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Début du plus grand procès antimafia en 30 ans en Italie

Au banc des accusés, 350 membres présumés du clan Mancuso de la 'Ndrangheta, l'organisation criminelle qui contrôle les flux de cocaïne dans toute l'Europe

Un policier italien traverse la salle d'audience. Des gens discutent en arrière-plan.

Un policier italien traverse la salle d'audience spécialement aménagée pour le procès. « La loi est égale pour tous », peut-on lire sur le mur.

Photo : La Presse canadienne / AP/Valeria Ferraro

Agence France-Presse

Le plus grand procès antimafia depuis plus de 30 ans en Italie, qui vise quelque 350 membres présumés de la 'Ndrangheta, la mafia calabraise, s'est ouvert mercredi.

Présidé par la juge Tiziana Macri, il se déroule sous la houlette du célèbre procureur Nicola Gratteri dans un grand entrepôt spécialement aménagé en tribunal à Lamezia Terme, en Calabre, dans le sud de l'Italie.

Quelque 350 'Ndranghetistes, mais aussi élus locaux, fonctionnaires, policiers et entrepreneurs, défileront à la barre, le plus souvent en visioconférence à cause de la pandémie de coronavirus.

Sont également attendus 900 témoins et 400 avocats lors de ce procès-fleuve hors normes, organisé au coeur de la plus pauvre des régions italiennes contre une redoutable organisation criminelle qui contrôle les flux de cocaïne dans toute l'Europe.

Sur le banc des accusés, le boss Luigi Mancuso, qui a déjà passé près de 20 ans en prison, mais aussi des dizaines d'autres dotés de surnoms dignes d'un film de Hollywood : le Loup, P'tit Gros, Blondinet, Petite Chèvre...

Ce mégaprocès est un jalon dans l'édification d'un mur contre les mafias en Italie, a déclaré à l'AFP à la veille de l'ouverture des débats le procureur Nicola Gratteri.

[Ce procès] veut donner une idée précise de la mafia calabraise aujourd'hui, non plus une mafia de bergers enlevant des personnes, mais un holding du crime.

Nicola Gratteri, procureur

Par ses proportions, ce procès n'est dépassé que par le premier mégaprocès de 1986-1987 à Palerme contre la Cosa Nostra sicilienne, à l'issue duquel 338 accusés furent condamnés.

Les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino furent ensuite assassinés par la mafia.

Nicola Gratteri, masque en main, au milieu d'une place publique.

Le procureur Nicola Gratteri, protégé par des policiers, le 11 janvier 2021, à Rome.

Photo : Getty Images / AFP/ ALBERTO PIZZOLI

Des dizaines de témoins brisent l'omertà

Fait rare pour la 'Ndrangheta, qui s'est construite sur les liens du sang et punit impitoyablement les repentis, 58 témoins à charge ont accepté de briser l'omertà, la loi du silence, pour révéler les secrets du clan Mancuso et de ses associés.

La plupart des accusés ont été arrêtés lors de raids de la police en décembre 2019 en Italie, en Allemagne, en Suisse et en Bulgarie.

L'éventail des crimes et délits qui leur sont reprochés est large : association mafieuse, meurtre et tentative de meurtre, trafic de drogue, usure, abus de pouvoir, recel et blanchiment d'argent.

En Calabre, la mafia a infiltré quasiment toutes les sphères de la vie publique, les mairies, les hôpitaux, les cimetières et même les tribunaux, selon les experts.

Les autorités estiment à 150 le nombre de familles de la 'Ndrangheta et à au moins 6000 membres et associés en Calabre.

Des milliers de plus ailleurs dans le monde, en Amérique du Sud et à New York notamment, pour un chiffre d'affaires annuel de 50 milliards d'euros (78 G$ CA), selon le procureur Gratteri.

Ces mégaprocès sont justifiés, selon le parquet, par l'étroite imbrication de nombreuses affaires, même si les avocats de la défense estiment que, dans ces conditions, il est difficile d'assurer à chaque accusé un procès juste et équitable.

Les enjeux sont élevés pour Nicola Gratteri. Si le procès n'aboutit pas à de nombreuses condamnations, il sera considéré comme un échec, estime Nicola Lo Torto, un des avocats de la défense, dans un entretien avec l'AFP.

Et même en cas de succès, la 'Ndrangheta ne disparaîtra pas pour autant : On peut jeter des mafieux en prison, mais si on n'arrache pas les racines à l'origine de leur existence, ils se reproduiront tout simplement, avertit Federico Varese, professeur de Criminologie à l'Université d'Oxford.

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