ne l'avait fait jusqu'ici et a appelé ses partisans à respecter la loi.

Je veux être très clair, a-t-il déclaré, adoptant un ton présidentiel qu'il a peu souvent utilisé. Je condamne sans équivoque la violence que nous avons vue la semaine dernière.

La violence et le vandalisme n'ont absolument pas leur place dans notre pays et n'ont pas leur place dans notre mouvement. Rendre à l'Amérique sa grandeur a toujours été lié à la défense de la règle de droit.

Une citation de :Donald Trump, président sortant des États-Unis

Aucun de mes vrais partisans ne pourrait jamais approuver la violence politique, a soutenu celui qui avait déjà encouragé ses partisans à s'en prendre à des manifestants au cours de rassemblements politiques.

S'il avait lancé un appel au calme et exhorté ses partisans à rentrer chez eux, quelques heures après l'assaut du Capitole, il avait du même souffle jeté de l'huile sur le feu, réitérant son mantra d'une victoire convaincante et d'une élection frauduleuse.

Rentrez chez vous. Nous vous aimons, vous êtes très spéciaux, avait-il dit alors.

Les médias américains rapportent que ses collaborateurs l'ont convaincu de s'adresser de nouveau à sa base électorale en des termes sans équivoque, à défaut de quoi il s'exposait à des poursuites judiciaires et augmentait les probabilités que des sénateurs républicains décident de le destituer.

Donald Trump n'a cependant pas félicité son adversaire ni concédé la victoire, pas plus qu'il n'a déploré la perte de vies humaines ni n'a accepté une part de responsabilité dans les actes de violence qui ont secoué la capitale américaine.

Malgré l'absence de preuve et en dépit de multiples revers judiciaires, le président Trump a brandi des théories farfelues de fraudes électorales, martelant à tort pendant 10 semaines que la présidentielle lui avait été volée.

Avec les informations de CNN, New York Times, et Reuters

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !