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L’arrêt forcé des arts vivants fera mal pendant des années, selon une dramaturge

Lauréate d’un Prix du Gouverneur général et autrice en théâtre, Mishka Lavigne s’inquiète du nombre de personnes du milieu des arts vivants qui quittent le domaine.

Une scène vide avec des rideaux rouges.

Les arts vivants sont à l'arrêt depuis des mois.

Photo : getty images/istockphoto / Brankospejs

Cecile Gladel

L’année 2020 était extrêmement prometteuse pour Mishka Lavigne. Après que l'autrice a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général en théâtre en 2019, l’une de ses pièces a pris l’affiche au début de l’année 2020. Puis tout a fermé en raison de la pandémie. Membre du jury du Prix du récit Radio-Canada, Mishka Lavigne a peur des effets à long terme de l’arrêt de tout un pan de la culture.

Si la dramaturge, scénariste et traductrice reconnaît que la pandémie a engendré des projets virtuels intéressants, elle soutient que le théâtre restera toujours une relation directe avec un public présent.

Elle rappelle que les arts vivants sont le secteur d’activité qui a perdu le plus d’emplois.  Plus que la restauration et le tourisme, on a été extrêmement affecté par la pandémie.

Sur cette photo en noir et blanc, une femme aux longs cheveux foncés et portant un haut noir sans manche regarde la caméra le visage tourné vers la droite.

L’autrice dramatique et traductrice littéraire Mishka Lavigne

Photo : Jonathan Lorange

D’ailleurs, elle pense que l’arrêt forcé par la pandémie aura des effets pendant des années.  En tant qu’autrice et créatrice, j’ai été moins affectée que les interprètes et le personnel d’arrière-scène, comme les régies, les directions de productions. À La Nouvelle Scène [Gilles Desjardins, à Ottawa], il y a une extraordinaire équipe de production qui n'a pas travaillé depuis des mois, et ce sont des gens qui se cherchent autre chose. Ils quittent le milieu et ça va faire très mal, pense-t-elle.

Selon cette dernière, les équipes de techniciennes et techniciens ont été oubliées.

 Ce sont les gens qui sont tombés entre les craques des mesures d’aide pour les arts vivants. Et je trouve ça très dommage pour eux. [...] Des gens ne seront plus là quand ça va repartir. 

Une citation de :Mishka Lavigne

Elle est persuadée que des gens d’expérience auront quitté le métier quand les salles rouvriront.  Je pense aux régies exceptionnelles de mon entourage. On va se retrouver avec un manque qui existait déjà avant la pandémie. À Ottawa, il est très difficile de trouver des concepteurs d’éclairage. Et en ce moment, des concepteurs d’éclairage d’expérience quittent le milieu, se désole-t-elle.

Mishka Lavigne ajoute qu’il sera difficile aussi de trouver des salles de répétition puisque les propriétaires n’oseront plus les louer.

Elle pense également que la pandémie aura des effets à long terme sur les saisons de théâtre.  On doit les prévoir trois ans d’avance. On va rentrer dans un grand effet domino qui va durer de 5 à 10 ans.

Des projets avortés

Évidemment, la pandémie a eu aussi des effets sur sa propre carrière et a arrêté l’élan que lui avait donné le Prix littéraire du Gouverneur général en théâtre reçu en octobre 2019 pour sa pièce Havre.

Une drôle d’année. C’est très étrange, ce n’est pas l’année que je planifiais après avoir reçu un tel prix. Beaucoup d’activités qui faisaient partie de mon année de lauréate ont été annulées.

Une citation de :Mishka Lavigne

Il y a bien eu quelques invitations en ligne, notamment celles du Salon du livre de la Péninsule acadienne ou du Grand Sudbury. D’autres ont été annulées, dont sa participation au Festival des écrivains de Wakefield — La Pêche comme invitée d’honneur.

Heureusement, la dramaturge, traductrice et scénariste a pu participer au Salon du livre de l’Outaouais, celui de la région où elle habite, à titre d’invitée d’honneur. C’est le seul salon qui a pu se tenir en présentiel en 2020, en février, quelques semaines avant l’annonce du premier confinement, le 12 mars.

 Il y avait beaucoup de discussions et d’événements prévus. J’ai fait une soirée poésie. Être une invitée d’honneur, c’est beaucoup de choses, surtout pour des auteurs de théâtre qui sont moins invités [dans les salons du livre], on a moins d’activités, car on a un profil un peu moins connu que les auteurs de romans. En matière de vente, c’est aussi très différent d’un Dany Laferrière ou Kim Thúy, précise-t-elle.

Le théâtre en pause

La fermeture des salles de spectacle en mars dernier a également mis fin prématurément à la vie sur scène de sa pièce Copeaux.

Un homme caresse le visage d'une femme en lui parlant.

Les interprètes Frédérique Thérien et Marc-André Charette dans la pièce « Copeaux »

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

Si trois représentations ont pu être présentées à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins, salle de théâtre à Ottawa, les deux dernières, celles des 13 et 14 mars, ont dû être annulées.

 Ces représentations perdues affichaient presque complet. C’est un énorme deuil, car on travaillait sur ce projet depuis 5 ans. Et très personnellement, mes parents et mes amis allaient venir le samedi 14 mars et ne l’ont pas vue. Ça me fait un pincement au cœur quand j’y pense, avoue Mishka Lavigne.

Écrire du théâtre

Pour Mishka Lavigne, les arts vivants et le théâtre, touchés de plein fouet par la pandémie, doivent être présentés en personne. L’écriture le commande.

 Écrire du théâtre est spécifique, car il y a une réaction immédiate du public. Lorsqu’on lit un roman, on peut revenir en arrière si l’on n’a pas compris, on peut prendre une pause et laisser notre esprit divaguer, explique Mishka Lavigne.

Un homme en habit et une femme en robe blanche discutent à côté d'une structure voilée de forme ovale montrant des signes d'usure.

Une scène de la pièce « Copeaux »

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

Lorsqu’on écrit du théâtre, il y a l’idée d’aller surprendre et chercher le public puisque les pièces sont en direct et reçues immédiatement par les personnes présentes dans la salle.

 Le théâtre n’est pas fait pour être sur des pages, le théâtre est fait pour être sur la scène. C’est une relation totalement différente avec l’écriture, car ça finit par passer par le regard d’un metteur en scène, l’interprétation d’un comédien, le travail des concepteurs qui entourent la production. 

Une citation de :Mishka Lavigne

On pourrait comparer l’écriture du théâtre à celle de scénarios de films ou de séries télévisées.  Mais ce n’est pas nécessairement la bonne comparaison. Dans ces domaines, on a le loisir de recommencer une prise et de choisir la meilleure. Au cinéma, on peut aussi jouer avec la profondeur et la proximité de la caméra. Au théâtre, il y a 15 mètres avec le public, peu importe la représentation, explique celle qui fait aussi de la scénarisation.

Elle pense que le théâtre se rapproche plus de la danse et de tous les arts vivants.  La musique en direct, l’opéra, le ballet, des arts avec un public dans la salle et un spectacle sur la scène. La relation se base sur le rapport avec le direct, ajoute-t-elle.

Et si on transpose parfois des pièces de théâtre en livres, c’est surtout pour en garder une trace.  Le théâtre, c’est l’art de l’éphémère, les traces qui sont gardées des productions théâtrales sont des photos et des vidéos d’archives. La trace la plus tangible, c’est le texte. Mais ça ne sera jamais la totalité de ce que la représentation pourra avoir été, précise Mishka Lavigne.

De nombreux projets

Actuellement, la dramaturge travaille sur certains projets, dont l’écriture d’un livret d’opéra, avec Tim Brady.

Par ailleurs, la traduction en anglais de sa pièce Havre sera en production radio aux États-Unis. J’ai bien aimé ma pièce Héritage, qui a été faite en radio-théâtre par Radio-Canada. Le théâtre pour l’audio est très intéressant quand c’est adapté, même si la relation avec le public est différente, dit-elle.

Dans son rôle de jurée du Prix du récit Radio-Canada, Mishka Lavigne a hâte de lire les différents récits qui seront soumis au jury.  Ça m’intrigue, car je n’écris pas des récits, mais j’en lis beaucoup.

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. 

Vous écrivez des récits? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici le 28 février 2021!

Prix du récit : Inscrivez-vous du 1er janvier au 28 février.

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