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Traquer le virus, un appel à la fois

La pandémie a révélé un volet de la santé publique qui était jusqu’ici dans l’ombre : l’enquête épidémiologique.

Julie Lafrenière et sa collègue dans les bureaux du CISSS.

Des infirmières ont ajouté une nouvelle corde à leur arc cette année pour traquer le virus.

Photo : Gracieuseté du CISSS de la Côte-Nord

Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord, 30 infirmières cliniciennes ont été formées depuis l’arrivée du virus dans la province. Elles ont maintenant pour rôle d'effectuer des enquêtes épidémiologiques aussi colossales que délicates.

Entre retracer les contacts d’une personne infectée, annoncer un diagnostic de COVID-19 et gérer les impacts de cette annonce sur le moral des gens, la tâche de l’enquêteur épidémiologique relève parfois de la relation d’aide.

Julie Lafrenière est conseillère en soins infirmiers à la direction de santé publique de la Côte-Nord et fait partie de l’équipe d’enquête épidémiologique. Celle qui a vu son équipe passer de 4 à 35 personnes en un claquement de doigts pense que le métier d’enquêtrice requiert des aptitudes qui ne s'apprennent pas sur les bancs d’école.

En début d’entrevue [pendant les enquêtes] les gens sont très très nerveux. Leur voix tremble souvent, ils ont peur d’oublier des gens. [...] Quand ils pleurent, on les écoute et on fait de la relation d’aide.

Julie Lafrenière, conseillère en soins infirmiers à la direction de santé publique de la Côte-Nord

Il y a des gens qui sont très en colère. Ils sont en colère contre nous parce qu’on restreint leurs mouvements en leur demandant de s’isoler. Dans ce temps-là, on les écoute. Ce sont souvent les gens qui ont été en contact avec un cas positif qui sont en colère. Les cas positifs ont souvent beaucoup de culpabilité parce qu’ils ne veulent pas contaminer les gens qu’ils aiment, raconte Mme Lafrenière.

Julie Lafrenière est assise à son bureau.

Avant la pandémie, l'équipe de quatre enquêteurs épidémiologiques dont fait partie Julie Lafrenière s'occupait notamment des enquêtes pour les maladies à déclaration obligatoire comme la coqueluche ou la tuberculose.

Photo : Gracieuseté du CISSS de la Côte-Nord

Écouter, rassurer, informer et dédramatiser font partie du quotidien de cette équipe d’enquêteurs.

Quand on appelle des gens le 24 ou le 25 décembre pour leur demander de se mettre en isolement, ils sont fâchés. Ça a été difficile pour l’équipe d’enquêteurs. On fait beaucoup d’heures et à un moment donné on devient plus sensible, témoigne la cheffe enquêtrice.

Des ressources limitées

Lorsque le seuil des cinq cas dans une même journée est dépassé, il devient difficile pour la petite équipe, qui couvre l’ensemble du territoire de la Côte-Nord, de rejoindre tous les contacts d’un cas dans un court délai.

On est autour de 35 et on est loin d'être trop.

Julie Lafrenière conseillère en soins infirmiers à la direction de santé publique de la Côte-Nord

Il y a eu des journées où ça a été très difficile de garder le contrôle fin décembre. Quand on a 5 à 10 cas dans une journée et qu’on a peu de gens disponibles, il faut arriver à rejoindre tous les contacts. [...] Si on a 20 contacts à appeler dans une journée et que 2 enquêtrices de disponibles, ça fait 10 appels de 30 minutes par personne. D’où l’importance de suivre les règles. Si on suit les mesures sanitaires, on ne devrait pas avoir 20 contacts, soutient Julie Lafrenière.

La majorité des 14 cas de COVID-19 enregistrés sur la Côte-Nord depuis le début de l’année 2021 sont liés à des rassemblements pendant le temps des Fêtes.

Nos dernières enquêtes, c’est beaucoup des gens qui ont eu des rassemblements, ou [les gens] qui ont été dans une zone rouge, ou ont reçu des visiteurs d’une zone rouge, relate l’enquêtrice.

Ailleurs dans la province, des agences de santé publique ont témoigné avoir de plus en plus de difficulté à mener leurs enquêtes épidémiologiques, car les personnes contaminées hésitent à nommer l’ensemble de leurs contacts par peur de représailles. Une réalité observée également sur la Côte-Nord et qui rend la tâche encore plus ardue à l’équipe d’enquête. Ça ne protège personne quand on fait ça, se désole Mme Lafrenière.

Et la tâche était déjà difficile, relate l'enquêtrice, en raison de la petite équipe et des horaires de travail qui ne sont pas de tout repos car la COVID-19, elle, ne prend pas de congé.

On a plus vraiment d’heures ouvrables ou d’horaire de travail. Samedi ou mercredi, c’est rendu pareil.

Julie Lafrenière, conseillère en soins infirmiers à la direction de santé publique de la Côte-Nord

Malgré les heures qui n'en finissent plus et l’imprévisibilité du quotidien, on entend la passion dans la voix de Julie Lafrenière. Si les enquêtes ne sont pas toujours de tout repos, la fierté de faire partie d’une équipe aussi engagée dans la lutte contre la propagation du virus en vaut la chandelle pour la conseillère en soins infirmiers.

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