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L’UPA Abitibi-Témiscamingue veut davantage de ressources en santé mentale pour les agriculteurs

Un tracteur dans un champ.

Les agriculteurs sont souvent isolés en temps normal, ce qui est exacerbé en temps de confinement. (archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Plusieurs défis se sont dressés devant les producteurs agricoles de l'Abitibi-Témiscamingue cette dernière année. Alors que la pandémie tarde à ralentir la cadence, ces enjeux se poursuivront pour l'année à venir. Dans ce contexte, l'un des enjeux importants avec lesquels doivent composer certains producteurs est celui de la santé psychologique.

Questionnée sur les principaux enjeux et défis qui attendent les agriculteurs de la région pour la prochaine année, la députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue et porte-parole de Québec Solidaire en matière d’agriculture, Émilise Lessard-Therrien, n’a pas hésité à placer l’enjeu de la santé mentale en haut de liste.

Un incontournable, c’est la question de la santé mentale de nos agriculteurs. On a vu pendant la pandémie comment la santé mentale en général de monsieur et madame tout le monde en a pris un coup avec les mesures liées au confinement. Les agriculteurs, ce sont des gens qui sont déjà un peu isolés sur leur ferme et là, on enlève toutes les opportunités de socialiser, donc c’est préoccupant , estime-t-elle.

Pour le président de l’Union de producteurs agricoles pour la région de l’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault, il ne fait aucun doute que la pandémie a accentué l’isolement chez plusieurs agriculteurs.

C'est sûr que les membres sont un peu fragilisés. Souvent, on se rencontrait, alors on trouvait un peu des solutions, mais là, en étant à distance, on se rencontre moins souvent. On sait que c’est un travail dans lequel on est isolé, alors en plus, de ne pas pouvoir avoir de rencontres ou de se voir plus souvent, c’est plus difficile , avance-t-il.

Afin d’aider les producteurs et productrices à traverser certaines périodes plus difficiles, une travailleuse de rang est en poste au Témiscamingue, mais l’UPA souhaite qu’une telle ressource soit également disponible en Abitibi, dès ce printemps. Selon M. Rheault, les besoins pour ce type de service sont importants.

Elle va rencontrer les producteurs et les productrices, discuter de leur vécu, mettre en place des moyens pour passer au travers de ces souffrances psychologiques-là, parce qu’il y en a de plus en plus. C’est vraiment un manque, le besoin est là. Même au niveau du Témiscamingue, elle doit commencer à faire certaines de ses entrevues en Abitibi , soutient M. Rheault.

Celle qui occupe ce rôle important au Témiscamingue, Sabrina Audet-Godin, n’est pas en mesure de dire si la hausse de la demande cette dernière année est due uniquement à la pandémie ou également au fait que le service est mieux connu. Elle indique que les producteurs les plus affectés par la pandémie sont ceux qui étaient auparavant très actifs au niveau social et impliqués dans différents comités. Selon Mme Audet-Godin, la crainte d’attraper la COVID-19 fait également vivre de l’anxiété à certains agriculteurs.

Que ce soit eux ou un proche, cela pourrait affecter leur travail. S’ils ne sont plus en mesure d’aller travailler, qui va le faire à leur place? C’est un stress qui est présent chez certains producteurs.

Une femme portant des vêtements d'hiver sourit à la caméra devant un mur de grange.

Sabrina Audet-Godin est travailleuse de rang (archives)

Photo : Facebook/Sabrina Audet-Godin

Une réalité différente

Responsable du comité santé psychologique pour l’Union des producteurs agricoles de l'Abitibi-Témiscamingue, Normand Lemieux est bien placé pour savoir que la réalité d’un agriculteur est totalement différente que celle d’une personne qui travaille avec un horaire conventionnel.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la production agricole est un modèle à part. On pourrait peut-être le comparer à certains entrepreneurs, à certaines PME. On vit dans notre milieu de travail. On n’a pas de distinction entre milieu de vie et milieu de travail. Quand ça va mal dans notre entreprise, généralement, on a de la difficulté à ne pas ramener les problèmes à la maison. C’est différent de quelqu’un qui travaille de 9 à 5 et qui est capable de complètement décrocher. Nous, c’est difficilement réalisable, explique M. Lemieux.

Concernant les impacts de la pandémie sur la santé psychologique des agriculteurs, Normand Lemieux indique que certains ont été positifs, alors que d’autres ont été négatifs.

Il y a eu certains éléments positifs contrairement à d’autres secteurs. Par exemple, pour nous, ce n’était pas nécessairement une corvée d’avoir les enfants comme on est toujours à la maison. Mais certains autres éléments ont été un peu plus négatifs. C’est sûr que les producteurs agricoles sont un peu plus habitués que la moyenne des gens à être isolés, mais reste que d’être isolé à l’extrême, c’est problématique, atteste-t-il.

Une ferme laitière, en hiver.

La ferme Princy, de Sainte-Germaine Boulé (archives)

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Selon M. Lemieux, la pandémie a également apporté une incertitude en lien avec la capacité des fournisseurs à bien servir les producteurs agricoles. Pour lui, cet élément s’ajoute à des problématiques déjà bien présentes avant la pandémie.

Un travail d’équipe

Selon Normand Lemieux, l’une des principales forces du comité pour la santé psychologique, c’est le travail d’équipe effectué de concert avec les différents intervenants du milieu.

On a vraiment un très bon soutien des centres de prévention du suicide, un très bon soutien aussi du réseau de la santé. Ça me donne aussi l’occasion de siéger sur la Table de santé et bien-être des hommes, qui font un travail exceptionnel pour soutenir les producteurs, mais aussi les gens en général. Ce qui m’impressionne dans ce dossier-là, la santé psychologique, c’est qu’il y a beaucoup d’intervenants, et ils travaillent tous main dans la main pour améliorer la situation, se réjouit-il.

Pas la même situation partout

Certains agriculteurs, dont certains travaillent avec des membres de leur famille, affirment ne pas subir les conséquences de l’isolement autant que certains confrères. C’est le cas de Bertrand Bégin, copropriétaire de la ferme Princy à Ste-Germaine-Boulé.

On est habitués à travailler seuls et en milieu clos, alors je pense qu’on a la couenne solide de ce côté-là. Ici, dans notre entreprise, je travaille avec mes deux enfants et même mon père qui vient travailler par plaisir. On est un petit noyau et on s’est toujours côtoyés, alors on n’est pas autant isolés, affirme-t-il.

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