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L’Arctique est envahi par les fibres synthétiques

Deux navires dans l'Arctique.

Quatre navires de Pêches et Océans Canada ont sillonné près de 20 000 km d'eaux arctiques pour récolter des échantillons devant montrer les concentrations de microplastiques.

Photo :  Pêches et Océans Canada

L’organisme Ocean Wise, de Vancouver, a conduit une grande étude à travers l’Arctique qui montre que les fibres synthétiques, issues pour la plupart des matières textiles, pullulent dans les eaux nordiques.

À bord de quatre navires de Pêches et Océans Canada, les équipes du Dr Peter Ross ont sillonné près de 20 000 km entre la Norvège, le pôle Nord, le Groenland et le Canada.

De ces expéditions effectuées en 2016, les scientifiques sont revenus avec des échantillons d’eau marine confirmant leurs craintes : les microplastiques sont partout, même à plus de 1000 m de profondeur dans la mer de Beaufort.

Parmi ces microplastiques, des particules de plastique synthétique produites par les humains, ne dépassant pas 5 mm d'épaisseur et dont 92 % sont des fibres issues pour les trois quarts du polyester. Il s'agit de la même matière qui se retrouve dans la plupart de nos vêtements, comme l'explique l'étude Pervasive distribution of polyester fibres in the Arctic Ocean is driven by Atlantic inputs (Nouvelle fenêtre), publiée mardi dans la revue internationale Nature.

Nos échantillons indiquent que ce sont les maisons et les stations de traitement des eaux qui relâchent des microfibres qui deviennent une source de pollution que l'on peut détecter dans le Nord, dit Peter Ross, professeur adjoint à l’Université de la Colombie-Britannique et vice-président des recherches à Ocean Wise à l’époque où l'étude a été conduite.

Toutes les personnes dans le Sud sont liées très directement à la pollution dans le Grand Nord.

Une citation de :Peter Ross, professeur adjoint à l’Université de la Colombie-Britannique et ancien vice-président des recherches à Ocean Wise
Portrait d'un homme.

Le professeur et son équipe ont estimé dans leur laboratoire qu’en moyenne un foyer canadien libère 440 millions de fibres synthétiques chaque année par le biais des lessives.

Photo : Radio-Canada / Caroline Cloutier

Il y a du plastique partout dans nos vies, alors il n’est pas surprenant que l’on retrouve de la litière partout dans les océans ou sur les plages le long de nos continents. Mais ce qui est un peu surprenant, c’est qu’on retrouve, en dessous de la surface de l’eau, au pôle Nord, une dominance assez forte de fibres de polyester, ajoute le scientifique.

Et ces polluants se retrouvent parmi la faune marine qui vit dans les océans. Toutefois, ne connaissant pas précisément la concentration en microplastiques parmi elle, il est difficile à dire si cela va nuire aux espèces ou même aux humains qui en consomment, précise-t-il.

Changer ses habitudes

Devant cette invasion de microplastiques, que faut-il faire?

D’abord écouter les données scientifiques, répond le chercheur : Le problème des microplastiques reste un grand défi, car on est toujours en train de décrire ce qu’on trouve et d'où ça vient, selon nous.

M. Ross estime que le Canada doit mettre en place des mesures plus efficaces que celles qui existent déjà pour contrer la pollution du plastique. Il faut faire beaucoup plus que simplement un réseau de recyclage ou d’interdire les sacs en plastique, dit-il.

Des réceptacles pour collecter des échantillons d'eau sont disposés au centre d'une pièce, autour, des scientifiques s'affairent.

Les scientifiques ont collecté des échantillons en surface des eaux, mais également à 1015 mètres de profondeur à six endroits différents dans la mer de Beaufort.

Photo : Pêche et Océans Canada

Les individus aussi ont leur rôle à jouer, croit-il. Il recommande notamment d’installer un filtre sur les machines à laver, ce qui diminue la perte de fibres de 95 %. On peut aussi choisir des vêtements qui perdent moins de fibres et qui sont produits avec moins de composantes chimiques.

Réduire le nombre de lessives, utiliser l’eau froide et le savon liquide en moins grande quantité peut aussi aider. Ce qu’on veut voir, ce sont des vêtements qui ne perdent pas de fibres qui entrent dans les océans, mais cela représente également des vêtements qui vont durer plus longtemps, ajoute Peter Ross.

D’autres recherches à venir

Il estime néanmoins que beaucoup de recherches doivent encore être faites pour comprendre toute l'étendue du problème, notamment sur l’origine de ces fibres polluantes.

Nous allons continuer dans un sens ou un autre à collaborer avec Pêches et Océans, affirme-t-il.

Peter Ross dit que l’agence fédérale cherche à savoir si les microplastiques représentent une menace pour le plancton et le zooplancton, qui sont à la base de la chaîne alimentaire. Des études qui, selon lui, devraient attirer l’attention et permettre de trouver du financement.

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